Nicolas Pesquier

Nicolas Pesquier

L’espace de la peinture,

” La nature essentielle de la peinture est composée de : 
1. ligne
2. surface
3. couleur
4. texture (le caractère de la surface).” 

David Burliuk, cubisme (surface plane), décembre 1912 

En 1890, Maurice Denis, alors âgé de 23 ans, définit la peinture comme suit : ” Se rappeler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs dans un certain ordre assemblées. ” Si cette affirmation est vraie en 1890, il semble nécessaire aujourd’hui d’y introduire des notions d’espaces propres à l’art moderne et contemporain. Le travail du peintre ne serait plus aujourd’hui de simplement se poser la question de la touche et du motif, mais bien celle de la forme, de la nature même du support et enfin, de l’inscription dans l’espace de son médium. C’est justement parce qu’il est conscient de l’histoire du médium qu’il utilise, mais également de l’histoire de l’art de façon plus générale, que l’œuvre développée par Nicolas Pesquier peut se détacher du poids de l’histoire, tout en jouant avec les codes qui lui sont rattachés.

Portant une réflexion sur le médium qu’il utilise, l’artiste travaille à partir de tissus dont les motifs apparaissent comme une première trame depuis laquelle il lui serait permis de comprendre et d’appréhender son support de façon à construire ses ensembles picturaux. En effet, plutôt que d’utiliser des tissus neutres et vierges, Nicolas Pesquier se sert de tissus à motifs ainsi que de tissus colorés (vert, rouge, violet…), voire de vêtements, qu’il assemble entre eux. Aussi, et c’est certainement là que se joue l’essentiel du travail de l’artiste : les données propres à chacun des supports qu’il utilise servent de toile de fond à la recherche picturale qu’il mène. 

La peinture de Nicolas Pesquier se construit au quotidien et est souvent le fruit d’une lecture et d’une réinterprétation personnelle des contextes dans lesquels il est invité à exposer. Témoin et acteur de son époque, l’artiste se réapproprie certains codes populaires (allant de la mode à certains objets du quotidien comme les tapis de bain, les étagères ou le masque) pour les déplacer dans un espace qui lui est propre : la peinture. Dans Slogan Discount, par exemple, tout en gardant ses spécificités, l’œuvre répond à un besoin spécifique en servant de toile de fond dans les vitrines de différents magasins. Jouant avec les codes de la publicité (utilisation de couleurs criardes, grandeur des formats…), tout en gardant leur propre autonomie picturale et graphique, les œuvres posent également la question du réceptacle propice à leur monstration, ici, une vitrine de magasin donnant sur une rue commerçante fortement fréquentée. Ce même jeu d’aller-retour entre espace pictural et espace quotidien se retrouve dans la série intitulée Postpost, laquelle s’inspire librement des fanions que nous retrouvons tant dans le champ lexical du sport que celui de la fête. Ici, les fanions que crée l’artiste sont issus d’un montage réalisé par ses soins à partir de tissus à motifs pied-de-poule et / ou pied-de-coq qu’il cerne de franges et d’un travail de peinture fait de formes abstraites, jouant elles-mêmes avec le vocabulaire de la peinture comme les réserves et les pleins, les formes libres et les formes contraintes… Plus récemment, l’artiste a commencé un travail de peinture par l’intermédiaire duquel il cherche à se défaire du mur, support traditionnel de la toile, pour mener une recherche liée à l’espace physique dans lequel nous, public, évoluons. Ce dernier se voit modifié par les peintures démesurées réalisées par l’artiste qui exprime ici sa volonté de confronter le regardeur à un espace pictural quasi-théâtral. En effet, invité à déambuler entre les toiles suspendues, les chaises et autres tapis, le spectateur se trouve ici au cœur de la peinture.

Le rapport au quotidien qu’entretient l’artiste avec son médium par le rassemblement des différents objets et supports qu’il utilise, mêlé à son désir de détachement de certains codes de la peinture (sortir du cadre et se défaire du châssis), l’ont amené à se questionner sur les supports qu’il utilise et sur la forme que ceux-ci peuvent prendre. Aussi, si dans un premier temps il reconnaît un certain aspect pratique à son choix de rendre la toile indépendante du châssis, ce t usage lui permet également d’intervenir directement dans l’espace. En effet, qu’elles soient tendues directement sur les murs de la galerie à l’aide d’agrafes ou d’œillets, ou disposées dans l’espace à l’aide de tringles à rideaux, les peintures que réalise Nicolas Pesquier entrent en interaction et jouent avec l’espace dans lequel elles se trouvent, modifiant alors le rapport frontal que le corps peut traditionnellement avoir avec la peinture.

