Le Petit A de O, Galerie Houg

Le Petit A de O, Galerie Houg

En direct de l’exposition Le Petit A de O, sous le commissariat de Marie de Brugerolle du 19 mars au 23 avril 2016 réunissant Nicolas Chardon, Ivan Fayard, Amy Granat, Olivier Mosset, Camila Oliveira Fairclough, Hugo Pernet et Emmanuel Van Der Meulen, Galerie Houg, 22 rue Saint-Claude 75003 Paris.

Prendre comme point de départ pour une exposition sur la peinture une oeuvre d’Olivier Mosset peut paraître paradoxal. L’artiste a en effet redéfini de manière assez radicale le médium peinture en portant sa réflexion sur la construction et même la fabrication des oeuvres. Ainsi, l’exposition n’est pas conçue avec un sens de lecture ou un parcours particulier, mais elle a pour intention de montrer comment les réflexions de cet artiste alimentent les travaux des peintres contemporains et ouvrent sur de nouvelles pistes de production hors du champ de la représentation pour atteindre une matérialité de la peinture.

Propos de Marie de Brugerolle, commissaire d’exposition, recueillis le 18 mars 2016 :

 » L’objet du A, perdu/trouvé, a été un indice pour rassembler des œuvres d’artistes qui pouvaient être en dialogue, directement ou indirectement, avec le travail d’Olivier Mosset, qu’ils l’aient rencontré ou non. Le A date du début de la carrière d’Olivier Mosset, de 1966, à un moment où avec Buren, Parmentier et Toroni, ils fondent BMPT et parle du degré zéro de la peinture. Mosset dit qu’il n’y a rien d’autre à voir que ce que l’on a devant les yeux et s’interroge : Qu’est-ce que peindre encore ?

Il n’existe plus que quelques pièces de la série du A qui fait suite à celles des chiffres et des points qui sont toutes deux perdues. Cela fait référence à une partie de son travail renvoyant à la question de l’abstraction et à ce processus en train de s’opérer entre disparition et apparition. Se pose aussi la question du signe et du fait que la forme du A est l’association de trois traits pouvant renvoyer à une forme abstraite n’ayant pas de sens particulier.

Vue d'exposition Le petit A de O, Galerie Houg. Copyright : Jérôme Michel.
Vue d’exposition Le petit A de O, Galerie Houg. Copyright : Jérôme Michel.

Je suis allée voir chaque artiste dans son atelier pour choisir une œuvre ou un ensemble d’œuvres qui pouvaient dialoguer avec l’œuvre de Mosset. Le A m’a immédiatement fait penser au travail de Nicolas Chardon, un artiste qui questionne l’idée de modernité, la fin d’une certaine peinture et la naissance d’une autre forme dite construite ou abstraite, en lien direct avec le carré noir de Malevitch. Nicolas Chardon entretient un dialogue non subordonné et non nostalgique avec le Carré Noir. En guise de toile, il tend un tissu trouvé renvoyant au Ready-made. L’artiste par recouvrements successifs fait apparaître un carré qui est souligné. Le tracé du carré n’est pas rectiligne, on a là une réflexion sur la peinture.

Nicolas Chardon, Carré noir (souligné), acrylique sur tissu, 100 × 81 cm, 2015 © Nicolas Chardon. Courtoisie de l’artiste & Galerie Jean Brolly, Paris.
Nicolas Chardon, Carré noir (souligné), acrylique sur tissu, 100 × 81 cm, 2015. © Nicolas Chardon. Courtoisie de l’artiste & Galerie Jean Brolly Paris.

L’exposition est conçue afin que chacun puisse aborder les oeuvres sans avoir à se documenter. Tous ces artistes sont dans une histoire de la modernité et de l’abstraction, dans une sorte de peinture concrète qui n’est pas composée, ou renvoyant à la question du style, mais fabriquée et construite.

Hugo Pernet présente un diptyque de 2003, des oeuvres de jeunesse datant de son passage aux Beaux-Arts. On y retrouve des échos directs à l’œuvre de Mosset et à cette idée de fabrication de l’œuvre, à la matérialité de la peinture par le fait que la toile n’est pas parfaitement tendue, et par un jeu entre matité et brillance. Les cercles rappellent ceux de Mosset qui datent eux de 1972. En étant presque invisibles, comme des négatifs, ils répondent aussi à ce jeu de l’apparition/disparition.

Hugo Pernet, Double-négatif, acrylique sur toile, 16 × 22 cm, 2008. © André Morin. Courtoisie de l’artiste & Galerie Triple V Paris.
Hugo Pernet, Double-négatif, acrylique sur toile, 16 × 22 cm, 2008. © André Morin. Courtoisie de l’artiste & Galerie Triple V Paris.

