[EN DIRECT] Loups, Musée Cognacq-Jay

[EN DIRECT] Loups, Musée Cognacq-Jay

Les artistes Laurence de Leernsyder, Clémence Estève, Sophie Bonnet-Pourpet, Clément Valla, Karen Knorr, Coraline De Chiara, Julien Des Monstiers, Laurent Lacotte, Danica Phelps, Konrad Wyrebek, Marianne Heier et Marco Vaglieri, Oliver Husain, Pascal Lièvre, Claire Maugeais et Marga Weimans ont tous répondu présent pour l’exposition « LOUPS » curatée par Jean-Christophe Arcos dans le cadre d’un hors-les-murs de la Young International Artists Art Fair 2016. Un cadre de choix a accueilli l’ensemble de ces artistes, français et internationaux : les œuvres ont en effet été présentées dans le musée parisien Cognacq-Jay dédié aux arts du XVIIIe siècle, dans le troisième arrondissement de Paris.

« C’est après avoir tenté de démasquer Jupiter, déguisé en homme, que Lycaon est transformé en loup. Peut-être peut-on trouver la naissance du loup, à la fois masque et monstre, bête vorace et alter ego de l’Homme, dans les Métamorphoses d’Ovide. Le masque et, encore mieux, le loup, circonscrivent pour partie les stratégies de camouflage employées par la domination pour agir sans être vue » – Jean-Christophe Arcos.

Clémence Estève, Des Entractes, cour du Musée Cognac-Jay
Clémence Estève, Des Entractes, cour du Musée Cognac-Jay

L’exposition s’ouvre dans la cour avec, notamment, une œuvre de Clémence Estève, un rideau reprenant une peinture de l’artiste Hubert Robert. Cette œuvre évoque les nombreuses entrées et sorties du peintre sur la scène artistique de l’époque, tout en nous rappelant l’importante place de la thématique du bain et de la toilette dans les peintures du XVIIIe siècle et par là même les premières œuvres à avoir rejoint les collections du musée Cognacq-Jay. Le ton est ainsi donné : cette exposition « LOUPS », construite autour de la notion de masque et de simulacre, propose une série d’œuvres en écho avec la collection du musée mais aussi au contexte et aux conditions de sa constitution. Les œuvres gravitent tantôt autour des thématiques du visible et de l’opaque, tantôt du caché et du dévoilé. Qu’arrive-t-il lorsque l’on creuse, l’on fouille dans la symbolique et l’histoire d’une œuvre jusqu’à ses tréfonds ? Faut-il se contenter d’appréhender une œuvre d’art seulement à partir de ce qu’elle nous offre « à première vue », ou doit-on questionner son histoire, son archéologie, comme le suggère l’artiste New-Yorkais Clement Valla ? L’on se risque à y déceler des erreurs, propres aux glitch et notamment à celui créé par l’artiste polonais Konrad Wyrebek : incertitude quant à ce que représente l’image originelle, certitude quant à la présence d’une erreur dans celle-ci.

Konrad Wyrebek, MorMess, Huile, acrylique, spray et vernis sur toile, 2015
Konrad Wyrebek, MorMess, Huile, acrylique, spray et vernis sur toile, 2015

 

Clement Valla, 25.120.246A, B FONT, impression sur lin, socle, 2015
Clement Valla, 25.120.246A, B FONT, impression sur lin, socle, 2015

