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Revue d'art contemporain

[EN DIRECT] Primavera 5, Stefano Serretta, Galerie Papillon Paris

[EN DIRECT] Primavera 5, Stefano Serretta, Galerie Papillon Paris

Agiter les apparences : l’art de Stefano Serretta
Par Roberta Garieri

L’exposition du titre Primavera 5 commissionnée par Valentine Meyer et qui a eu lieu à la Galerie Papillon à Paris, a fermé ses portes depuis environ un mois. Celle-ci a été la conclusion d’un parcours qui a vu trois artistes italiens, Jacopo Belloni, Stefano Serretta et Chiara Fumai, intégrer le programme de résidence 2016 promu par la Dena Foundation for Contemporary Art dans les espaces historiques du couvent des Récollets à Paris (Jacopo Belloni et Stefano Serretta) et à l’Omi International Art Center de New York (Chiara Fumai).

La Fondation qui est présidée par la collectionneuse italienne Giuliana Setari Carusi, a été lancée en 2001 à New York, pour ensuite établir un bureau à Paris dès 2003. Depuis le début, la ligne de recherche de la Dena Foundation est centrée sur la nécessité de se placer comme médiatrice,  un lien entre la scène artistique émergeante (notamment italienne) et le monde, avec en son cœur trois mots-clés « promotion, soutien et diffusion ». Un projet qui né d’une passion pour l’art, ainsi que d’une observation et une comparaison de la scène artistique nationale – à ce moment privée d’un réel soutien publique ou privé pour la création – avec les autres réalités culturelles étrangères.
Depuis 2001, la fondation est promotrice du prix international Dena Foundation Art Award. Aujourd’hui, elle veut élargir aussi son champ de vision sur le panorama artistique naissant en Asie, notamment celui de Singapour.
Par ailleurs, dans une géographie de l’art qui est toujours plus globale et sans frontières, participer à un programme de résidence, hors de son propre contexte culturel, est pour un jeune artiste un passage obligé, ainsi qu’une expérience édifiante.

Ces lignes seront dédiées à la découverte de la pratique artistique de Stefano Serretta (Gênes, 1987) jusqu’à un de ses derniers travaux, présenté avec d’autres pour l’exposition parisienne.

Stefano Serretta est un explorateur curieux. Il nous raconte que pour lui l’Histoire réside dans les détails, minimes, parfois négligeables, dont pourtant il arrive à en saisir une puissance en vigueur : leur capacité à court-circuiter les apparences qui rendent poreuse l’énergie qui circule à notre époque et, en même temps, la perception que nous avons de celle-ci. Une époque consumée, si nous pouvons la définir comme cela, que Stefano Serretta, à travers de son art, cherche à récupérer.
Pour cela, nous sommes tentés de penser à l’image de l’explorateur, presque mythique. Mais le voyage qu’il accomplit n’est pas vers des mondes lointains et inconnus, il est interne et silencieux, entre un avant et un après, une cause et un effet.

 

Trillions, 2016, impression directe sur plexiglass, 90x150 cm
Trillions, 2016, impression directe sur plexiglass, 90×150 cm

Trillions (2016) est une trace pâle qui va au-delà de son support de départ, dans un vol, dont nous ne connaissons pas la fin. La répétition, métaphore de l’inflation, a laissé la place à la légèreté (dévaluation graduelle) contre le pois d’un pouvoir qui est seulement apparent. La trace montre la désintégration progressive de la monnaie du Zimbabwe, introduite avec la présidence de Robert Mugabe, en 1980.

Soustraction et répétition, des gestes que l’on retrouve aussi dans d’autres travaux, comme Shanti Town (2016), dans lequel Stefano Serretta exhume l’histoire de certaines architectures contemporaines, jamais terminées à cause de la pénurie des ressources économiques. La répétition de la formule Too Big Too Fail («trop gros pour faire faillit») qui les reproduit, renforce la cause qui a amené à leur chute.

 

Shanti Town, graphite et papier carbone sur papier coton (détail), 2016.
Shanti Town, graphite et papier carbone sur papier coton (détail), 2016.

 

Dans le cadre de l’exposition Primavera 5, Stefano Serretta a présenté une installation qui montre cette tendance à vouloir cartographier, conceptuellement, les trames d’un nouveau scenario mondial et, en même temps, les pouvoirs sous-jacents qui les manipulent. L’exposition même, comme nous informe Valentine Meyer, veut ouvrir un moment de réflexion sur un monde globalisé et déséquilibré, flottant entre incertitude, précarité, rapports de force et violence.
 En ces temps accélérés, où la dernière image montrée semble annuler 
la précédente, ils s’interrogent : comment concrétiser plastiquement une idée, un désir de changement ?

Black Standard, acrylique sur coton, 150x100 cm
Black Standard, acrylique sur coton, 150×100 cm

 

Stefano Serretta répond, comme d’habitude, en prélevant un élément qui laisse visualiser l’époque actuelle, la plus imminente, instantanée et hélas caduque, parce qu’on ne peut pas fermer les yeux, s’abstraire et faire comme si cela ne nous concernait pas. De fait, l’artiste est un agitateur de la réalité, au-delà de ses convictions politiques. (1) Il interroge les représentations, les fait bouger et accomplir une dérive, en les libérant de l’immobilisme de leurs cadrages dignes. Dans les œuvres qui aménagent l’exposition, on respire une condition d’attente, dont nous sommes tous, dans un premier moment, spectateurs inconscients. Black Standard (2015-2016) est la bannière qui s’érige sur la tradition islamique et qui depuis la fin des années ’90 est devenu un symbole du djihadisme international. Comme une annonce publicitaire, Coming Soon (traduit en plusieurs langues) nous avertit que l’arrivée de quelqu’un ou de quelque chose est proche, que bientôt on se reverra… Landscape (2015-2016) est le théâtre de la Terreur ouvert sur une colline du désert syrien, où s’accomplit son « spectacle ». 

 

Landscape, vernis, impression fine art sur papier coton 35x26 cm
Landscape, vernis, impression fine art sur papier coton 35×26 cm

 

Un spectacle qui ne coïncide pas avec la reproduction fictive de la réalité, au contraire celle que nous avons devant les yeux est la réalité en chair et en os. Les acteurs sont multiples. Les figurants en noir et en orange, vidés de leur présence corporelle, laissent la place à des formes qui symbolisent les évènements qui composent le puzzle des atrocités de notre temps. Enfin, One Plus One (2016), est peut être une des réponses éventuelles. Ici, Stefano Serretta essaye d’imaginer un possible futur ou un autre présent, dont nous ne savons pas si il prendra forme. Pendant ce temps, nous attendons, sachant que nous tous, sans distinction, nageons dans des eaux qui font parties du même océan et que, en tant que telles, ne devraient pas être encore divisées.
Avec une ironie prévoyante, Stefano Serretta, transforme ces situations imputables à l’Histoire, comme s’il voulait nous mettre en garde, comme s’il voulait nous faire comprendre que l’humanité n’est pas en ruine, elle est en chantier. Elle appartient encore à l’histoire. Une histoire tragique, toujours inégale, mais irrémédiablement commune (2).

 

One Plus One, vernis, bois, 100x75x200 cm
One Plus One, vernis, bois, 100x75x200 cm

 

(1) Pieiller E., août-septembre 2016, Éloge de la perturbation, dans la revue Le Monde Diplomatique (Manière de voir) n°148, p.4

(2) Augé M., 2004, Rovine e macerie. Il senso del tempo, Bollati Boringhieri, Turin

 

Pour en savoir plus sur le lieu :

Pour en savoir plus sur l’artiste :

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