[EN DIRECT] D’autres possibles, Pavillon Vendôme Clichy

[EN DIRECT] D’autres possibles, Pavillon Vendôme Clichy

En direct de l’exposition D’autres possibles, sous le commissariat de Thomas Fort, du 05 février au 17 avril 2016, Pavillon Vendôme Centre d’Art Contemporain, 7 rue du Landy, Clichy.

Artistes : Diane Arques, François Bianco, Jessica Boubetra, Emilie Brout & Maxime Marion, Damien Cadio, Jean-Baptiste Caron, Tom Castinel, Pablo Cavero, Clément Cogitore, Marcel Devillers, Tarik Kiswanson, Gabrielle Le Bayon, Jean-Baptiste Lenglet, Valentin Lewandowski, Dimitri Mallet, François-Thibaut Pencenat, Laurent Pernot, Sebastien Remy, Benjamin Renoux, Lionel Sabatté, Florian Sumi, Arthur Tiar, Thomas Tronel-Gauthier, Anne-Charlotte Yver.

Propos de Thomas Fort commissaire d’exposition recueillis le 25 février 2016 :

« Les œuvres exposées sont pour la plupart le fruit d’une réflexion sur deux axes. Le premier est de penser et de construire des territoires autres, réels, fantasmés, rêvés et imaginaires et le deuxième est de penser l’exposition en tant que forme autonome et programme évolutif sur les trois mois de sa durée.

Le Pavillon Vendôme est un centre d’art qui laisse la possibilité aux commissaires d’exposition d’expérimenter des formats assez inédits. Le projet D’autres possibles est le fruit de réflexions et d’échanges qui ont duré un an et demi car il était important pour le concevoir de m’associer à toute l’équipe du Pavillon Vendôme et de penser l’exposition à la fois dans ses espaces classiques mais aussi d’avoir des échos dans l’ensemble de ses espaces, de jour comme de nuit.

La majorité des artistes invités présentent des œuvres mais plusieurs d’entre-eux interviendront de manière ponctuelle. Beaucoup de pièces ont été conçues spécifiquement pour l’exposition. Le prisme des thématiques de l’exposition permettent aussi d’aborder les œuvres déjà existantes d’une autre manière. Ainsi Laurent Pernot présente des livres de la série Horloge qu’il a créé dans le cadre d’une exposition à Moscou. Deux de ses livres abordent l’idée de fiction et de rêve tout en nous interrogeant sur notre position face au monde et à la société. Les deux autres ont une dimension plus spirituelle et font écho à la construction de cet ailleurs qui peut être mystique que propose aussi l’exposition.

L’exposition propose un parcours qui suit le cycle d’une journée, la première salle évoquant le lever du jour, les autres salles s’assombrissant au fur et à mesure jusqu’à ce que les visiteurs entrent dans une nuit profonde et, en même temps, dans un rêve un peu psychédélique.

La première œuvre, celle d’Emilie Brout & Maxime Marion, Return of the Broken Screens, est placée à l’accueil, hors des espaces de monstration. Il s’agit d’un écran cassé qui propose une première lecture de l’exposition. L’écran brisé renvoie aux brisures qui contiennent l’image de la fenêtre de La Clé des champs de Magritte. La vidéo évolue en permanence car l’écran est réellement cassé et agit sur l’image elle-même. Comme pour répondre au propos de l’exposition, elle évolue de jour en jour du blanc vers le noir.

L’idée de décryptage se retrouve dans les peintures Mots Mêlés #1 et #2 d’Arthur Tiar. Les artistes et moi-même invitons les visiteurs à composer avec l’ensemble des oeuvres, à entrer dans la trame d’un récit, parfois à se perdre ou à sortir de ce rêve car l’idée n’est pas de les enfermer dans une pure illusion mais d’engager une réflexion sur le monde dans lequel on vit.

Chaque salle a été pensée en fonction d’un mot. La phrase que compose la succession de mots répond à la logique d’un parcours dans l’espace et à la progression du jour vers la nuit. La première salle a été conçue pour donner aux visiteurs le sentiment d’un lever du jour. Le mot associé à la première salle est « iceberg ». Il renvoie à la forme qui émerge, un élément encore figé qui cache d’autres parties, à une évolution continue comme la pièce de Dimitri Mallet, un rideau thermo sensible qui passe du blanc au bleu, en fonction des conditions climatiques, de la température et des effets du soleil.

Les vortex de François-Thibaut Pencenat, dans leur mouvement permanent, sont comparables à des portes vers d’autres mondes. Benjamin Renoux présente une vidéo au fond d’une amphore, suggérant les sentiments de profondeur et d’inconnu. L’installation de Sébastien Rémy sur des plaques de verre pouvant être déplacées, est composée d’images de personnages réels ou de fiction dans un état d’enfermement désiré ou contraint qui essayent d’accéder à l’extérieur ou de voyager mentalement.

Certaines oeuvres ont une dimension poétique. Elles nous captivent et nous invitent à la contemplation comme l’œuvre Banquise de Lionel Sabatté. Une surface où les formes commencent à émerger mais restent figées en raison d’une froideur. Jessica boubetra présente Le Lac Tendu, un lac gelé, très minimal. Une artiste que l’on retrouve dans la salle suivante, le salon d’honneur, dont elle s’est emparée pleinement avec Métamorphose une architecture modulaire composée d’éléments en verre neutre ou de Murano. Une sculpture qui se prolonge à l’infini entre les deux grands miroir de la salle et qui est amenée à être « éclatée » à un autre moment de l’exposition pour donner lieu une nouvelle oeuvre et une lecture différente de cet espace.

