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Revue d'art contemporain

Born To Be Wilde, Bruce LaBruce, Galerie Nivet-Carzon et Galerie Le Braque

Born To Be Wilde, Bruce LaBruce, Galerie Nivet-Carzon et Galerie Le Braque

En direct de l’exposition Born To Be Wilde de Bruce LaBruce du 04 mai au 04 juin 2016 Galerie Nivet-Carzon et Galerie Le Braque.

Artiste : Bruce LaBruce né en 1964 à Southampton au Canada (Ontario). Réalise son premier long métrage, No Skin Off My Ass en 1991. Préside le jury de la Queer Palm au Festival de Cannes en mai 2014.

Gwenaël Billaud, Bertrand Grimont, Jérôme Nivet-Carzon et Alisa Phommahaxay invitent l’artiste canadien Bruce LaBruce pour présenter ses nouvelles pièces photographiques et filmiques.

« Le corps suffit à produire de l’art ». Cet axiome de Gwenaël Billaud est la parfaite définition des performances et expositions de cet artiste qui est aussi commissaire d’expositions. Son travail, comme celui des artistes qu’il invite à exposer dans la Galerie du Chacha Club, porte sur « la singularité du corps par une transversalité de moyens ».
Depuis qu’il a rencontré l’œuvre de Bruce LaBruce, il a ressenti une impérative et obsessionnelle nécessité de la présenter en France. Un challenge difficile qui a nécessité près de deux ans d’efforts, tant son oeuvre porte sur une perception complexe du corps qui touche à des représentions à la fois guerrières, mystiques et sacrées.

Entretien avec Gwenaël Billard réalisé le 30 avril 2016 :

Dans quelle circonstance as-tu rencontré Bruce LaBruce et qu’est-ce qui t’a attiré dans son travail ?
J’ai rencontré Bruce LaBruce dans un rapport d’artiste à artiste. J’ai vu son travail sur internet et je lui ai laissé un message. Nous avons ainsi échangé en nous montrant nos travaux respectifs. En tant qu’artiste, j’ai participé à de nombreuses expositions collectives dont le propos ne correspondait pas forcément à mon travail, aussi j’ai décidé de faire mes propres commissariats en invitant des artistes dont les productions trouvaient des résonances avec les miennes, notamment à travers l’expression du corps. Avec Joël Hubaut, nous avons réuni des artistes dont le travail comportait une part d’insolence, d’ironie et de décalage. J’ai retrouvé ce ton chez Bruce LaBruce quand j’ai vu ses vidéos de performances, qui au-delà d’une esthétique queer, ont aussi un lien fort, notamment dans le rapport aux fluides vitaux et au corps, avec celles de Paul McCarthy telle que Grand Pop (1977).

Est-ce ton approche du corps, de sa vitalité, qui justement unit tes pratiques artistiques et curatoriales ?
Dans mes oeuvres et mes curations, je mets la même énergie. Je ne fais pas de distinction car dans un lieu éphémère comme le Chacha où je présente des expositions collectives, je porte des talons aiguilles. La notion de corps est présente sur toute la durée de l’exposition.

Être en slip et talons aiguilles est une manière d’offrir son corps en même temps que j’offre à voir les oeuvres des artistes invités. A cela s’ajoute des performances et, peu à peu, se forme un « grand n’importe quoi » volontaire et animé par une énergie que l’on pourrait qualifier de dadaïste. Un débordement qui s’inscrit dans la perte de soi, de temps aussi et, dans une idée d’économie de moyens, d’une dépense d’énergie.

Montrer le travail de Bruce LaBruce à Paris n’a pas dû être évident. Comment as-tu présenté ce projet ?
J’ai eu beaucoup de refus de la part des galeristes car ils ne soutiennent pas forcément ce genre de démarche. Finalement il faut souvent se retourner vers des lieux hors normes ou hybrides pour amener l’art dans sa pleine expression. En France, nous avons une représentation du corps devenue très réac, où le corps sexué et sexuel, tel qu’il peut être montré dans la performance, est rejeté.

