[EN DIRECT] Jeanne Briand, GameteGlass.Pavilion(s), Shuttle 19 Paris

[EN DIRECT] Jeanne Briand, GameteGlass.Pavilion(s), Shuttle 19 Paris

Si les travaux de Jeanne Briand abordent le terme de la genèse,  ils ne l’envisagent pas par le prisme de la question du féminin, mais par sa dimension ex vivo, génétique même, dans des perspectives cyborgs telles que les ont imaginées les auteurs de récits d’anticipation.

Depuis Random Controlune série d’utérus en verre présentée en 2011 lors de sa première exposition personnelle aux productions actuelles, les sculptures et dispositifs de Jeanne Briand ont beaucoup évolué. Après s’être récemment déployées dans la Galerie Backslash où les galeristes Séverine de Volkovitch et Delphine Guillaud lui ont donné carte blanche pour occuper le vaste espace central de la galerie, et avoir conquis le public du Salon de Montrouge, ses sculptures de verre prennent désormais place sur des potences, des socles « pods ». Et si la réflexion de Jeanne Briand porte sur la « conception de forme », c’est par la vision d’anticipation d’un « corps augmenté » qu’elle aborde la création. Des œuvres qui prennent dans l’espace du Shuttle 19, loin des murs blancs d’un white cube, une présence plus forte, plus lourde et prégnante qui en révèle tous les enjeux.

Les nouvelles productions que tu présentes à Shuttle 19 semblent faire glisser l’image de l’organe génétique de tes débuts vers celle du laboratoire…

Même si la première forme sur laquelle j’ai travaillé est un utérus, je suis plus intéressée par la question génétique que par la côté féminin. C’est pour cela que je produis aujourd’hui des gamètes, des cellules qui ne sont pas genrées. Ce qui m’obsédait et m’obsède encore aujourd’hui, est la conception in vitro et synthétique des choses naturelles. L’utilisation d’utérus en verre dont la forme est façonnée dans le verre des éprouvettes de laboratoire traduit cette préoccupation. Loin de vouloir sanctifier avec une sorte d’écrin en verre l’organe reproducteur féminin, ma réflexion se situe plutôt dans le dessein d’Huxley et les récits d’anticipation. Les pods, par exemple, m’ont été inspirés par le film ExistenZ de David Cronenberg.

N’y a-t-il pas comme dans ces romans d’anticipation, ce jeu sur le caractère répétitif de la conception artificielle ?

Dans mes dispositifs, je joue sur le caractère sériel que l’on retrouve dans les laboratoires – alignement de tubes à essai, flacons aux formes identiques – avec la différence que les éléments que je présentent sont soufflés un à un de manière complètement artisanale et que, même si je tente de produire des formes quasiment identique, il est presque impossible qu’elles le soient parfaitement.

Est-ce pour cela qu’il y a une multiplication des formes ?

D’une certaine manière, mes travaux poursuivent la même perspective que le clonage même s’il est possible de distinguer, par comparaison des utérus en verre que je présente par série de sept,  les déviations de la forme initiale. J’utilise des éléments trouvés au hasard de découvertes pour les détourner comme ces barres avec lesquelles j’ai créé des structures isolées pour chacune des gamètes ou cette cabine des années 70 que j’ai détournée en une couveuse un peu cyborg et qui est devenue l’extension d’un pod exposé au prix des amis des Beaux-Arts. Certains éléments ont également un lien avec la composition sonore comme la forme des barres qui évoquent le motif de la clé de sol.

D’autres variations sont apparues récemment dans ton travail comme les verres teintés…

À partir du diagramme chromatique de Newton, j’introduis désormais de la couleur.

