[FOCUS] Lucie Le Bouder, Plan

[FOCUS] Lucie Le Bouder, Plan

Focus sur la série de dessins Plan de Lucie Le Bouder rencontrée à l’occasion de sa résidence à Mains d’Oeuvres de septembre 2015 à février 2016.

Artiste : Lucie Le Bouder. Née en 1986. Vit et travaille à Paris. Diplômée de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Nantes (2010). Est représentée par la Galerie 22,48m² Paris.

Oeuvre : série Plan, dessins au cutter sur papier couché.

Pour son solo show à Drawing Now en 2015, Lucie Le Bouder avait choisi de présenter ses travaux sur des étagères inclinées, donnant l’impression d’une mise en équilibre des oeuvres dans l’espace du stand de la galerie 22,48m². Une perspective en rapport avec sa série Construct qui aborde l’architecture par des perspectives axonométriques en représentant sur un plan incliné leur structure externe et interne. Un effet de basculement à l’horizontale qui a surpris les visiteurs en les plaçant au cœur même du processus de sa démarche artistique et par là-même au centre d’une architecture dont ils prenaient tout à coup conscience. Un effet de spatialisation important dans les réalisations de cette artiste que l’on retrouve dans les dessins Plan, qui se présente comme une étude des étages des bâtiments dans lequel le visiteur peut se projeter. Une série exemplaire du travail sur l’architecture que l’artiste n’hésite pas à transposer dans ses Wall, des peintures murales.

 
Lucie Le Bouder, Drawing Now 2015, solo show, avec la galerie 22,48m2, Paris.
Lucie Le Bouder, Drawing Now 2015, solo show, avec la galerie 22,48m2, Paris.

« La série de dessins Plan est inspirée de bâtiments dont je décompose l’architecture puis que je redessine sur le papier étage par étage. Je collecte des archives de différents plans, d’élévation en privilégiant les constructions contemporaines qui sont plus intéressantes dans leurs formes. Même s’il y a un respect de la mise à l’échelle, l’accumulation de formes ouvre sur de nouveaux motifs. Ainsi par exemple, au rectangle du rez-de-chaussée d’un bâtiment, s’ajoute une forme plus triangulaire du quatrième étage sur laquelle se superpose une plus minimale du toit.

Plan #10 (Kosmos, Talinn, Ott Kadarik), 2015. Dessin sur papier couché sur chrome, 49 x 63,5 cm.
Plan #10 (Kosmos, Talinn, Ott Kadarik), 2015.
Dessin sur papier couché sur chrome, 49 x 63,5 cm.

Un de mes dessins est un hommage à l’artiste et architecte Theo van Doesburg dont le travail m’inspire beaucoup car il donne une nouvelle perception de l’espace.

Il ne s’agit pas d’une simple décomposition mais de se projeter à l’intérieur même de l’architecture, plan par plan.

De même, j’essaye d’imaginer en amont ces dessins pour qu’ils soient en élévation et pour définir ce qu’ils vont devenir. Dans la série Construct, je fais un travail d’axonométrie qui déforme l’espace et donne une nouvelle perception d’un espace qui ne sera jamais réellement comme il est dessiné. Ainsi on assiste à une mise en rapport entre la verticalité de la construction et le plan de l’architecte.

Ce passage du vertical à l’horizontal se retrouve dans l’ensemble de mes travaux par un glissement permanent entre les formes plates dessinées et la mise en volume dans l’espace.

Dans la série Pli, je donne du volume aux plaques de plâtre utilisées dans la construction de murs par une succession de découpes qui les transforment en sculptures. De la même façon, je donne du volume aux dessins Plan ou Cutting, dans un geste de gravure qui crée de la profondeur.

Pli #1, 2014. Papier, plaque de plâtre, 35 x 60 x 6 cm.
Pli #1, 2014. Papier, plaque de plâtre, 35 x 60 x 6 cm.

J’utilise le même outil, le cutter, pour le dessin et la sculpture même si pour celle-ci l’acte est peut être plus brutal car le plâtre est un matériau lourd. Si le dessin nécessite un travail plus fin, le geste reste pourtant identique bien qu’opposé dans le rendu. Alors qu’avec le cutter, je sectionne ou coupe le papier pour tracer les traits, je laisse une surface lisse pour le plâtre. Plus je vais superposer les formes qui sont tracées au cutter, plus le papier va s’enlever et le blanc apparaître.