Qu’est-ce qui t’attire dans l’œuvre et la filmographie de Bruce LaBruce ?
J’ai beaucoup aimé Gerontophilia mais aussi ses autres films pour leur univers underground. Mais ce qui, sans doute, m’attire le plus dans son oeuvre, est le rapport qu’entretiennent ses photographies avec le sacré. Dans Gerontophilia, il y a une part très subversive, latente avec des grands moments de douceur et de tendresse. Cette douceur passe par des gros plans de corps et de caresses. Il y a beaucoup de romantisme dans ses films.

Ce qui surprenant dans les films de Bruce LaBruce sont ces passages constants entre des scènes très crues (il y a d’ailleurs eu tout un jeu sur la classification du film Hustler White) et un même temps il y a énormément de tendresse, de désir, un don émotionnel très fort…
Lui-même est comme cela. Il est d’une très grande gentillesse et douceur, d’une très grande intelligence. Mes choix artistiques sont portés par cette ambivalence. Dans la performance, il y a toujours ce décalage entre la grande douceur et la grande violence.

Ce qui m’intéresse dans l’art est ce glissement d’une belle esthétique vers un élément qui dérange. Une ambivalence qui amène le public à s’interroger sur la notion même d’œuvre.

Tu évoquais une « économie de moyens ». Est-ce aussi ce que tu recherches dans l’œuvre de Bruce LaBruce et les oeuvres en général ?
J’aime les œuvres qui mobilisent peu de moyens. Il y a une forme de simplicité dans les oeuvres photographiques de Bruce LaBruce. On voit juste des corps dans un rapport au sacré. J’ai appelé l’exposition Born to be Wilde en pensant à l’œuvre de profundis qu’Oscar Wilde a écrite alors qu’il était en emprisonné et dans laquelle il développe une réflexion sur le dénuement dans l’art. Il s’accroche à la seule voie possible, celle que l’artiste suprême serait Jésus-Christ.

Topacio
Topacio

Dans un triptyque qui sera présenté à l’exposition, des transsexuels ont des poses de Pietà. Au-delà de la controverse, du caractère sulfureux ou même pornographique, il y a une relation au sacré très forte dans les oeuvres de Bruce LaBruce avec l’imagerie du corps souffrant dans la mystique chrétienne, comme on l’a retrouve chez Le Caravage mais aussi dans la peinture romantique. Moi qui suis en ce moment dans la lecture de Nietzsche, je fais un lien avec cette volonté de pouvoir, et le pouvoir en tant que corps est toujours marqué par une référence au sacré.

Peux-tu nous décrire le déroulé de l’exposition qui commence à la Galerie Nivet-Carzon et se poursuit à la Galerie Le Braque ?
J’ai la chance d’avoir fait plusieurs curations à la galerie Nivet-Carzon, et j’y ai moi-même exposé. L’exposition débute le 4 mai. Elle y est accueillie quelques temps avant de se prolonger Galerie Le Braque, un nouveau lieu artistique que je vais gérer et qui est situé dans un sous-sol du quartier du Marais. Il sera ouvert de 11h à 02h du matin à partir du mercredi. Il comportera une cabine Dj et une piste de danse. Il y aura aussi des projections et des performances.

Comment caractériserais-tu cette âme que tu donnes à tes curations et actions artistiques ?
Les retours que j’ai du Chacha est qu’il est un lieu de liberté. Avec la Galerie Le Braque, j’ai envie de retrouver cela tout en faisant en sorte de montrer les oeuvres dans la durée. Le concept est encore en gestation. Il y a aussi l’idée que ces événements forment une œuvre globale et que c’est le corps qui, en habitant le lieu, amène l’art. On est dans une expérience de la vie, celle de l’artiste.

Je veux construire un projet dévorant, qui va habiter différents endroits. Je vois l’art comme une forme de générosité. Une rencontre avant tout humaine.

Tripartite Goddess
Tripartite Goddess

 

Pour en savoir plus :

brucelabruce.com

nivet-carzon.com

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