[FOCUS] Andrés Ramirez, R-O-R’ / befriending with spirits

[FOCUS] Andrés Ramirez, R-O-R’ / befriending with spirits

Focus sur l’installation R-O-R’ / befriending with spirits de l’artiste plasticien Andrés Ramirez présentée lors de l’exposition annuelle Jeune Création 66ème édition, Galerie Thaddaeus Ropac Paris-Pantin.

Oeuvre : R-O-R’ / befriending with spirits, 2016

Artiste : Andrés Ramirez est né en 1981 à Bogota, il vit et travaille à Paris. Diplômé en 2008 de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Artiste représenté par la galerie Escougnou-Cetraro Paris.

Andrés Ramirez présente à Jeune Création un dispositif nous conviant à arpenter un jardin aux accents post-apocalyptiques et qui invite à nous interroger sur les rapports complexes qu’entretient l’humanité avec la nature. Celui de l’émerveillement poétique, de la recherche visant à faire évoluer nos sciences humaines et technologiques, et le lien ambigu que nous maintenons, à travers mythes et symboles, avec nos origines.
Dans la réflexion d’Andrés Ramirez l’espace du jardin devient lui-même le fruit d’une évolution née d’une constante recherche inspirée de la nature elle-même qui est pour architectes et ingénieurs une source inépuisable d’inspiration formelle. Une pièce pouvant paraître étonnante par rapport aux travaux de peinture que l’artiste a présenté à la Docks Art Fair de Lyon et plus récemment à la YIA Art Fair, mais qui en développe le propos au travers de nouvelles perspectives.

Propos recueillis le lundi 11 janvier 2016 :

« Mon travail se fonde sur l’élaboration d’un lieu en perpétuelle constitution, qui se concrétise et formalise au fur et à mesure que je fais des installations. R-O-R’ / befriending with spirits est un projet spécifique pour l’exposition Jeune Création. L’espace du jardin a pour caractéristique d’être incontrôlable même si l’on s’attache à lui donner une forme. Il déborde sans cesse du cadre dans lequel on cherche à le contraindre et reprend ses droits dès qu’on l’abandonne. L’installation que je présente se compose de figures d’animaux, des serpents et un chien, d’une structure métallique et de sculptures en béton aux formes florales. Ici, comme souvent dans ma pratique, je me suis laissé guider par mes intuitions et les moulages en béton ont pris des accents Arts Déco. Je rappelle combien toutes les formes structurelles utilisées  dans l’industrie sont d’origine naturelle.

Mes sculptures ont pour la plupart des formes ouvertes. Je veux que l’on puisse voir à travers, dans l’esprit des sculptures de Richard Serra. Je souhaite que les spectateurs puissent circuler dans l’installation comme ils pourraient le faire dans un jardin.

Andrés Ramirez, Installation R.O.R., / befriending with spirits, 2016, Jeune création
Andrés Ramirez, Installation R.O.R., / befriending with spirits, 2016,
Jeune Création

Les formes des éléments présents dans l’installation se répondent et se complètent pour donner une cohérence à l’ensemble. Cette installation met en perspective la réalité d’un futur basé sur une approche sociologique, botanique, industrielle, économique…, avec une lecture un peu plus réaliste de cette mythologie initiée par Philip K. Dick qui imaginait le futur avec des bâtiments gigantesques.

La dimension mythologique s’inscrit dans mon travail par le langage. Je conçois des formes hybrides en générant des amalgames entre un vocabulaire associant technique et termes symboliques, des images et des mots, des concepts qui sont de plus, à l’origine sémiotique du langage. J’ai ainsi inscrit le terme hex lethe de manière industrielle sur des plaques de plexiglas. Hex renvoie à l’hexagone, une forme qui fait référence aux nomenclatures présentes dans toute production industrielle et Lethe au fleuve des enfers. L’ensemble s’amalgame dans un objet proche du logotype, une forme que le spectateur peut lui-même activer.

Andrés Ramirez, Installation R.O.R., / befriending with spirits, 2016, Jeune création
Andrés Ramirez, Installation R.O.R., / befriending with spirits, 2016, Jeune Création

J’ai volontairement choisi les animaux du serpent et du chien pour leur portée symbolique et mythologique afin que ne se pose pas exclusivement la question de la représentation. L’intérêt dans cette formulation n’est pas la question de la ressemblance mais de la transmission d’une vitalité intérieure. Les serpents sont composés de résidus de morceaux de plexiglas que j’amalgame puis que je façonne.

Ma réflexion introduit la notion de toxicité, sans être chimiste ni toxicologue, et la module en une poétique. J’analyse les procédures industrielles et les matériaux, pour la plupart polluants et toxiques, utilisés aujourd’hui par les entreprises, et montre comment ils interpénètrent la nature. Une forme de « détournement » sur laquelle se porte toute ma réflexion. Le serpent renvoie à la toxicité par son venin et par la matière pétrochimique qui le compose. Il devient un être minéral, au travers duquel on peut voir toute une « chimie » interne.

Andrés Ramirez, Installation R.O.R., / befriending with spirits, 2016, Jeune création
Andrés Ramirez, Installation R.O.R., / befriending with spirits, 2016, Jeune Création

Le chien est aussi un amalgame de plusieurs matériaux de natures différentes. Sa forme est celle d’une hybridation car il semble créé par la chimie elle-même, comme le produit ou une espèce « d’après-catastrophe », soumis lui-même à un contexte toxique et dont il serait le résultat. C’est la première fois que je modèle un chien et j’ai travaillé à partir d’un écorché. Il a quelque chose du chien sauvage, assez athlétique, sans que l’on puisse toutefois déterminer ni sa race ni son sexe. Je me suis attardé à lui donner un regard assez doux témoignage de cette accroche que l’on peut avoir avec un être vivant. Une sculpture qui par sa couleur est plus liée à mon exercice pictural. Je l’ai placé dans l’installation de manière à ce que le spectateur ne se trouve pas face à lui tout de suite. Je ne voulais pas qu’il puisse surprendre ou faire peur, et que cette sensation ferme pour celui qui la découvre l’expérience de l’installation. Je préférai que l’on commence par des aspects que l’on s’attendrait plus à voir dans mon travail, notamment structurels avec des constructions en métal, de l’aluminium, …, et que le parcours finisse sur cette présence qui est la problématique du dispositif.

Dans la mise en place du chien, je voulais aussi que l’on perçoive la dimension domestique, la familiarité que l’on peut avoir avec l’animal.  Mais j’avais aussi envie de donner la sensation d’entrer dans un territoire qui est peuplé, auquel on est pas forcément étranger parce qu’on connaît les termes esthétiques de l’ensemble, mais où on se sent quand même plongé dans un autre contexte de regard et de sensations. Que l’on s’attende malgré tout à être bouleversé, comme ému par ce que l’on observe, par la marche, comme on pourrait l’être dans un jardin. »

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