Anne-Valérie Gasc – Les Larmes du Prince – Galerie Gourvennec Ogor

Anne-Valérie Gasc – Les Larmes du Prince – Galerie Gourvennec Ogor

En direct de l’exposition Les Larmes du Prince, exposition personnelle d’Anne-Valérie Gasc du 28 avril au 11 juin 2016 Galerie Gourvennec Ogor 7 rue Duverger 13002 Marseille.

Artiste : Anne-Valérie Gasc est née en 1975. Vit et travaille à Marseille et Paris.

A travers une réflexion sur l’architecture et le cycle de vie des bâtiments, Anne-Valérie Gasc étudie les mutations d’une société et de sa pensée. Elle a pu assister dans les années 90 à la destruction des grands ensembles et le début du renouvellement du parc urbain. Aux architectures de béton qui s’accompagnaient d’une pensée sur le modulaire, fait désormais place l’architecture de verre et la transparence. Une utopie en remplaçant une autre.
Un fonctionnement par cycle contenant déjà en germe ce qu’il adviendra de son futur. Ainsi, à peine construit, tout bâtiment se trouve irrémédiablement pris, sinon marqué par l’esthétique de son époque, l’évocation d’une vision en proie à l’obsolescence. Une forme de continuité que l’artiste matérialise en juxtaposant les expressions « Vivre pour bâtir », « construire pour mourir » de Bruno Taut.

Anne-Valérie Gasc s’intéresse à l’architecture comme support d’un discours sur le bonheur qui a soutenu et accompagné l’ambitieuse politique immobilière de l’après Seconde Guerre Mondiale. Si le terme de « grands ensembles » est connoté négativement de nos jours, il a longtemps été signe d’une modernité en concourant à la disparition de bâtiments insalubres. Par des dispositifs comme Crash Box, une pièce équipée d’une caméra et placée en accord avec les bailleurs à l’intérieur d’immeubles destinés à être détruits à l’explosif, l’artiste questionne la destruction et la soudaine disparition de ces monuments du paysage social.
Sur le principe de la boite noire, les Crash box sont ensuite récupérées de sous les décombres. A ce jour, Anne-Valérie Gasc a réalisé huit expérimentations qui mettent en parallèle le temps de destruction qui n’excède pas une ou deux secondes et le temps d’une vie des habitants. Une réflexion qu’elle a poursuivie en créant en collaboration avec l’atelier Tchikibé, Bouquet final / Tour G, une série de sérigraphies d’images d’une tour vouée à la destruction composées avec la poudre de béton récupérée lors de leur effondrement. Ce retour à la poussière, à la dimension mémorielle, nous renvoie à l’humain et aux souvenirs de moments de vie car c’est bien le sujet central de tout le travail de l’artiste.
 
Les treize larmes bataviques qui donnent le titre à l’exposition, sont formées par des restes de verre en fusion que le maître verrier jette dans l’eau froide. Alors que la tête est extrêmement dure, le filament est lui très fragile. Si ce dernier est rompu, l’ensemble explose en brisures de verre microscopiques. Une dangerosité qui implique au visiteur de s’approcher de ces larmes équipé de lunettes de protection et qui impose à leur acquéreur de signer une décharge car l’œuvre, mal manipulée, est susceptible de disparaître sous ses yeux.
Une série basée sur les risques liés à la destruction et qui renvoie, par le nombre de pièces, à la correspondance épistolaire La Chaîne de verre (Gläserne Kette) entretenue pendant un an (1919-1920) par treize architectes allemands sur l’initiative de Bruno Taut, un architecte moderniste qui s’est beaucoup intéressé à l’utilisation du verre (pavillon de verre pour l’exposition du Deutscher Werkbund à Cologne en 1914), mais aussi à la conception d’ensembles d’appartements pour travailleurs (cité de Weißenhof à Stuttgart en 1927).
Les pseudonymes sous lesquels ces treize architectes ont correspondu sont gravés  sur chacune des larmes de verre comme pour accentuer ce rapport entre construction et destruction. Chacune des larmes s’accompagne d’ailleurs d’un diptyque comportant les phrases, « Vivre c’est bâtir », « Construire c’est mourir » de Bruno Taut, sérigraphiées sur cyanotype, un procédé d’impression qui reprend cette idée d’échanges secrets entre les architectes.
Le travail d’Anne-Valérie Gasc met en évidence ce rapport au temps qu’entretient l’architecture, à la fois par le présent de la construction qui, en figeant une pensée, la soumet au vieillissement, et par la vision à la fois technique et philosophique qu’elle porte sur le futur.
Son travail envisage de manière expérimentale le développement de nouvelles possibilités architecturales allant jusqu’à en tester les limites par la réalisation de formes au moyen des derniers outils de conception comme les imprimantes 3D.

Elle nous plonge ainsi, à travers son propre processus créatif, dans la modélisation et la concrétisation en direct d’une architecture que la maîtrise informatique définit désormais comme autonome. La mise en volume de compositions en deux dimensions générées sur papier par un logiciel, démontre les limites de cette technologie. Plus le tracé du dessin se complexifie, plus l’imprimante est obligée de composer des « piliers » pour en rendre compte. Piliers de soutènement effondrés, manques dangereux, par la mise en évidence des défaillances de la machine et des limites de sa capacité de calcul, Anne-Valérie Gasc souligne que le développement technologique, bien que nécessaire, affirme un retard par rapport à la pensée et tend inéluctablement vers l’obsolescence.

 

Anne-Valérie Gasc, Mâcon crash box #3 (arrêt sur image)
Mâcon – crash box #3 (arrêt sur image). 20 novembre 2013
 

 
Les Larmes du Prince, Anne-Valérie Gasc, Galerie Gourvennec Ogor Marseille
Courtesy Galerie Gourvennec Ogor

Les Larmes du Prince, Anne-Valérie Gasc, Galerie Gourvennec Ogor Marseille

 

Pour en savoir plus :
Cette exposition a été réalisée en étroite collaboration avec le CIRVA, centre International de Recherche sur le verre et les arts plastiques.

Elle a bénéficié du soutien du Centre National des Arts Plastiques, CNAP, dans le cadre du soutien à la recherche et à la production artistique.

galeriego.com

documentsdartistes.org

crash-box.fr : site internet véritable « outil d’accompagnement et de transmission de l’œuvre en cours d’élaboration. L’accès au site permet d’assister, en direct, aux films réalisés en caméras ultra-rapides des démolitions par foudroyage intégral et de recevoir les alertes successives aux événements liés à l’atelier de l’Euroméditerranée Crash Box. »

tchikebe.com

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