Les A ont été faits d’après des reproductions de magazine, à la règle. Il utilise le gris, une couleur qui n’est du tout décorative mais qui renvoie plutôt à la peinture murale de bureau, au vernaculaire et par là même au langage commun qui rejoint l’idée du ready-made. Ainsi se pose la question soulevée Mosset de la mort de l’auteur auquel Barthes consacrera un texte deux ans plus tard. Pour Mosset, que le peintre signe sa toile ne signifie rien. La mort de l’auteur annonce la naissance du regardeur.

J’ai essayé pendant deux mois d’écrire sur ce A de d’Olivier Mosset et finalement je l’ai appelé en lui disant qu’il était irréductible à être une peinture. Il m’a répondu que c’était ça et qu’on ne pouvait rien en dire, qu’il neutralisait tout commentaire.

Ivan Fayard, IF#S29 (Émilie), acrylique sur toile, 22 × 16 cm, 2015 © Ivan Fayard/Adagp, Paris, 2016 Courtoisie de l’artiste & Galerie Houg, Paris
Ivan Fayard, IF#S29 (Émilie), acrylique sur toile, 22 × 16 cm, 2015 © Ivan Fayard/Adagp, Paris, 2016. Courtoisie de l’artiste & Galerie Houg Paris.

Les monochromes d’Ivan Fayard nous renvoient aussi à une matérialité de la peinture. Ses oeuvres sont exécutées par soustraction en faisant apparaître par le souffle la couche inférieure d’un premier monochrome qu’il a recouvert de peinture. Le monochrome met en évidence la réalité même de la peinture qui n’existe que par le contexte où elle est montrée.

Camila Oliveira Fairclough. A, acrylique sur toile, Ø 90 × 2 cm, 2011. Courtoisie de l’artiste & Galerie Emmanuel Hervé, Paris © Antoine Delage de Luge
Camila Oliveira Fairclough, A, acrylique sur toile, Ø 90 × 2 cm, 2011. Courtoisie de l’artiste & Galerie Emmanuel Hervé Paris. © Antoine Delage de Luge.

L’œuvre de Camila nous parle de ce face à face avec la peinture. Elle a agrandi le motif du A de Anarchie. Cette oeuvre porte sur le pouvoir, la domination. Elle joue sur visibilité et lisibilité car si l’on s’approche de la toile on ne discerne plus que la construction du motif peint sur un tissu carroyé.

Emmanuel Van der Meulen Béçaléel, acrylique et graphite sur toile, 22 × 16 cm, 2014, © DR Courtoisie de l’artiste & Galerie Allen Paris.
Emmanuel Van der Meulen
Béçaléel, acrylique et graphite sur toile, 22 × 16 cm, 2014, © DR Courtoisie de l’artiste & Galerie Allen Paris.

L’ensemble de 5 oeuvres d’Emmanuel Van Der Meulen joue aussi avec l’idée de construction, de récupération et de matérialité. On retrouve le motif du T qui renvoie à l’instrument de l’architecte, du cercle, du monochrome. Deux des oeuvres se composent d’un chiffon tendu sur un châssis. L’artiste a peint son motif sur des traces de peintures comme des abstractions.

L’utilisation de chiffon comme toile évoque aussi l’idée de la mort de l’auteur, avec cette volonté d’ouvrir la création à toute chose que l’on peut trouver.

Amy Granat, Vue d'exposition à la Galerie Houg. Copyright : Jérôme Michel.
Amy Granat, Vue d’exposition à la Galerie Houg. Copyright : Jérôme Michel.

La peinture peut être aussi en mouvement. Amy Granat présente un papier peint abstrait et infini qu’elle a réalisé en collaboration avec Mosset. Elle produit également des films en scratchant la pellicule ce qui donne l’impression de mouvements très rapides et de perpectives. Une abstraction des frontières et des limites évoquée par la référence au personnage de bande dessinée Ghostrider un motard justicier, qui circule à travers des paysages américains. (1)

Il ne reste que peu de productions video de Mosset car elles ont été détruites dans un incendie. J’en présente une ici, Film Porno (2), qui n’a de porno que le titre, car il est composé simplement de vues de son appartement et de personnes qui y passaient comme Pierre Clémenti et Caroline de Bendern. C’est pourtant un film car il y a le mot fin, ce qui n’existe pas dans une peinture. « 

(1) Ghostrider, d’Amy Granat, 16 mm transféré en vidéo HD, N&B, muet, boucle, 2006. Courtoisie de l’artiste.

(2) Film Porno d’Olivier Mosset. Film super-8, 3 minutes, 1968. Courtoisie de l’artiste & de bdv (bureau des vidéos), Paris.

Pour en savoir plus :

galeriehoug.com

Visuel de présentation : Détail de Olivier MOSSET, Sans Titre, 1965.
Huile sur toile, 22 x 16 cm. Courtoisie Galerie Houg Paris © Didier Michalet.

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