[EN DIRECT] Arthur Sirignano, Amourir au Togu Art Club, Marseille

[EN DIRECT] Arthur Sirignano, Amourir au Togu Art Club, Marseille

Les oeuvres d’Arthur Sirignano ont à voir avec l’exploration de la matière : dans son atelier à Paris, en résidence à la Cité Internationale des Arts de Paris, ou aux ateliers de la ville de Marseille, il la choisi pauvre, brute ou triviale, avant de l’observer, la façonner et la mettre en scène pour lui conférer in fine un langage silencieux qui la rend apte à matérialiser ou esthétiser ses sensations.

Pas étonnant que sa pratique matiériste ait attiré l’oeil des architectes Stéphane Torres et François Guglielmina, de l’agence Togu. Après Genève, c’est dans leur espace Togu Art Club à Marseille, qu’ils exposent l’artiste, sous le commissariat d’Emmanuelle Villard.

Le parcours s’ouvre sur l’Amour-Propre, une installation dont l’harmonie semble relever du cadavre exquis : une bassine bleue côtoie une ancre de bateau, un buste en plâtre est suspendu à une potence, menaçant de céder. Autant d’objets et symboles à résonance autobiographique, grâce auxquels l’artiste retranscrit des interrogations intimes en des représentations abstraites. Chaque élément compose une écriture esthétique et non verbal. Alors leurs formes, leurs matériaux, leurs dimensions, deviennent autant de variables et de signes qui composent un nouveau langage.

 

Vue de l'exposition Amourir au Togu Art Club Marseille
Grand Triptyque de l’Aurevoir, de la Justice et du Bon Fils, 2016.
Vue de l’exposition Amourir au Togu Art Club Marseille

 

De cette manière, l’exposition toute entière tient du rebus, et les titres des oeuvres sonnent comme une énigme rampant autour du thème de la moralité.
Ainsi, le Grand Triptyque de l’Aurevoir, de la Justice et du Bon fils – 2016 -, prend des airs allégoriques, donne une dimension grave et classique à ces grands formats pourtant réalisés à partir d’un matériaux trivial, le bitume.

Ici, la matière craquelle et s’exprime. Dans ce phénomène d’altération, l’artiste vient extraire puis figer les motifs qu’elle donne à voir, ses cicatrices béantes ou bien ses reliefs qui crient et accusent sa transformation.

Le regard, absorbé par cette substance dense et noire, s’apaisera ensuite devant l’Ancien Coeur de Valentin. Cette photographie met en scène la rencontre – fortuite – d’un tuyau d’arrosage et d’un dossier de chaise. Le premier semble être venu se poser sur le second, se faire bercer un court instant dans un lent mouvement de bascule, avant de s’immobiliser dans un équilibre paisible, immortalisé sur hahnemuhle. L’ombre est impeccablement, symétrique, rien de dépasse.

 

Instruments, 2015-2016. Vue de l'exposition Amourir au Togu Art Club Marseille
Instruments, 2015-2016. Vue de l’exposition Amourir au Togu Art Club Marseille

 

Un sentiment de calme, de sérénité nous envahit à la vue de cette union aussi insolite à première vue, qu’évidente finalement : pourquoi paraîtrait incongrue une telle association si celle-ci mène à une osmose aussi parfaite des forces et des tons ?
Une harmonie à son comble dans l’oeuvre Instruments, une installation entre art primitif et moderne, à l’élégance stoïque posée là, dans une soigneuse entente des proportions et des matières. Instruments d’un nouveau langage, encore une fois, ou bien version 3D d’une peinture dans laquelle les lignes et les couleurs qui la structurent prennent du relief jusqu’à déstructurer le cadre et ne garder que les composantes du tableau.

Car au delà du concept, Arthur Sirignano est un fabricant d’images. Images qu’il construit toujours à partir d’un registre formel de matériaux pauvres ou glanés auxquels il aime se confronter. Une pratique matiériste qui vient révéler de manière frappante l’empreinte du geste dans la matière. Dans l’Âme du feu, sculpture en terre travaillée dans la masse, on sent pleinement ce plaisir ou cette obstination à modeler et dompter, de la même manière que nous nous sommes appropriés le feu pour façonner des outils puis bâtir des sociétés entières à notre image.

 

Girl & Boy, 2016. Vue de l'exposition Amourir au Togu Art Club Marseille
Girl & Boy, 2016. Vue de l’exposition Amourir au Togu Art Club Marseille

Cette terre ne résistant pas à la cuisson, l’artiste la travaille crue, avec des gestes vifs et à l’aide de spatules qui dansent comme le feu, dans un combat à la limite de la chorégraphie. Poésie du résultat, de la façon aussi.

Entre concept, image et métaphore, l’abstraction toujours règne. À son comble dans Girl & Boy, quand la terre, à peine grimée de rose ou bleu, vient innocemment – mais inévitablement – soulever les questionnement actuels sur les stéréotypes et la représentation du genre.

Texte Emmanuelle Oddo pour Point contemporain © 2017

 

Vue de l'exposition Amourir au Togu Art Club Marseille
Vue de l’exposition Amourir au Togu Art Club Marseille

 

Pour en savoir plus sur l’exposition :
[AGENDA] 12.01→24.02 – Arthur Sirignano – Amourir – Togu Art Club Marseille

Pour en savoir plus sur le lieu :

Pour en savoir plus sur l’artiste :

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