Maximilien Pellet [PORTRAIT D’ARTISTE]

Maximilien Pellet [PORTRAIT D’ARTISTE]

« J’aime que le relief devienne un effet en soi, qu’il forme un motif qui influe ou perturbe la narration à sa manière. Le motif participe lui-même au matériau et le matériau participe lui-même au motif. » Maximilien Pellet

Pour le passage de son diplôme à l’École des Arts décoratifs, Maximilien Pellet avoue avoir « cherché à représenter des effets picturaux avec un langage graphique limité, composé de couleurs primaires et de contours noirs, en sérigraphie. » Une ambivalence qui se retrouve dans sa production actuelle notamment dans les « fresques roulantes » réalisées sur des panneaux d’isolation, et pour lesquelles il mixe couleurs primaires et gestes propres à la production d’images comme le tracé de contours, avec les règles de composition propres à la peinture classique (lignes et points de forces, structuration par tiers…).

Après avoir axé pendant cinq ans son activité sur la sérigraphie et la gravure, l’image imprimée reste prédominante dans le travail de peinture de Maximilien Pellet. Il collectionne des encyclopédies illustrées pour enfants de la deuxième moitié du XXe siècle qui couvrent toute l’histoire de l’humanité et dans lesquelles il voit « une égalisation stylistique des récits historiques et de l’histoire de l’art. » Des ouvrages dans lesquels il puise des motifs qui, assemblés, créent des compositions aux narrations parfois étonnantes conjuguant un axe chronologique avec un axe stylistique. Pour son exposition à Squaresquaresquare, l’artiste a multiplié les niveaux de lecture en tissant un lien entre ses différentes fresques. Il revisite ainsi de manière très personnelle l’Histoire dans une forme d’assemblage osant des rencontres historiques et des courants artistiques très différents. Il étaye ainsi son travail sur la manière dont, page après page, l’Histoire s’est construite. 

Le lien entre image sérigraphiée et peinture se retrouve dans l’emploi d’enduit teinté dans la masse avec lequel Maximilien Pellet réalise ses fresques. Par des gestes similaires à ceux des bâtisseurs, et en leur empruntant leur outillage, l’artiste effectue le remplissage d’une surface qu’il vient ensuite travailler. Il compose des motifs en traçant dans la matière un léger relief. De la même manière que les maçons impriment des motifs sommaires sur les dalles de béton ou sur les murs crépis, il cisèle l’enduit, le gratte, le marque à la spatule ou au rouleau. Un travail qu’il effectue couleur par couleur, imprégnant l’enduit ou le ciment de pigments colorés. Un geste de colorisation propre à la sérigraphie mais que Maximilien Pellet considère, ainsi transposé, comme de la peinture. Il vient même parfois donner une touche picturale à l’ensemble par l’application au pinceau de touches de couleurs au caractère impressionniste.

Délaissant le châssis en bois, Maximilien Pellet cherche constamment des stratagèmes afin de se rapprocher de l’esthétique de la fresque murale. Il compose ses fresques sur des cloisons roulantes qui potentiellement peuvent participer à l’aménagement d’un espace. 

« Les panneaux roulants sont aussi une  façon de conjuguer les temps et les espaces. »

Il crée ainsi des formes intermédiaires gardant un lien avec la peinture tout en y échappant toujours car c’est bien le travail de la matière qui l’intéresse. L’utilisation de l’enduit impose de travailler le contour, de s’accommoder aux propriétés d’une matière dense, de respecter les temps de séchage. À ces contraintes s’ajoutent la forme des spatules, leur largeur ou dentelure, l’utilisation du scotch pour délimiter des contours, « une sorte de grammaire d’effets comme un inventaire de ce qui est pratiqué dans les métiers du bâtiment pour donner des motifs aux murs crépis ou aux sols bruts. » Maximilien Pellet puise dans la diversité des techniques pour donner à ses motifs un caractère brut tout en gardant une dimension ornementale. Il délimite les compositions avec un processus de juxtaposition ou de superposition afin de ne pas perdre de vue cette esthétique propre aux muralistes des périodes antiques. Un travail exécuté au quotidien avec souvent le même matériau comme le ferait un artisan et qu’il assimile volontiers à celui de la construction.  Un métier auquel il fait référence par l’insertion de la figure du parpaing ou du carrelage, n’excluant d’ailleurs pas dans l’avenir de fixer sur l’enduit des fragments de matériaux, des mosaïques qui viendraient se mêler aux motifs peints et renforcer ainsi leur caractère en trompe-l’œil. 

L’enduit lui permet d’imiter absolument toutes les textures possibles. L’artiste cherche à affirmer cette ambiguïté s’inspirant pour cela de la mode qui, dans les années 80, donnait aux intérieurs des appartements l’aspect de murs en pierre ou en briques, mais aussi l’illusion de poutres apparentes. Un travail de composition qui se construit au fur et à mesure par des allers-retours entre son carnet de dessin et les différentes parties des fresques qu’il additionne. Une pratique dont la particularité est de créer une image à partir d’un motif et où tous les éléments sont ramenés au premier plan. Un aspect plan qui s’accentue au moment du séchage lorsque les surfaces s’uniformisent et les couleurs s’atténuent en intégrant définitivement le support.

Texte Valérie Toubas et Daniel Guionnet initialement paru dans la revue Point contemporain #8 © Point contemporain 2018

 


Maximilien Pellet
Né en 1991 à Paris.
Vit et travaille à Paris.

Diplômé de l’École des Arts Décoratifs de Paris.

www.maximilienpellet.fr

Membre du collectif Curry Vavart. www.curry-vavart.com

Artiste coordinateur à Villa Belleville – résidence de Paris Belleville. www.villabelleville.org

 

Maximilien Pellet, La mosaïque et la sculpture, détail, 2017. Enduit, colorant sur bois, 220 × 250 cm. Courtesy artiste.
Maximilien Pellet, La mosaïque et la sculpture, détail, 2017. Enduit, colorant sur bois, 220 × 250 cm. Courtesy artiste.

 

Maximilien Pellet, Une salle du palais (détails), 2017. Enduit sur polystyrène, 100 × 120 cm chacun. Courtesy artiste.
Maximilien Pellet, Une salle du palais (détail), 2017. Enduit sur polystyrène, 100 × 120 cm chacun. Courtesy artiste.

 

Maximilien Pellet, Une salle du palais (détails), 2017. Enduit sur polystyrène, 100 × 120 cm chacun. Courtesy artiste.
Maximilien Pellet, Une salle du palais (détail), 2017. Enduit sur polystyrène, 100 × 120 cm chacun. Courtesy artiste.

 

 

Maximilien Pellet, vue exposition 68e édition Jeune Création - Beaux-arts de Paris 2018
Maximilien Pellet, vue exposition 68e édition Jeune Création – Beaux-arts de Paris 2018

 

Maximilien Pellet, Le lion près de la rivière, 2018. Vue exposition 68e édition Jeune Création - Beaux-arts de Paris 2018
Maximilien Pellet, Le lion près de la rivière, 2018. Vue exposition 68e édition Jeune Création – Beaux-arts de Paris 2018

 

Visuel de présentation : Maximilien Pellet, L’apprentissage, 2017. Ciment, enduit sur polystyrène, 230 × 250 cm. Courtesy artiste.

 

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