Manoela Medeiros, Falling walls, Double V Gallery Marseille [EN DIRECT DE L’EXPOSITION]

Manoela Medeiros, Falling walls, Double V Gallery Marseille [EN DIRECT DE L’EXPOSITION]

Révélé lors des dernières éditions du Salon de Montrouge et de Jeune Création à la galerie Thaddaeus Ropac, le travail de Manoela Medeiros se caractérise par une manière de convoquer la mémoire à partir « d’un travail de déconstruction et de construction ». La matière première de cette jeune artiste est « la ruine ». C’est elle qui lui permet d’atteindre un nouvel état des choses par un processus de détérioration capable de magnifier les éléments architecturaux quand la végétation investit les bâtiments abandonnés, quand l’humidité imprègne les murs ou que le soleil modifie leur teinte. Quand finalement tout l’apparat des peintures et vernis s’efface ou s’effrite pour laisser apparaître le cœur de la matière.

À l’occasion de l’exposition Falling Walls à la Double V Gallery, Manoela Medeiros fait dialoguer plusieurs types de travaux. La série Continent est issue de la collecte de fragments de crépis provenant de murs d’anciens bâtiments. Elle associe des morceaux de façades prélevés en intérieur ou en extérieur, issus d’habitations contemporaines comme de bâtisses antiques, qu’elle utilise soit sur leur face visible ou cachée. Son geste est tout autant archéologique que performatif avec cette recherche de fragments provenant de milieux urbains comme de constructions isolées dans les campagnes. Certains éléments proviennent de Marseille, d’autres de Lisbonne ou du Pays Basque. Une collection qu’elle repositionne sur la toile pour créer des sortes de territoires émergés composés de parcelles de différentes couleurs comme autant de pays sur une mappemonde, un supercontinent qui recouvrirait ainsi une unité perdue.

Avec ses grandes toiles, Manoela Medeiros construit sa propre ruine. Après avoir superposé des couches d’enduit, de peinture murale et de teintes industrielles en rapport avec les métiers du bâtiment, elle effectue un travail de grattage qu’elle définit comme une « excavation ».  Un temps de déconstruction qu’elle rend apparent en laissant les fragments au sol au pied de la toile.

J’aime montrer le process, ce qui se passe dans l’atelier, afin que l’on puisse se rendre compte que c’est pour moi une peinture de frustration. 

Un processus qui, bien que la toile soit exposée sur cimaise, est toujours en cours car celle-ci « peut continuer à vivre. Elle n’est pas figée dans le temps. » Une lente évolution qui fait partie intégrante du travail de l’artiste car l’oeuvre s’inscrit dans une temporalité qui est celle de la nature et dont l’état de conservation ultime pourrait être cette accumulation de poussière au sol.

L’œuvre a sa propre liberté de vivre dans le temps.

Dans notre époque qui pousse l’approche conceptuelle dans ses derniers retranchements, l’artiste convoque une touchante matérialité qui renvoie à notre propre condition. Elle réfute cette hyper-sacralité tout comme cette immortalité de l’oeuvre. Par les gestes de gratter, frotter, elle amorce une finitude qui est pour nous rassurante. Elle nous entraîne dans le changement perpétuel de la matière et interroge par là-même les mutations de notre environnement urbain. Même si ses oeuvres sont très esthétiques, elles s’éloignent de la célébration de la ruine telle qu’elle pouvait être pratiquée au XVIIIe siècle, par la perception intime de ce rapport au temps et par une poétique de la chute qui affirme leur caractère politique.

L’installation Nature morte, composée d’éléments de construction (moellons, briques) crée à l’intérieur de l’espace d’exposition une architecture modulaire en lien avec la Cité radieuse de Le Corbusier. Une cité au caractère brutaliste ouvrant des fenêtres colorées sur les murs de la galerie.

Texte Point contemporain © 2017

Infos pratiques
Manoela Medeiros, Falling walls
Sur une proposition d’Emmanuelle Oddo
À l’occasion de la 11e édition d’Art-O-Rama,

Du mercredi 23 août au samedi 28 octobre 2017

Double V Gallery
28 rue Saint-Jacques 13006 Marseille

du mardi au samedi 11h – 19h

www.double-v-gallery.com

Manoela Medeiros
Née à Rio de Janeiro, Brasil.
Vit et travaille entre Rio de Janeiro et Paris.

www.manoelamedeiros.com

 

CONTINENT, 2012. Sculpture, 30 cm x 42 cm, plâtre et fragments de mur

 

Nature Morte, installation, brique, plâtre, pigment et peinture sur mur, dimensions variables. Vue du solo show Falling Walls Double V Gallery Marseille
Nature Morte, installation, brique, plâtre, pigment et peinture sur mur, dimensions variables. Vue du solo show Falling Walls Double V Gallery Marseille

 

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