[EN DIRECT] VAISSEAU FANTÔME AU 6B

[EN DIRECT] VAISSEAU FANTÔME AU 6B

Pensée par les artistes Sandrine Elberg et Céline Tuloup, l’exposition Vaisseau Fantôme vient habiter du 09 au 24 juin le bâtiment du 6b. Le propos de l’exposition est né spontanément d’une envie pour les deux artistes de collaborer autour d’un projet commun et d’y inviter d’autres artistes. Nul doute que pour tout artiste ou commissaire qui travaille dans un des ateliers de la résidence du 6b ou qui a déjà exposé dans son espace, émerge l’envie de se confronter au lieu, d’en éprouver sa configuration, d’y concevoir une thématique sachant que par un système de cimaises mobiles et par une déambulation modulable il peut être complètement transformé voire métamorphosé. Le point de départ de l’exposition a été le désir de travailler sur le fantôme et dans les discutions qui en ont découlé, le vaisseau fantôme est né de cette évidente corrélation avec l’architecture même du bâtiment. 

L’intention des commissaires Sandrine Elberg et Céline Tuloup a été de venir s’appuyer sur la configuration de l’espace d’exposition du 6b, avec son couloir coursive, son vaste plateau vitré, plongeant sur la rivière qui longe la bâtiment et qui accueille traditionnellement sur son flanc, lors des saisons estivales, une plage. Sandrine Elbert voit dans ce « bâtiment longiligne tout autant un sous-marin qu’un vaisseau spatial », une architecture dont les plafonds à nu laissent courir comme sur un bastingage lignes de câbles et autres tuyauteries. Une thématique qui fait aussi sens avec la résidence, avec cette idée pour les artistes d’investir et d’habiter un lieu, un squat, d’être un peu  » pirate  » dans leur façon de l’occuper jusqu’à ce qu’il devienne, au fil du temps, une résidence artistique.
 
Des commissaires qui ont déjà, dans leur propre pratique, abordé cette question du fantôme. Céline Tuloup dans la série Les Pleurs de l’aube, propose un mouchoir brodé des mots Ghost World. Sandrine Elberg dans son travail sur le médium photographique avec l’apparition ou la disparition des figures évanescentes rappellant celles que l’on retrouvent dans les vues d’Eugène Atget peuplées de passants fantômes saisis dans la chambre noire. Des apparitions dues à la technique du photogramme où  » beaucoup d’erreurs et des problèmes de révélation font que les fantômes sont un peu partout « . Une présence du fantôme qui, avec les photographies « spiritistes » de la fin de XIXe, a beaucoup inspiré les surréalistes et nourrit encore les artistes contemporains dans une approche leur permettant d’accéder à un irrationnel qui les libère du présent. 
 
L’exposition se construit en deux axes, développant une première série de travaux plus tournés vers la science fiction et une deuxième plus en lien avec le maritime. Les deux construites avec de fortes références à des récits mythiques ou d’auteurs contemporains avec cette idée du voyage métaphorique de la vie et de la mort. Car si Du Bellay fait de la vie un voyage avec ses tempêtes, ses aléas, le vaisseau fantôme s’engage sur un chemin qui relie le vivant et l’au-delà, s’enfonce dans des méandres.  Les commissaires soulignent que les artistes ont très vite investi le sujet pour y développer des travaux en correspondance avec leur pratique et ont eu à cœur, pour la plupart, de produire une ou des oeuvres en lien avec la thématique proposée. 
 
Une exposition qui nous place aussi au cœur de ce voyage à vivre comme un cheminement aventureux avec notamment en toile de fond les toiles représentant des naufrages d’Hervé Ic et qui font du regardeur un passager malheureux d’une destinée. Il nous fait suivre dans l’obscurité de la nuit le récit du naufrage jusqu’au sauvetage avec pour seul éclairage les éclairs divins au caractère électrique et kitsch qui viennent s’enfoncer dans une eau vert sombre telle que la décrivait Homère dans l’Odyssée. 
 
