Mario Baux-Costesèque, Il y a longtemps, la mer et les tropiques

Mario Baux-Costesèque, Il y a longtemps, la mer et les tropiques

Sous la surface l’inconnu. Un autre monde plongé dans l’obscurité où le temps s’étire et remonte aux origines. Un autre monde où les organismes vivants se transforment lentement en roche liquide.
Il y a longtemps, la mer et les tropiques. Il en reste des traces épaisses et mouvantes dans les profondeurs de la terre. Il arrive que ces matières remontent depuis le fond des âges vers la fine pellicule qu’est la surface. Ensuite, le contact. Le vivant d’aujourd’hui y prête attention. Il s’en nourrit par les racines. La nuit, il s’en enduit les poils et les pores de la peau. Le vivant d’autrefois est devenu engrais et antiseptique pour celui du présent. 60 millions d’années pour devenir huile minérale. Les hommes aussi y prêtent attention. Ils le malaxent et le filtrent et le transforment, dans l’instant. La matière devient inflammable, malléable, fantastique… Ils en veulent des quantités mais se préviennent des dangers : vous entrez dans une zone technologique, si l’alarme retentit quittez la zone !

Dans mon esprit « sonder le profond » c’est entamer une réflexion calme, étalée dans le temps. Il s’agit d’exploiter des sensations et intuitions, pour proposer un rapport plus introspectif et attentif à ce qui nous entoure. Ce questionnement n’est pas individuel, il se construit de manière collective, se nourrit des autres pour élargir les perspectives.
La direction que j’ai prise dans cette nébuleuse qu’est « sonder le pro/fond » reste intimement liée à des préoccupations récurrentes de ma recherche : le rapport à la contemplation, au poétique, à l’absurde et à la nature. C’est une réaction à notre monde contemporain. Cette pièce est pour moi l’occasion de déplacer légèrement le regard que l’on porte sur cet « or noir », enjeu économique essentiel qui paralyse l’évolution de nos sociétés mais qui est aussi une matière organique utilisée par nos ancêtres, assimilable par les plantes voire même thérapeutique.
J’ai d’abord été interpellé par l’aspect de cette matière qu’est le pétrole : épais, noir, odorant et qui ne sèche pas au contact de l’air. Ensuite par le fait qu’il soit constitué principalement d’organismes vivants accumulés dans les fonds marins, transformés lentement pour devenir liquides. Enfin, cette huile minérale fait appel au passé lointain, aux origines. Par sa remontée vers la surface, la lumière et le temps présent, s’opère une rencontre où le fond des âges rappelle l’insignifiance du temps des hommes.
Des résurgences de pétrole existent en Alsace, notamment dans la forêt de Haguenau. Je suis parti à la recherche de cette matière brute que j’ai pu collecter. Mon projet s’est construit à partir de cette expérience de terrain. L’installation aura une dimension olfactive, et le pétrole servira de support de projection à une vidéo. Celle-ci sera constituée d’une succession de plusieurs plans retraçant le cheminement de cette transformation du vivant, via des fondus enchainés, jusqu’au temps du présent où une animation d’un sanglier évoluera sur une résurgence en forêt.
Cette proposition artistique pourra déboucher à une collaboration avec le Musée Français du Pétrole de Pechelbronn-Merkwiller dont le guide du musée, Daniel Rodier, m’a reçu et montré différents sites de résurgences.

 

[Quelques chiffres : Le pétrole est la matière première essentielle aujourd’hui au fonctionnement de notre société globalisée. ll est l’un des piliers de l’économie industrielle contemporaine et le plus gros commerce international de matières (en valeur) de la planète. Il fournit la quasi totalité des carburants liquides et 92% (en 2015) des besoins liés au transports. Cosmétiques, plastiques, fibres synthétiques, engrais, pesticides, lubrifiants, bitumes… Sur les douze plus grandes compagnies de la planète en 2014, sept sont des compagnies pétrolières. Sa consommation pèse pour 34,6 % (en 2015) des émissions de CO2 du monde. C’est une donnée essentielle de la géopolitique et un déclencheur de nombreux conflits armés.]

Visuel de présentation : Mario Baux-Costesèque, Il y a longtemps, la mer et les tropiques. Pétrole brut, boucle vidéo HD, 260 x 200 cm. Courtesy artiste.

 

Mario Baux-Costesèque est né en 1984 à Céret (66).
Vit et travaille à Strasbourg.
Après une licence 3 de géographie mention environnement à l’université de Montpellier Paul-Valery, il a été diplômé de la Haute École des Arts du Rhin à Strasbourg en 2016 (DNSEP Art).
Ses productions artistiques prennent le plus souvent la forme de vidéos et/ou d’installations. Il tente de décortiquer, toujours dans une économie de moyens et au travers de formes poétiques, absurdes et contemplatives, certaines facettes de notre monde contemporain.

www.mariobauxcosteseque.com

 

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