Drawing Now Paris 2017, Les coups de coeur de Laëtitia Toulout

Drawing Now Paris 2017, Les coups de coeur de Laëtitia Toulout

Les Foires d’art, de par la quantité de travaux qu’elles présentent, dans le contexte froid et répétitif des nombreux stands de galeries obligent l’œil au coup de cœur instantané, sinon rien : les œuvres qui n’attirent pas l’attention se noient au pire dans un brouhaha visuel, au mieux dans des globalités thématiques et esthétiques. Retour sur une sélection forcément autoritaire d’œuvres croisées à la onzième édition de Drawing Now, salon du dessin contemporain à Paris au Carreau du Temple.

Le premier coup de cœur prend lieu face à des grands formats d’oiseaux, dessinés au fusain et à la pastelle, représentés de manière statiques, de dos, de face ou de côté, d’une manière millimétrée et presque scientifique. Roos Holleman (Janknegt Gallery, Pays-Bas) a-t-elle pris pour modèle les oiseaux de collections d’histoire naturelle, les espèces dessinées existent-elles encore ? Les détails des plumes, la délicatesse des couleurs, et les imposantes silhouettes appuient ce travail d’une aura presque mystique.

Oiseaux et finesse également avec Tim Plampler (Galerie Suzanne Tarasieve) qui crée, à la main et au cayon, des surimpressions de personnes, de mouvements, d’oiseaux, dans un gris au grain raffiné, pour une empreinte visuelle qui se situe aux lisières de la photographie.

A ce propos, impossible de passer à côté de l’accrochage dédié à Thomas Lévy-Lasne (Backslash) et à ses peintures méticuleuses qui tracent le portrait d’une génération se construisant dans l’insouciance, les apparences et les écrans.

Bien loin d’une figuration réaliste, Claus Georg Sabe (Reiter) utilise lui la pointe de son crayon pour des dessins qui proposent une réinterprétation des esthétiques glitch propres aux appareils analogiques dont notre époque actuelle se fait si nostalgique. Les couleurs, tellement foncées qu’elles en deviennent profondes, imprègnent le papier et se boivent entre elles telles des impressions ou photocopies manquées, et dégoulinent de manière presque inquiétantes.

L’ambiance est aussi froide et rétro avec Simon Rulquin (Galerie Odile Ouizeman) et sa série Katrina qui s’inspire de l’ouragan éponyme. En en reprenant les représentations 3D, il nous renvoie à un univers à la fois futuriste et pourtant, déjà daté : ces paysages à l’extrême géométrie nous font aussi bien penser bien à l’histoire de jeux vidéo qu’à des architectures utopistes ou à la conquête de la planète mars.

Les interprétations sont également à entrées multiples avec les peintures chatoyantes d’Antoine Carbonne (Galerie Virginie Louvet) qui puise son inspiration tant dans le quotidien, l’histoire de l’art que le cinéma. Ses peintures colorées séduisent dès le premier regard, nous invitent à la contemplation et à la rêverie, invitant nos pensées à mieux s’y mêler. C’est un charme au fonctionnement similaire qui opère avec les paysages nonchalants de Matthieu Cossé (Semiose), dont la mise à distance du réalisme et des détails met en valeur la fluidité des traits et des formes préexistantes à l’œuvre.

On retiendra enfin l’ambiance sombre des drôles d’êtres qui peuples les petites peintures d’Annette Barcelo (Galerie Anne de Villepoix), qui expose d’ailleurs à la Galerie Anne de Villepoix jusqu’au 29 avril. Les nombreuses créatures renvoient à l’imaginaire de la mythologie, mêlent les histoires et les civilisations dans leurs inspirations. Elles sont tout autant repoussantes qu’attachantes, et paraissent nous poursuivre dans une appréciation qui se construit au sein d’un dualisme entre admiration et répulsion.

Texte Laëtitia Toulout pour Point contemporain © 2017

Visuel de présentation : Antoine Carbonne, Magic Mountains, 2017, gouache sur papier, 120x 120 cm. Courtesy Galerie Virginie Louvet

 

Roos Holleman, Blue bird of paradise, 2016. Pastel on paper, 250 x 150 cm - Courtesy Janknegt Gallery
Roos Holleman, Blue bird of paradise, 2016. Pastel on paper, 250 x 150 cm – Courtesy Janknegt Gallery

 

Tim Pampler, Die Umkehr 002, pencil on paper, 59 x 42.5 cm, 2017
Tim Pampler, Die Umkehr 002, pencil on paper, 59 x 42.5 cm, 2017

 

Thomas Lévy-Lasne, Fête 752016 aquarelle sur papier 15 x 20cm collection particulière
Thomas Lévy-Lasne, Fête 75, 2016. Aquarelle sur papier 15 x 20cm. collection particulière

 

Claus Georg Strabe, Dreambreaker IX, 2016. Ballpoint pen on paper, 40 x 30 cm
Claus Georg Strabe, Dreambreaker IX, 2016. Ballpoint pen on paper, 40 x 30 cm

 

Simon Rulquin, Relief (Landscape), series, burn marks in wood paper, 40 x 30 cm, 2015
Simon Rulquin, Relief (Landscape), series, burn marks in wood paper, 40 x 30 cm, 2015

 

Matthieu Cossé - Semiose
Matthieu Cossé – Semiose

 

Annette Barcelo, CHUPACABRA, 2012 mixed media sur papier d'école 30 x 42 cm
Annette Barcelo, CHUPACABRA, 2012. mixed media sur papier d’école 30 x 42 cm

 

 

À lire aussi



English English French French Italian Italian