[EN DIRECT] Rétrospective Cy Twombly au Centre Pompidou Paris

Œuvres jamais montrées en France et même parfois au public, ou monumentales qui n’ont jamais été déplacées, immenses toiles pour certaines demeurées dans des collections privées ou stockées depuis leur création et qui retrouvent pour la première fois la lumière du jour, le conservateur du Centre Pompidou et commissaire de l’exposition Jonas Storsve réussit la prouesse en collaboration avec la Cy Twombly Foundation, la Fondazione Nicola Del Roscio et le fils de l’artiste Alessandro Twombly, d’offrir au public pour la première rétrospective de l’artiste Cy Twombly depuis sa mort, un panorama assez extraordinaire de son œuvre. L’exposition regroupe de 1951 à 2011, l’essentiel de ces pièces souvent monumentales mais aussi au caractère très intimiste qui ont depuis leur création, intriguées, subjuguées, parfois été rejetées car incomprises pour être enfin reconnues comme l’expression du langage complexe d’un homme curieux des arts et très érudit.

 

Problem I, II,III. Triptyque. Peinture industrielle, crayon à la cire sur toile. MMK Museum für Moderne Kunst, Francfort-sur-le-Main, ancienne collection Karl Ströher, Darmstadt.
Problem I, II,III. Triptyque. Peinture industrielle, crayon à la cire sur toile. MMK Museum für Moderne Kunst, Francfort-sur-le-Main, ancienne collection Karl Ströher, Darmstadt.

Une exposition qui se veut la traversée d’une vie en trois volets et qui offre l’opportunité de découvrir comment Cy Twombly a perçu une Histoire en mouvement. Celle politique, des États-Unis et du monde, de l’assassinat de Kennedy aux grands conflits, mais aussi celle des arts, de l’art pariétal, en passant par les grandes figures mythologiques antiques, jusqu’à l’art minimal notamment dans les Problem I, II et III. Cette traversée des arts se retrouve aussi dans sa production de sculptures,  qui, peintes en blanc font écho à l’éclat du marbre et répondent aux formes classiques de la sculpture tout en renvoyant, par l’idée « d’hybridation », à ses formes modernes.

 

Cy Twombly- Rétrospective - Centre Pompidou Paris.
Cy Twombly- Rétrospective – Centre Pompidou Paris.

 

Nous accompagne tout au long de l’exposition le sentiment que la toile est un épiderme, une chair sinon sa propre chair sur laquelle l’artiste a tracé les faits qui ont marqué sa vie. Moments d’apaisement, de réflexions ou de colère, l’artiste reporte dans ses oeuvres ces ressentis au point de leur donner forme et relief. Lorsqu’ont été exhumées d’une cave les toiles de 1959 que Léo Castelli, le grand critique new-yorkais a refusé d’exposer, celles-ci ont dévoilé leur ton rosé, pour ainsi dire leur carnation.

Cy Twombly peintre, sculpteur et même photographe, établit une relation émotionnelle aux événements et aux choses, dans les manifestations sensibles qu’elles laissent sur nous. À travers ces cartographies émotionnelles, l’artiste imprime, par des gestes énergiques, des tracés fulgurants à la mine de plomb ou au pinceau, composées des motifs dans lesquels se retrouvent des jetés, des nœuds et des écritures. Des formes au caractère presque sismique dans lesquelles on recherche des bribes de narration, mais qui nous restituent, plus par l’impression générale que par les signes ou les lettres que l’on peut y retrouver, les soubresauts de l’histoire qui nous touchent. Et si apparaissent parfois, au bas d’une toile, ou de manière plus immédiate, des mots ou des noms comme APOLLO et VENUS, il y a dans ces œuvres, par leur envergure, les marques des drames qui ont bouleversé les Hommes et les atteintes portées aux espoirs de paix et de réconciliations.

Nine Discourses of  Commodus (1963), des toiles viscérales, violentées, marquées par la couleur du sang, que Cy Twombly réalise lors de l’assassinat de Kennedy, portent cette marque indélébile, visuellement obsédante, tel un choc frontal. Elle nous montrent que l’artiste n’était pas le témoin passif de son époque, mais qu’il transmet et rend visible à tous, les coups assénés à l’humanité. Par leur verticalité, elles ont cette physicalité qui rend encore palpitante cinquante ans après l’hémorragie, et témoigne d’une profonde douleur et de l’empreinte, sinon la marque, que les événements ont laissé sur lui. Une violence que l’on retrouve dans The Vengeance of Achilles (1962).