Dans le jardin se trouve une pièce plutôt discrète de Tarik Kiswanson qui propose une sculpture en forme de chaise longue, Sun, qui renvoie au décorum de la psychanalyse. Une ambiguïté dans le fait que l’objet semble pouvoir être utilisé que l’on retrouve dans le cendrier, à la frontière entre l’objet d’art et l’objet fonctionnel, de même que les poignées que l’on ne peut actionner, leur centre étant au sol. L’ailleurs devient, dès lors, de l’ordre du fantasme.

En continuant le parcours, l’espace s’assombrit sur une salle pensée autour du mot « orée ». L’orée qui serait celle du nouveau monde, entre le passé, la mémoire et une fuite en avant, vers des utopies. Une forme de tension vers le futur.

La composition murale de Diane Arques avec peinture, photographies de territoires de son enfance en Galice et néon, joue sur la mémoire et tend vers l’avenir. Tom Castinel propose Bacchanale, une installation en forme de partition visuelle composée d’objets qui sont de l’ordre d’une archéologie du présent. Il s’agit d’une trace possible que l’on pourrait laisser de notre monde et qui avec Traces, le moulage à la résine d’une parcelle de plage de Thomas Tronel-Gauthier, deviennent réelles. Le territoire devient alors celui de l’absence. Avec l’œuvre de Florian Sumi, des fermentateurs en évolution permanente, nous sommes en présence d’un objet qui est entre art, science et industrie. Il questionne sa définition au sein de l’art et interroge aussi les usages, notre position face à la science et à la nature.

Dans l’escalier qui nous mène à la dernière salle, une oeuvre de Benjamin Renoux, Conversation #11,  superposition de deux images dont le champ focal est changeant, convoque la mémoire et, avec le motif de la fenêtre, suggère un autre monde possible.

La salle suivante est un peu plus mystique et interroge notre rapport au ciel. L’escalier se prolonge vers une montagne peinte par Damien Cadio. Une oeuvre réalisée spécifiquement par rapport à cette perspective ascensionnelle que propose l’escalier. Le halo central sera investi par Emmanuelle Castellan le 19 mars. On ne sait rien de l’évolution de cette oeuvre si ce n’est que le chassis porte deux toiles superposées. Jean-Baptiste Caron présente un tableau de cire blanche et de béton. L’œuvre dans son aspect neigeux fait écho à la montagne. L’intention de cette oeuvre qu’il a présentée à la galerie 22,48m2 est d’emprisonner des courant d’air. Il coule de la cire liquide qu’il modèle avec plus ou moins d’emprise avec des courants d’air. Une oeuvre qui répond à l’installation vidéo de Dimitri Mallet, Forecast, dont un programme diffuse en temps réel, des vidéos de ciels choisies selon la prévision météorologique. Marcel Devillers présente un diptyque qui est un emprisonnement de multiples récits avec des collages de pages, de cartes postales. On est dans une sorte de « mal de tête » comme le dit l’artiste lui-même.

L’installation Railroad Sounds du trio d’artistes de Panels of Silence a une existence autonome dans l’exposition. On reconnaît l’esthétique des trois artistes, les structures métalliques d’Anne-Charlotte Yver, les peintures presque pariétales de François Bianco et les structures en bois sérigraphiées de Jean-Baptiste Lenglet.

La dernière salle nous plonge dans une fin de nuit. La vidéo de Gabielle Le Bayon, Les Itinéraires Silencieux, est une imbrication de références entre le vernaculaire, le mystique, le païen, le religieux. Nous pouvons y entendre un texte qui nous dit comment, pris dans un doute existentiel, se créent des ailleurs par des voies détournées.

Nous sommes ramenés dans la salle dédié au ciel par le travelling vidéo de Clément Cogitore qui nous met à distance d’un décor dont l’architecture est religieuse. On retrouve une oeuvre de Francois-Thibaut Pencenat avec l’œuvre Révolution, un anneau dans lequel subsiste un léger décalage pour nous dire peut-être que tout le parcours qui a été proposé ne sera pas le même si on le recommence. On emporte aussi un fragment de territoire, qui est l’île de Hiva Oa où a vécu Gauguin, dans un coffre-outil de Thomas Tronel-Gauthier.

Au moment où le pavillon ferme ses portes, s’active une oeuvre dans les ateliers pédagogiques. Il s’agit d’une lanterne rouge qui signale que l’exposition se poursuit. L’exposition se prolonge aussi par un ensemble d’événements notamment le samedi après-midi 19 mars : conversation entre Florian Sumi et le biochimiste Rolland Rinnert, performances de Sébastien Rémy et de Valentin Lewandowski, une discussion et le concert de Panels of Silence. Lors du finissage le 17 avril, il y aura la parution d’une édition en série très limitée et avec, pour finir, la deuxième partie du concert de Panels of Silence. »

Pour en savoir plus :

ville-clichy.fr

Visuel de présentation : Vue d’exposition D’autres possibles, Pavillon Vendôme Clichy ©Photo Diane Arques / Adagp, 2016

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