Dans un tout autre registre, la photographe britannique Karen Knorr nous propose une photographie réalisée dans le cadre d’une collaboration avec le Musée Carnavalet, où l’artiste avait dû remettre en scène des fables de La Fontaine au sein des pièces du musée. Par l’utilisation d’animaux empaillés, figés à la manière d’un arrêt sur image, Karen Knorr invite le spectateur à imaginer et re-convoquer une nouvelle narration, basée sur une lutte et un jeu d’oppositions entre les différents personnages, à l’image de la fable dont est tirée la composition. L’œuvre de Coraline De Chiara prend également place dans le décor d’une salle d’un musée, celui qui l’accueille : l’artiste a choisi de reproduire en peinture des figurines animalières du XVIIIe siècle qui se trouvent être exagérément agrandies au point de construire une narration fantasmée autour de ces animaux, réactivés en tant que personnages et induisant un tout autre rapport aux éléments les entourant (dont l’œuvre La Sultane de Jean-Baptiste Leprince). Reprenant un autoportrait de Jean-Baptiste Desportes, peintre de la meute royale de Louis XV et Louis XVI, Julien Des Monstiers s’inscrit lui aussi dans une thématique animalière. L’artiste met ici à profit sa technique bien particulière jouant sur les couches et les superpositions, afin d’opérer une tromperie quant à la réalité de la peinture. En appliquant par transfert la peinture de Jean-Baptiste Leprince sur sa préparation initiale, Julien Des Monstiers met en avant le processus créatif bien avant l’image elle-même. L’on est alors face à une hybridation : la peinture que l’on voit n’étant pas celle qui a été peinte sur la toile, celle-ci étant en réalité constituée des couches oranges et turquoises dont on pense à tord qu’elles viennent recouvrir et masquer la peinture initiale.

Karen Knorr, Salon Lilac Louis XV (Carnavalet), série FABLES, C-type lambda sur papir fuji Crystal, 122 x 152 cm, 2003-08
Karen Knorr, Salon Lilac Louis XV (Carnavalet), série FABLES, C-type lambda sur papier fuji Crystal, 122 x 152 cm, 2003-08 – Courtesy Galerie Filles du Calvaire Paris
Coraline De Chiara, Le Petit, Les Valets et la Sultane, Huile sur toile, 270 x 168 cm, 2016
Coraline De Chiara, Le Petit, Les Valets et la Sultane, Huile sur toile, 270 x 168 cm, 2016

 

Julien Des Monstiers, Le Chasseur (après Desportes), Huile sur toile, 250 x 190 cm, 2016
Julien Des Monstiers, Le Chasseur (après Desportes), Huile sur toile, 250 x 190 cm, 2016

L’ensemble des artistes conviés pour cette exposition traduisent ainsi à travers leurs œuvres une utilisation de l’art à des fins sociales et politiques tantôt par une réinterprétation et une reproduction de certaines œuvres du musée Cognacq-Jay, tantôt par l’introduction de gestes révolutionnaires ou contestataires – absents de la collection du musée -, tout en abordant ces notions de décalages, de dévoilements, de masque, et de superpositions en transparence comme en opacité.

« LOUPS est [ainsi] un projet contextuel, dans la conception duquel la collection et les axes de travail du Musée Cognacq-Jay ont une place déterminante. Un XVIIIème  siècle vu par le XXIème, c’est en filigrane le propos de LOUPS – tout comme la collection du couple Cognacq-Jay était un regard du XIXème sur le XVIIIème – et, dans ce mouvement de redécouverte, de relecture, voir aussi que la légèreté de trait ou de mœurs d’un Fragonard ou d’un Boucher dissimule en fait […] un engagement politique » – Jean-Christophe Arcos.

Lisa Toubas

Les citations de Jean-Christophe Arcos sont extraites du communiqué officiel.

Visuel de présentation : Laurence de Leernsyder, La Fonte des Sables (I,II,III,IV), aluminium, dimensions variables, 2015.

Laurent Lacotte, Guard, Tirage photographique, 30 x 40 cm, 2016
Laurent Lacotte, Guard, Tirage photographique, 30 x 40 cm, 2016

 

Danica Phelps, Income's outcome, Dessin et aquarelle sur papier, 1996-2016 - Courtesy Galerie Michael Sturm, Stuttgart
Danica Phelps, Income’s outcome, Dessin et aquarelle sur papier, 1996-2016 – Courtesy Galerie Michael Sturm, Stuttgart

 

Olivier Husain, Purfled Promises, 2010
Olivier Husain, Purfled Promises, 2010

Pour en savoir plus sur l’exposition :
[AGENDA] Loups – Musée Cognacq-Jay / Hors-les-Murs YIA Art Fair #7

Pour en savoir plus sur les artistes :

[EN DIRECT] Loups, Musée Cognacq-Jay
Notez cet article

Vous aimerez aussi



English English French French Italian Italian