[FOCUS] Marine Provost, Fantômes

[FOCUS] Marine Provost, Fantômes

Focus sur la série Fantômes de Marine Provost rencontrée à l’occasion de sa participation à Drawing Now Paris 2016.

Artiste : Marine Provost, née en 1987. Vit et travaille entre Paris et Nozay (Loire-Atlantique). Diplômée de l’Ecole des Beaux-Arts de Cergy en 2010 après des études aux Beaux-Arts de Lorient et à Milan.

Oeuvre : série Fantômes, dessins au feutre et impression jet d’encre sur papier; peinture acrylique et digigraphie sur châssis toilé.

Remplissage progressif du quadrillage du papier avec la série Impatiences, étude d’oeuvres tronquées avec Paysages, décomposition méthodique des lettres dans Trames de lettre, ou élaboration de sculptures à partir d’une suite mathématique comme dans Prière de, le travail de Marine Provost s’étend sur la surface du support, cherche à atteindre une forme de complétude. Un état qui ne peut être gagné que par un don de soi, une forme de dextérité pour rattacher chaque fragment de forme à une origine et une fin.
Chez Marine Provost, il y a cette volonté de lier les moments d’une histoire, de donner du sens et de montrer que toute forme peut être artistique. Ses oeuvres éveillent notre conscience aux formes qui nous environnent, nous poussent à un effort, un dépassement aurait dit Antonin Artaud, que l’artiste matérialise dans les trames de la série Fantômes.

Propos de Marine Provost recueillis le 31 mars 2016, stand de la Galerie Un-Spaced :

 » La série Fantômes allie procédés mécaniques et manuels. Elle est composée de dessins préparatoires et de tableaux. Ces derniers sont d’une dimension de 120 × 150 cm comportant à leur centre 1 m² de digigraphie. L’impression en digigraphie est réalisée sur des châssis déjà entoilés de grandes dimensions et qui présentent donc en leur centre un léger défaut de tension. Un relâchement qui a une incidence sur la diffusion de la goutte de pigment sur la toile. Une fois l’impression mécanique effectuée, je prolonge les tracés du motif à main levée jusqu’aux rebords de la toile.

Marine Provost, Fantôme n°4, 120×150 cm, peinture acrylique et digigraphie sur châssis toilé, 2013.
Fantôme n°4, 120×150 cm, peinture acrylique et digigraphie sur châssis toilé, 2013.

Ma main, sur le châssis entoilé, tient compte du défaut de tension pour apporter automatiquement une correction et rendre le tracé autant que possible uniforme, du début à la fin. Il se produit alors une inversion car si la machine crée des formes aléatoires, mon geste, en s’adaptant au support, est plus parfait que le procédé mécanique.

Pour la série Fantômes, mon travail porte sur les effets optiques et les confusions. Si, dans mes dessins préparatoires, je laisse volontairement apparents les deux procédés – mécanique et manuel -, sur les grands formats, j’utilise pour les deux la même encre d’imprimerie. La variation est infime entre les teintes après application. L’oeil perçoit juste une légère vibration sans trop comprendre à quoi elle est due. Il est nécessaire de s’approcher pour qu’il fasse une mise au point et qu’alors l’association des techniques devienne visible.

Je veux qu’il y ait un trouble optique et que celui-ci soit porté par le processus mécanique et non pas par ma main, que ce soit la machine qui crée de l’aléatoire et non pas moi.

Le terme fantôme est employé en imprimerie lorsque, mal calibrée par rapport au papier, l’encre apparaît au verso de la page et laisse apparaître ce qui a été imprimé par transparence.

Marine Provost, Dessin préparatoire n°6, feutre et impression jet d'encre sur papier.
Dessin préparatoire n°6, feutre et impression jet d’encre sur papier.

Les fantômes sont les trames à l’intérieur des enveloppes postales, des motifs qui permettent de garder la confidentialité du contenu en évitant qu’il soit lu par transparence. Ces trames varient en fonction des pays et des époques. J’en ai collectées une soixantaine à partir desquelles j’ai réalisé douze tableaux précédés d’autant de dessins préparatoires.

L’idée de cette série sur laquelle je travaille encore, est d’employer le terme fantôme pour évoquer l’envers des choses, ce que l’on ne perçoit pas immédiatement ou ce que nous ne voyons plus par un usage quotidien.

Par ces enveloppes dont les motifs intérieurs renvoient à l’abstraction, j’ai l’intention de montrer que l’art est présent au quotidien, que pour y avoir accès, il suffit juste d’y prêter attention. Je considère mon travail comme une réussite quand les visiteurs me disent que désormais ils sont attentifs à l’intérieur des enveloppes qu’ils utilisent.

Marine Provost, Fantôme n°7, 120×150 cm, peinture acrylique et digigraphie sur châssis toilé, 2013.
Fantôme n°7, 120×150 cm, peinture acrylique et digigraphie sur châssis toilé, 2013.

La répétition du motif est une constante dans mon travail que ce soit dans ma série Prière de, des moulages de choux romanesco qui sont une étude sur les fractales et la suite de Fibonacci, « suite mathématique très présente en art pour atteindre un équilibre esthétique » ou cette série Fantômes. Elle induit, par l’application, le contrôle de soi et la ténacité qu’elle nécessite, une forme de méditation. Chacune des vagues participe à une harmonie générale. « 

Pour en savoir plus :

marineprovost.com

www.un-spaced.com

www.galerie-oniris.fr

alehjune.com

Visuel de présentation : Vue de l’exposition Fantômes, Nozay, église du vieux bourg, décembre 2014 à janvier 2015. Tous droits réservés Marine Provost.

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