[EN DIRECT] PAYSAGES CONTEMPORAINS – LES 30 ANS DU PARC DE SCULPTURES À TRAVERS LA COLLECTION DU FRAC BRETAGNE – DOMAINE DE KERGUÉHENNEC

[EN DIRECT] PAYSAGES CONTEMPORAINS – LES 30 ANS DU PARC DE SCULPTURES À TRAVERS LA COLLECTION DU FRAC BRETAGNE – DOMAINE DE KERGUÉHENNEC

S’étendant sur près de deux cents hectares, le Domaine de Kerguéhennec réunit avec son château et dépendances datant du XVIIIème siècle, ses jardins, son domaine forestier, son étendue d’eau et même son potager, un espace exceptionnel favorable aux promenades et propices aux découvertes artistiques.

Depuis près de 30 ans, sa collection, par le travail de ses directeurs successifs et en collaboration avec le Frac Bretagne, n’a cessé de s’enrichir. Depuis cinq ans, le Domaine est dirigé par Olivier Delavallade qui a eu à coeur de répondre aux spécificités d’un lieu où sont intimement liés art, architecture et paysage. En collaboration avec Catherine Elkar, directrice du Frac Bretagne, ils présentent “Paysages contemporains”, une exposition anniversaire qui, tout en célébrant la thématique du paysage, l’ancre dans le présent en proposant des travaux qui en redéfinissent la notion aujourd’hui.

Propos d’Olivier Delavallade recueillis le 31 mars 2016 avec l’aimable concours d’Aurélie Cadot de l’Agence Observatoire :

Olivier Delavallade, pouvez-vous nous raconter l’histoire du Domaine de Kerguéhennec et sa transformation en centre d’art ?
Nous fêtons cette année les 30 ans du parc de sculptures mais le Domaine de Kerguéhennec est bien plus vieux. Le château et les dépendances datent du XVIIIème siècle avec des remaniements assez importants sur la façade et les intérieurs au XIXème dans le style néo classique très en vogue à cette période. Le Domaine était une vaste propriété de terres agricoles de rapport. Le château et ses dépendances ont été construits par des banquiers d’origine Suisse extrêmement prospères qui travaillaient avec la cour royale, les grandes cours européennes et qui ont par ailleurs, contribué à installer et à financer la Compagnie des Indes.
La propriété, au fil du temps, est passée de main en main avant de devenir, en 1972, propriété du Département du Morbihan. Elle a continué à être en exploitation jusqu’en 1986 où elle a définitivement acquise sa vocation culturelle par la volonté conjuguée des collectivités publiques territoriales et de l’État, aidée du Frac Bretagne.

Le parc de sculptures est impressionnant avec des oeuvres d’artistes renommés (Richard Long, Marina Abramovic, Jean-Pierre Raynaud…). Comment s’est-il construit avec le temps ?
Dès que la décision de faire du Domaine un centre d’art a été prise par François Châtel, la volonté de tous les partenaires était d’installer un parc de sculptures avec essentiellement des commandes publiques de l’État et des achats du Frac. Pendant une dizaine d’années la collection s’est enrichie considérablement et a continué à se développer jusqu’à aujourd’hui. Sont visibles désormais une trentaine de sculptures, la plupart appartenant au Fnac ou Frac Bretagne mais aussi un certain nombre issues de commandes du Domaine qui est sous la régie du Département du Morbihan.

Comment ces oeuvres dialoguent-elles dans les espaces du Domaine, son paysage et son histoire ?
Ce qui m’intéresse est ce passage, ces liens et ces allers-retours entre le patrimoine et la création contemporaine. Une question qui a été une de mes principales préoccupations, pendant près de 20 ans, quand j’étais responsable de L’Art dans les Chapelles.
Les sculptures sont présentées dans un parc paysager de 70 hectares aux espaces très différents. La partie Nord, avec son arboretum inscrit au titre du patrimoine historique, est plutôt dans une esthétique de parc à l’anglaise avec des allées en courbes et contre-courbes, un imaginaire romantique avec des déambulations. L’autre partie est dans un ordonnancement à la française avec des allées rectilignes et un maillage plus géométrique.

La pièce de Jean-Pierre Raynaud, 1000 pots bétonnés peints pour une serre ancienne, qui est une des toutes premières œuvres installées sur le site, dès 1986, est emblématique de ce désir d’interroger sans cesse cette relation entre art et culture.

Toute notre programmation est traversée par cette dialectique-là avec ce triptyque art-architecture-paysage. Dans un lieu comme celui-ci, nous ne pouvons pas travailler comme dans un White Cube de galerie ou de centre d’art d’une grande métropole. Nous sommes dans un contexte paysager, historique et patrimonial.

Comment appréhendez-vous l’évolution du médium sculpture en tant que directeur du Domaine ?
La sculpture, en 30 ans, a beaucoup évoluée. Le statut même de la sculpture a changé en passant de la sculpture-objet au dispositif et au processus. Cela n’exclut pas du tout la sculpture-objet qui fait sa réapparition, tout comme l’a fait le dessin, ces dernières années. J’ai fait d’ailleurs l’acquisition, il y a quelques années, de Bleu Méditerranée de Pierre Tual, une sculpture-objet qui, par ses ouvertures, est en dialogue avec le paysage, comme un passage et un lieu de transition.