Plan #4 (détail), 2013. dessin au cutter sur papier couché sur chrome, 50 x 65 cm.
Plan #4 (détail), 2013. dessin au cutter sur papier couché sur chrome, 50 x 65 cm.

Dans toutes mes compositions, ce jeu entre volumes et plans me permet de mettre en valeur l’espace, de construire des perspectives par une mise en parallèle entre les murs et le sol de l’architecture. De même le déplacement du spectateur est toujours sollicité car les traits gravés, en fonction de leur orientation et de l’inclination de la lame de cutter, font apparaître des couleurs différentes. Ils apparaissent ou disparaissent pour se fondre dans la couleur monochrome du papier. Chaque angle par lequel le dessin est regardé le modifie totalement et permet de l’aborder par une nouvelle perspective.

Comme pour une sculpture, il est nécessaire de se déplacer devant le dessin pour le voir dans son intégralité.

J’essaye aussi de faire en sorte que cette projection dans l’architecture se retrouve dans le cheminement du regard sur les Plans. Une notion de parcours qui se retrouve aussi dans mes installations comme lors de l’exposition Et quelques espacements à la galerie Mélanie Rio, où mon installation avait pour vocation de mêler les œuvres entre elles et de diriger les regards afin de suggérer de nouveaux points de vue. L’utilisation des baguettes en balsa reprend le travail sur la ligne en y ajoutant une fragilité que l’on retrouve aussi dans le travail sur papier.

Convergence Line, installation in situ, 2016. Bois balsa, colle, ruban adhésif jaune. Galerie Mélanie Rio, Paris. Crédits Photo: Erwann Le gars.
Convergence Line, installation in situ, 2016. Bois balsa, colle, ruban adhésif jaune. Galerie Mélanie Rio, Paris. Crédits Photo: Erwann Le gars.

De même, dans le couloir du bâtiment à Mains d’Oeuvres à Saint-Ouen, j’ai réalisé Inner Space dans les couloirs et escaliers qui mènent au gymnase où se trouve la salle de concert. Une pièce qui joue sur l’architecture par une forme de signalétique, comme un fil conducteur en reprenant les codes couleurs du bâtiment.

Inner Space, installation in situ Mains d'Oeuvres, Saint-Ouen. Crédit Photo : Manon Giacome.
Inner Space, installation in situ Mains d’Oeuvres, Saint-Ouen. Crédit Photo : Manon Giacome.

Travailler à même le mur me donne le sentiment que l’architecture est encore plus présente, que j’habite le bâtiment et que j’y laisse une trace.

Le wallpainting est un travail assez méthodique pour lequel je m’impose des règles. À Montréal, lors d’une résidence à la Fonderie Darling en 2013, j’avais défini 10 points de repère que j’ai reliés afin de créer des formes. Une fois définies, chacune est peinte en une nuance de blanc différente. Au premier coup d’œil, on pouvait penser qu’elles étaient toutes similaires mais juxtaposées les teintes de blanc se distinguent très légèrement les unes des autres. C’est une façon d’évoquer l’emploi du blanc pour peindre les murs, de parler du vieillissement de la couleur et de l’évolution de cette teinte à travers le temps. J’ai fais un deuxième wallpainting en 2014 à la galerie 22,48m² lors de ma deuxième exposition personnelle, beaucoup plus clair que le premier et qui donnait l’impression que le mur était creusé. Une manière de recomposer l’espace d’exposition à travers un travail sur la ligne.”

wall #2, 2014, peinture acrylique, 557 x 267 cm. Wallpainting réalisé pour l'exposition personnelle Back Line à la Galerie 22,48m2, Paris.
wall #2, 2014, peinture acrylique, 557 x 267 cm.
Wallpainting réalisé pour l’exposition personnelle Back Line à la Galerie 22,48m2, Paris.

Pour en savoir plus :

2248m2.com

lucielebouder.com

mainsdoeuvres.org

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