En observant le travail de l’artiste, un autre aspect se révèle à nos yeux : le goût de la citation qu’il entretient et avec lequel il se plaît à jouer librement. Que ce soit par l’intermédiaire des supports qu’il utilise et dont il se plaît à raconter les histoires, ou par les formes, les couleurs et compositions qu’il réalise, Nicolas Pesquier réunit au sein de chacune de ses œuvres une multitude de références et autres clins d’œil, tant à l’histoire de l’art qui est la sienne (allant de Carlos Kusnir à Karina Bisch en passant par Joe Bradley et Alex Dacorte qui, si ce n’est un certain goût pour la mise en espace d’un travail pictural, partagent une recherche liée à la couleur, au geste et à l’histoire du médium qu’ils pratiquent), qu’à l’Histoire que nous partageons collectivement. De cette connaissance du médium qu’il utilise, Nicolas Pesquier tire de nouvelles formes qui lui permettent de revendiquer la peinture comme sujet de recherche esthétique.

Qu’elle soit exposée dans un espace muséal de type white cube, dans une vitrine de magasin ou même dans l’atelier de l’artiste au travers de photographies et autres mises en scène qu’il partage sur les réseaux sociaux, la peinture que pratique et développe Nicolas Pesquier est un espace aux possibilités multiples par lequel il lui est permis de relire l’histoire de son médium et de la faire sienne.

 

Texte Alex Chevalier, mai 2018 © 2018 réalisé dans le cadre de sa résidence #Générator pour 40mCube à Rennes, et pour Nicolas Pesquier en vue de son exposition à Arondit ” Cellar Door “, juin 2018, deuxième collaboration entre Arondit et les artistes résidents de 40mCube pour le programme Générator4.
GENERATOR est un programme de professionnalisation porté conjointement par 40mcube et l’École Européenne Supérieure d’Art de Bretagne (Brest-Lorient-Quimper-Rennes), en partenariat avec les centres d’art La Criée (Rennes) et Passerelle (Brest), le Frac Bretagne (Rennes), Arondit (Paris), les Archives de la critique d’art (Rennes), Documents d’artistes Bretagne, a.c.b – art contemporain en Bretagne, l’entreprise Self Signal, la société d’avocats Avoxa, et la revue Zérodeux.

 

Visuel de présentation : Nicolas Pesquier, NEOPOSTPOP, 2018. Acrylique sur tissu tissé pied-de-coq, 75 x 100cm. Production Generator, 40mcube/EESAB/Selfsignal.

 

 

Vue de l'installation Une autre brique au mur, exposition Cellar Door, Arondit paris, photos Salim Santa Lucia, 2018 Production Generator, 40mcube/eesab/Self Signal
collection particulière.
Vue de l’installation Une autre brique au mur, exposition Cellar Door, Arondit paris, photos Salim Santa Lucia, 2018
Production Generator, 40mcube/eesab/Self Signal
collection particulière.

 

Uniforme de l'installation Une autre brique au mur, exposition Cellar Door, Arondit paris, 2018 Production Generator, 40mcube/eesab/Self Signal
collection particulière.
Uniforme de l’installation Une autre brique au mur, exposition Cellar Door, Arondit paris, 2018
Production Generator, 40mcube/eesab/Self Signal
collection particulière.

 

Uniforme de l'installation Une autre brique au mur (détail), exposition Cellar Door, Arondit paris, 2018 Production Generator, 40mcube/eesab/Self Signal
collection particulière.
Uniforme de l’installation Une autre brique au mur (détail), exposition Cellar Door, Arondit paris, 2018
Production Generator, 40mcube/eesab/Self Signal
collection particulière.

 

Revenant de Tancarville, vue de l'exposition Cellar Door, Arondit paris, 2018 Production Generator, 40mcube/eesab/Self Signal
collection particulière.
Revenant de Tancarville, vue de l’exposition Cellar Door, Arondit paris, 2018
Production Generator, 40mcube/eesab/Self Signal
collection particulière.

 

Torchon #1, 2018 Production Generator, 40mcube/eesab/Self Signal
collection particulière.
Torchon #1, 2018
Production Generator, 40mcube/eesab/Self Signal
collection particulière.

 

logan Discount, 2016 acrylique sur tissus imprimés, dimensions variables, série de 20 peintures.
logan Discount, 2016
acrylique sur tissus imprimés, dimensions variables, série de 20 peintures.

 

Slogan Discount, 2016 acrylique sur tissus imprimés, dimensions variables, série de 20 peintures.
Slogan Discount, 2016
acrylique sur tissus imprimés, dimensions variables, série de 20 peintures.

 

Nicolas Pesquier
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