Une toile qui exploite littéralement le sujet du vaisseau fantôme pour le plus grand plaisir du regardeur et sur laquelle viennent dialoguer la Madone mystique figurée par son voile d’où inexplicablement perle des gouttes d’eau (Laurent Le Bourhis) ainsi qu’un masque fait de breloques, positives ou maléfiques, de Skall. Chamanisme et religiosité semblent dans cet espace se confronter avec aussi, en contrepoint macabre, la série de photographies Breathe d’Ana Bloom où des volontaires dédient leur souffle aux anonymes morts noyés dans l’océan.  
 
Les pièces ectoplasmiques de Samuel Aligand favorisent les articulations chromatiques entre les espaces. Se ressent aussi dans les propositions des artistes, une certaine liberté. D’ailleurs plusieurs pièces ont été conçues sur place et se sont appuyées sur la configuration du lieu comme celle de Christine Maigne. Les dessins au posca sur les baies vitrées de Régis Sénèque, météorites inspirées des morceaux de parpaings trouvés sur place autour du bâtiment, accentuent le caractère spatial du 6b. La « cuisine moléculaire » ainsi que les vues de nébuleuses de Sandrine Elberg accentuent encore le caractère spatial d’une partie de l’exposition. Un travail de cartographie constitué à partir des archives de la Nasa en projetant de l’encre sur des plaques de métal. 
 
Un autre des axes explorés par l’exposition est un caractère d’irréalité car le souffle, avec l’idée de légèreté, de présence fantômatique, de gonflement, est omniprésent. On le retrouve dans les gré de voile de Marion Bocquet-Appel qui viennent s’appuyer sur des cheminées en briques faites à la main ou dans cette idée de fugacité du temps et de la mémoire dans les peintures sur carton d’Erwan Ballan avec des mises en scène rappelant le temps où les grandes nations coloniales partaient à la conquête des océans. Des œuvres chargées de symboles qui répondent à l’installation de Céline Tuloup qui, par l’utilisation de signes synaptiques, de symboles, constituent un assemblage répondant aux théories millénaristes.
Faisant le lien avec les deux contraires qu’est supposé relier tout vaisseau fantôme, le jour et la nuit, la vie et la mort, les commissaires ont voulu constituer une sorte de cabinet graphique, privilégiant le noir et le blanc. S’y trouvent entre autre des moulages d’os iliaques à base de cendre humaine de Dos mares ainsi que seize gravures d’Iris Gallarotti représentant des paysages intérieurs, des animaux nocturnes, des paysages fantomatiques qui hantent ses nuits. Une installation comme un rêve éveillé, grinçante, une porte entre le jour et la nuit.
 
Texte Point contemporain © 2017
 
Infos pratiques
Exposition collective Vaisseau Fantôme
Du 09 au 24 juin 2017
Commissariat Sandrine Elberg et Céline Tuloup
 
avec Olivier Alibert, Samuel Aligand, Erwan Ballan, Ana Bloom, Marion Bocquet-Appel, Jean-Philippe Brunaud, Sandrine Elberg, Iris Gallarotti, Anne Guillotel, Hervé Ic, Laurent Le Bourhis, Christine Maigne, Rachel Marks, Davide Napoli, Bogdan Pavlovic, Pascal Pillard, Nicolas Rosée, Régis Sénèque, Skall, Maxime Touratier, Céline Tuloup
 
Le 6b
6-10 Quai de Seine 93200 Saint-Denis

 
Vue d'exposition Vaisseau Fantôme au 6b Vue d'exposition Vaisseau Fantôme au 6b Vue d'exposition Vaisseau Fantôme au 6b Vue d'exposition Vaisseau Fantôme au 6b Vue d'exposition Vaisseau Fantôme au 6b Vue d'exposition Vaisseau Fantôme au 6b Vue d'exposition Vaisseau Fantôme au 6b Vue d'exposition Vaisseau Fantôme au 6b Vue d'exposition Vaisseau Fantôme au 6b Vue d'exposition Vaisseau Fantôme au 6b
 
Photos : Point contemporain
Courtesy artistes

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