Un de vos projets, quand vous avez pris la direction du Domaine, est de mettre en lumière l’œuvre d’un artiste qui, bien qu’en ayant ses amateurs, est assez méconnu. Pouvez-vous nous parler de Tal Coat et comment son oeuvre s’intègre à la programmation du domaine ?
Je suis porté par tout ce qui s’est fait précédemment, à travers l’action du Frac Bretagne et des deux directeurs qui m’ont précédé dans le Domaine. Je leur sais gré d’avoir toujours maintenu un très grand niveau d’exigence artistique. Ce qui m’intéresse est justement d’apporter une strate supplémentaire de regard, ou de programmation, avec une autre collection qui vient s’ajouter à celle du parc de sculptures. J’ai choisi Tal Coat car pour moi ses oeuvres ont en commun avec ce lieu la question du paysage. Je pense qu’il est un des plus grands artistes du paysage au XXème siècle. Alors même que le genre était moins présent dans les pratiques artistiques, Tal Coat est toujours resté très attaché dans sa production, à travers une relation très permanente et même intime, au paysage.

Bientôt le Domaine fêtera les 30 ans du parc de sculpture, qu’avez-vous prévu pour cet anniversaire ?
Pour les 30 ans du parc, je voulais que l’exposition nous parle des lieux et de leur histoire, et pour cela je voulais travailler en étroite collaboration avec Catherine Elkar, directrice du Frac Bretagne car il est à l’origine de la création du parc de sculptures. Entre 87 et 92, le Frac a programmé toutes les expositions du Domaine, une succession de moments absolument formidables avec de grandes expositions monographiques des plus grands sculpteurs nationaux et internationaux. Il faut savoir aussi qu’un des grands axes de la programmation et de la collection du Frac Bretagne est justement la question du paysage.
Ensemble nous avons construit une exposition qui s’appelle “Paysages contemporains” qui est ouverte sur la peinture, sculpture, dessin mais aussi la photographie et l’art vidéo. L’espace d’exposition s’étendra au-delà des écuries avec la présentation de sculptures dans le parc. Nous allons aussi ouvrir le concept ou la notion de paysage pour en parler de façons très différentes. Il y aura des peintures et dessins de paysages classiques en tant que lieu de représentation mais aussi des paysages beaucoup plus politiques, économiques…

Le parc est ouvert tout au long de l’année et a une belle renommée. Que vient y chercher le public ?
Le public est ravi de découvrir le Domaine de Kerguéhennec qui est un site à entrées multiples. On peut y entrer par une dimension uniquement patrimoniale pour venir voir un beau Château, pour la dimension paysagère parce qu’on est amoureux des beaux arbres et des beaux jardins. Certains y viennent pour son grand parc de sculptures ou pour la collection Tal Coat. On peut aussi venir au Domaine par une dimension plus contemporaine à la fois par la programmation et les résidences d’artistes souvent jeunes diplômés. Nous accueillons LEE Bae à La Chapelle, dans le cadre de l’année France-Corée, et Simon Augade qui s’apprête à réaliser une sculpture pour le potager du parc ouvert à la population locale qui peut venir cultiver son jardin comme le candide de Voltaire.
Il est bien-sûr possible de venir simplement pour se promener en famille, avec des amis. Je compare parfois le domaine à un millefeuille avec toute cette stratification : des pratiques, des usages, de la mémoire, du temps et de l’histoire. Depuis maintenant cinq ans que je dirige ce site, je fais en sorte de proposer des projets qui ouvrent sur l’imaginaire et où se verront proposées aux visiteurs des promenades littéraires.

Texte initialement paru dans la revue Point contemporain #2 © Point contemporain 2017

 

Infos pratiques
Exposition Paysages contemporains
Commissariat de Olivier Delavallade, directeur du Domaine de Kerguéhennec et Catherine Elkar, directrice du FRAC Bretagne,
Du 26 juin au 06 novembre 2016,

Domaine de Kerguéhennec
Une propriété du Département du Morbihan
56500 Bignan

Entrée libre et gratuite.
www.kerguehennec.fr

 

Artistes : Richard Artschwager, Geneviève Asse, Silvia Bächli, Élisabeth Ballet, Bauduin, Bernd et Hilla Becher, Bernard Borgeaud, Étienne Bossut, François Bouillon, Pierre Buraglio, Balthasar Burkhard, Nina Childress, Jean-Gabriel Coignet, Jocelyn Cottencin, Henri Cueco, Jean Degottex, Anne-Marie Filaire,  Ian Hamilton Finlay, Bernard Frize, Hamish Fulton, Gérard Gasiorowski, Paul-Armand Gette, Rodney Graham, Toni Grand, Angela Grauerholz, Étienne Hajdu, Geoffrey James, Harald Klingelhöller, Bertrand Lavier, Jochen Lempert, Marcelle Loubchansky, Alfred Manessier, François Morellet, Maria Nordman, Bernard Pagès, Guy Prévost, Hervé Rabot, Jean Pierre Raynaud, Sophie Ristelhueber, Yvan Salomone, Jean-Michel Sanejouand, Sarkis, Tal Coat, Carel Visser, Bernard Voïta, Sébastien Vonier, herman de vries

 

Visuel de présentation : Pierre Tual (1941 – France). Bleu Méditerranée, 1995 – Acier zingué peint. Achat à l’artiste en 2011. Coll. Département du Morbihan. © ADAGP, Paris 2016

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