Octave Rimbert-Rivière, Mascarade

Octave Rimbert-Rivière, Mascarade

Alors qu’il était encore étudiant à l’École des Beaux-Arts de Lyon, Octave Rimbert-Rivière s’interrogeait sur le lien qu’il pouvait y avoir entre les expérimentations qu’il menait, le lien intrinsèque aux œuvres qu’il produisait et que celles-ci exprimaient. Une question d’identité qui se pose à chaque nouvelle exploration plastique de l’artiste. Après sa résidence à Moly-Sabata et sa sélection à Jeune Création en 2017 où il a présenté des installations de céramiques, Octave Rimbert-Rivière a commencé à développer un travail de modélisation 3D qu’il a montré pour la première fois à la galerie Carreras Mugica à Bilbao, puis en collaboration avec Tom Castinel dans l’exposition La Vallée Dérangeante et finalement au Salon de Montrouge 2018. Des compositions qui l’éloignent de la pratique que nous lui connaissons mais qui cristallisent l’ensemble de ses recherches.

 

Dans quelles circonstances as-tu commencé à t’intéresser à la modélisation 3D ?

J’ai commencé à travailler avec des logiciels 3D en préparant un dossier de candidature à un appel à projet “1% artistique”. Comme je n’avais pas encore eu l’occasion de produire une sculpture dans l’espace public, il a fallu que je produise une image virtuelle pour que l’on puisse s’imaginer mon projet. Je me suis alors rendu compte de toutes les possibilités qu’offrait la 3D. Au cours de mes recherches, j’ai découvert qu’il existait en open source sur Internet de très nombreux modèles de formes libres de droits mises en ligne par des utilisateurs d’imprimantes 3D. Il est ainsi possible de produire chez soi tout ce qu’on veut, des carénages de voiture, des objets décoratifs mais aussi des pièces mécaniques pour de l’électroménager. Les banques de données sont infinies. J’ai voulu faire le lien entre mes précédentes productions et les possibilités qu’offre ce type de machines. J’ai commencé à produire une première série de formes, parfois incomplètes que j’ai assemblées afin de constituer des amalgames. À partir de deux têtes, j’ai produit une première pièce Stéréo. En amalgamant 3 scans de bustes grecs grâce à un logiciel de modélisation 3D, j’ai formé une tête méconnaissable d’où sort étrangement le mot stéréo dont l’étymologie fait référence à un espace tridimensionnel qui, dans ce cas, passe du virtuel au réel grâce à l’impression 3D puis au moulage en plâtre. J’ai aussi assemblé des pièces mécaniques à des fragments de corps à partir de scans de statues récupérés sur ces banques de données.

Est-ce une manière d’hybrider autant les formes que les techniques ?

J’ai commencé à faire des expérimentations à partir de toutes ces formes, les imprimant en résine puis en les reproduisant en plâtre. Maintenant je souhaite aller plus loin concernant ce croisement entre les procédés et vraiment essayer de mélanger techniques traditionnelles et nouvelles technologies. L’hybridation a lieu lorsque qu’il s’agit d’assembler différents types de références  formelles (statues / pièces mécaniques / fleurs / typographie) mais aussi quand il s’agit d’utiliser une machine pour réaliser une sculpture qui sera ensuite reproduite en plâtre. C’est ce passe passe qui m’intéresse.

N’est-ce pas justement la question de l’artifice qui fait le lien entre tes travaux antérieurs et ces nouvelles figures ?

La sculpture Mascarade que j’ai présentée au Salon de Montrouge a été produite en assemblant des modélisations de pare-chocs de voiture avec les scans des têtes d’un homme et d’une femme. À partir de cet assemblage effectué avec un logiciel, j’ai imprimé pièce par pièce la sculpture pour fabriquer une coque vide, comme un masque, un carénage. Les défauts des scans ont généré des trous dans cette coque qui laisse entrevoir les parties intérieures de la sculpture. Dans mes travaux précédents il était aussi question de surface et d’objets vides. Les objets en porcelaine ou les socles que j’ai réalisé en marqueterie sont des formes totalement vides et donc posent la question de l’artifice.

J’ai aussi scanné des boules de terre glaise rapidement formées avec mes mains et que j’ai ensuite laissé sécher. Ces formes sont le produit d’un geste rapide qui ensuite va être reproduit grâce au scanner 3D et le transformant en surface, en une sorte de peau de l’objet. J’associe à un geste simple un outil qui va l’analyser avec la précision d’une machine. Une forme physique est traduite dans un language virtuel puis à nouveau dans un language physique. La mascarade dans ce cas rentrait en résonance avec ces croisements entre forme physique et forme virtuelle en questionnant la notion d’artificialité.

 

Entretien réalisé par Valérie Toubas et Daniel Guionnet © 2018 Point contemporain

 

Visuel de présentation : Mascarade, 2018, impression 3d résine PLA, résine polyurethane colorée, impression hydrographique. Courtesy Octave Rimbert-Rivière

 

Actualités de l’artiste ➤ agenda-pointcontemporain.com/octave-rimbert-riviere

 

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