Né(e)s de l’écume et des rêves, MuMA du Havre

Né(e)s de l’écume et des rêves, MuMA du Havre

L’ambitieuse exposition Né(e)s de l’écume et des rêves qu’accueille en ce moment le MuMA du Havre propose au visiteur de découvrir comment les sciences ont renouvelé l’approche de la mer aussi bien dans les arts que dans les esprits. Une exploration thématique pleine d’étonnement.

Des Vénus au ventre de la mer

Trois commissaires se sont relayés pour couvrir la vaste période du milieu du XIXème à nos jours avec pour point de départ la représentation du fond des mers. En 1862, Eward Moran imagine à la demande d’un océanologue un paysage aquatique. La plongée n’est pas alors un sport répandu et le peintre britannique, plus habitué à représenter des bateaux, ne dispose que de planches illustrées d’algues et de coraux ; il compose alors une vue terrienne sur laquelle prospère d’étranges végétaux. La même année, présenté en repoussoir dans l’exposition, le Salon académique de Paris accueille trois représentations de Vénus sur lit d’écumes. Les acheteurs se pressent sans doute davantage pour les plastiques féminines que pour l’argument mythologique : la mer est encore une surface lisse. Les idées de Darwin travaillent pourtant les esprits (De l’origine des espèces paraît en 1859) tout comme les premiers laboratoires côtiers affectent les imaginaires. La vie des profondeurs devient progressivement un sujet de choix pour les auteurs comme Victor Hugo ou Jules Verne tout deux hantés par les étranges facultés des pieuvres et calamars. Les arts décoratifs, parmi les premiers à se saisir des découvertes scientifiques dans leurs recherches de motifs, ouvrent de nouveaux horizons.

Sirènes et figures de proues du surréalisme 

Si le parcours donne parfois l’impression de s’éparpiller, en partie par la disposition aérée des cimaise, en partie par le corpus d’oeuvre très fourni, le visiteur est laissé libre de faire sa visite. L’image du cabinet de curiosités convoqué pour certaines salles qui mêle éléments naturels, dessins et photographies scientifiques et oeuvres d’art s’étend à l’ensemble de l’exposition sous le regard de Jean Painlevé. Les films du biologiste marin qui ont tant nourri les surréalistes illustrent très concrètement l’influence du scientifique sur l’imaginaire et contribue à brouiller les frontières. La poche de l’hippocampe est particulièrement féconde, porte de l’inconscient, d’où sortent les jeux d’échelles de Man Ray et les collages de Max Ernst. La mer résiste à la raison et aux analyses; elle est le vivier que le Havrais Lesueur cherche à représenter mais aussi le terrain des rêves des planches d’Hugues Reip. Monstrueuse et séduisante, la figure de la sirène renouvelle les critères de la beauté au tournant du XIXème siècle ; elle est hybride.

Une expédition scientifique et artistique

Les contemporains, qu’ils s’agissent de Pierre et Gilles, Boyd Webb ou Simon Faithfull ne sont pas oubliés par les commissaires qui en ponctuent leurs propos. Les artistes qui regardent aujourd’hui la mer continuent le dialogue avec les scientifiques, grâce à des initiatives comme l’expédition Tara. Nicolas Floc’h et Elsa Guillaume ont embarqué en 2016 à bord de la goélette, l’un aux abords du Japon et l’autre entre l’ïle de Pâques et Papeete. Ils se sont aujourd’hui approprié l’espace et font part de leurs recherches maritimes et plastiques ; pour lui en exposant une série de photos sur les effets du réchauffement climatique sur les coraux, pour elle par une immense fresque et quelques céramiques. Nicolas Floch, après s’être intéressé à la création de récifs artificiels, évoque toujours l’impact de l’activité de l’homme sur les océans; une nouvelle création sonore interpelle ainsi le visiteur, le forçant à revenir sur ses pas, à constater à s’alerter peut-être. Alors même qu’une grande partie des océans nous est encore inconnue, ils sont déjà menacé. Elsa Guillaume dans un moment de suspension nous promène ainsi dans les abysses, avec scaphandriers et araignées de mer. Un voyage urgent dans les profondeurs entre inquiétudes et fantaisies, rêves, cauchemars et réalité.

Texte : Henri Guette © 2018 Point contemporain

 

Infos pratiques

Exposition « Né(e)s de l’écume et des rêves »
Les artistes et la mer du XIXème siècle à nos jours
Du 05 mai au 9 septembre 2018

Commissariat : Annette Haudiquet, Denis-Michel Boëll, Marc Donnadieu

MuMa – Le Havre
Musée d’art moderne André Malraux

 

Visuel de présentation : Simon FAITHFULL, Going Nowhere 2, 2011. Vidéo couleur 5’07’’ © Collection FRAC Normandie Caen © Simon Faithfull – Service presse/MuMa – Le Havre

 

Elsa Guillaume, Mésoplagie 2017. Porcelaine. Courtesy de l’artiste © Elsa Guillaume - Service presse/MuMa – Le Havre
Elsa Guillaume, Mésoplagie
2017. Porcelaine. Courtesy de l’artiste © Elsa Guillaume – Service presse/MuMa – Le Havre

 

Pierre et Gilles - Capitaine Némo, 2004. Photographie peinte, marouflée sur aluminium, 129.8 x 189.3 cm sans cadre, 164 x 224.3 x 9.3 cm avec cadre. Collection François Pinault © Pierre et Gilles - Service presse/MuMa – Le Havre
Pierre et Gilles – Capitaine Némo, 2004. Photographie peinte, marouflée sur aluminium, 129.8 x 189.3 cm sans cadre, 164 x 224.3 x 9.3 cm avec cadre. Collection François Pinault © Pierre et Gilles – Service presse/MuMa – Le Havre

 

Né(e)s de l’écume et des rêves, MuMA du Havre
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