Il y a dans l’oeuvre de Cy Twombly une écriture du corps, à la fois terrible et amoureuse, puissante et sensuelle qui nous porte dans les méandre de l’histoire mais aussi dans sa propre histoire. Apparaissent des formes de corps, des étreintes puissantes et pleine de sensualité. La ville de Rome a fortement imprégné l’artiste. Il y puisera des éléments de compréhension à travers la mythologie, l’histoire des empereurs et les empreintes qu’elle conserve encore, de son histoire contemporaine. Sa Rome est personnifiée et félinienne. Une ville profonde et secrète, charnelle et délicieuse dans laquelle il s’installe et fonde une famille dès les années 60.

Il y a aussi dans l’oeuvre de Cy Twombly une effervescence, une énergie qui résulte du plaisir de l’histoire à travers les grandes figures de la mythologie. Ses oeuvres Pan, Fifty Days at Iliam Shades of Achilles, Patroclus and Hector, Untitled (Bacchus), Sans titre (Gaète), sont le fruit de ces plaisirs de lectures et de ses plongées dans les grands textes. Il puisera en eux lors des moment les plus tragiques de l’Histoire, des correspondances et avec elles des éléments de compréhension. Une oeuvre hypnotique, cultivée dans laquelle se répercutent les grands courants de l’histoire et qui nous ouvre une lecture tout aussi originale que familière d’un artiste qui nous a livré ses plus profondes émotions.

 

Cy Twombly- Rétrospective - Centre Pompidou Paris.
Cy Twombly- Rétrospective – Centre Pompidou Paris.

 

 

Vue de la série Nine Discourses on Commodus, 1963 Guggenheim Bilbao Museo, Bilbao © Cy Twombly Foundation
Vue de la série Nine Discourses on Commodus, 1963
Guggenheim Bilbao Museo, Bilbao
© Cy Twombly Foundation

 

Fifty Days at Iliam Shades of Achilles, Patroclus and Hector, 1978 Partie VI : Huile, crayon à l’huile, mine de plomb sur toile 299,7 x 491,5 cm Philadelphia Museum of Art, Philadelphie, gift (by exchange) of Samuel S.White 3rd and Vera White, 1989-90-6 © Cy Twombly Foundation, courtesy of Philadelphia Museum of Art, Philadelphie
Fifty Days at Iliam Shades of Achilles, Patroclus and Hector,
1978
Partie VI : Huile, crayon à l’huile, mine de plomb sur toile
299,7 x 491,5 cm
Philadelphia Museum of Art, Philadelphie, gift (by exchange) of Samuel S.White 3rd and Vera White, 1989-90-6 © Cy Twombly Foundation, courtesy of Philadelphia Museum of Art, Philadelphie

 

Sans titre (Grottaferrata) 1957 Crayon à la cire et mine de plomb sur papier quadrillé 7 dessins : 21,6 x 29,9 cm (chaque) Collection particulière © Cy Twombly Foundation, courtesy Galerie Karsten Greve, St. Moritz, Paris, Köln
Sans titre (Grottaferrata)
1957
Crayon à la cire et mine de plomb sur papier quadrillé
7 dessins : 21,6 x 29,9 cm (chaque)
Collection particulière
© Cy Twombly Foundation, courtesy Galerie Karsten Greve, St. Moritz, Paris, Köln

 

Pour en savoir plus sur l’exposition :
[AGENDA] 30.11→24.04 – CY TWOMBLY – Rétrospective – Centre Pompidou Paris

Pour en savoir plus sur le lieu d’exposition :

Pour en savoir plus sur l’artiste :

 

Visuel de présentation : Blooming, 2001-2008 Acrylique, crayon à la cire sur 10 panneaux de bois, 250 x 500, Collection particulière © Cy Twombly Foundation, courtesy Archives Fondazione Nicola Del Roscio.

 

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