Pour l’espace du Shuttle 19, la présence de sangles et de potences rapprochent encore tes oeuvres des expérimentations que l’on peut faire dans un laboratoire…

Le vocabulaire du laboratoire et de l’experimentation est présent dans l’ensemble de mon travail. La question génétique a introduit l’utilisation du verre, puis le verre a introduit le son, et maintenant le son introduit la couleur. Pour Gamete Glass, les gamètes de verre soufflé sont produites et deviennent productrices leur tour. Je les ai façonnées pour qu’elle produisent chacune un son une fois en studio d’enregistrement. Augmentées de micros spécifiques, elles génèrent des sons lorsque je souffle dedans afin de créer une nouvelle matière audible. Les dispositifs de présentation que j’utilise dans l’espace d’exposition sont nés de la nécessité de maintenir les gamètes suspendues afin de créer une vibration. Tout le dispositif d’exposition rejoue celui du studio d’enregistrement. Les éléments (câbles), qui ont été fonctionnels, forment dans l’espace d’exposition des compositions fictionnelles. Ces ambivalences sont importantes pour que les formes perçues ne prennent pas une dimension trop didactique.

Le son fait partie intégrante du projet ?

Toutes ces expérimentations me permettent de constituer des rush de sons très différents avec laquelle, comme un peintre avec sa palette de couleurs, je crée une palette de pistes sonores. Je travaille en collaboration depuis deux ans avec un compositeur, Romain Azzaro, qui a compris ce que je voulais faire quand lui proposer de composer un « opéra de verre génétique autour du souffle et de la vibration » ! L’installation des gamètes dans l’espace d’exposition prend la forme d’un orchestre. Graver un vinyle m’a également permis de redonner un statut d’objet aux enregistrements des fréquences sonores, de donner une forme tangible à l’immatérialité du son. Conserver le son de manière digitale n’aurait eu aucun sens pour moi. Et plutôt que de montrer des vidéos des enregistrements pour tenter de faire comprendre le processus de création de ces sons, je préfère laisser voguer l’imaginaire.

Propos de Jeanne Briand recueillis par Point contemporain © 2017

 

Infos pratiques
Exposition GameteGlass.Pavilion(s)
Du 20 mai au 02 juin 2017

Shuttle 19
Fondateurs : 19 Côté Cour (représenté par Laurence Delsecco) et Sasha Pevak

19 rue Marc Seguin 75018 Paris

Jeanne Briand
Née en 1990.
Vit et travaille à Paris.

http://jeannebriand.com

 

GameteGlass.Pavilion(s), Shuttle 19 Paris. Vue d'exposition © Romain Darnaud
GameteGlass.Pavilion(s), Shuttle 19 Paris. Vue d’exposition © Romain Darnaud
GameteGlass.Pavilion(s), Shuttle 19 Paris. Vue d'exposition © Romain Darnaud
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GameteGlass.Pavilion(s), Shuttle 19 Paris. Vue d’exposition © Romain Darnaud
GameteGlass.Pavilion(s), Shuttle 19 Paris. Vue d'exposition © Romain Darnaud
GameteGlass.Pavilion(s), Shuttle 19 Paris. Vue d’exposition © Romain Darnaud

 

GameteGlass.Pavilion(s), Shuttle 19 Paris. Vue d'exposition © Romain Darnaud
GameteGlass.Pavilion(s), Shuttle 19 Paris. Vue d’exposition © Romain Darnaud
GameteGlass.Pavilion(s), Shuttle 19 Paris. Vue d'exposition © Romain Darnaud
GameteGlass.Pavilion(s), Shuttle 19 Paris. Vue d’exposition © Romain Darnaud
GameteGlass.Pavilion(s), Shuttle 19 Paris. Vue d'exposition © Romain Darnaud
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GameteGlass.Pavilion(s), Shuttle 19 Paris. Vue d'exposition © Romain Darnaud
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GameteGlass.Pavilion(s), Shuttle 19 Paris. Vue d'exposition © Romain Darnaud
GameteGlass.Pavilion(s), Shuttle 19 Paris. Vue d’exposition © Romain Darnaud

 

Visuel de présentation : Jeanne Briand, GameteGlass.Pavilion(s), Shuttle 19 Paris. Vue d’exposition © Romain Darnaud

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