Parages, Double séjour

Parages, Double séjour

Entretien avec Thomas Havet porteur du projet curatorial Double séjour à l’occasion de Parages une exposition collective réunissant seize artistes du 27 au 28 février 2016 dans l’espace de son appartement parisien du XXème arrondissement de Paris.

Artistes : Antonin Anzil, Théa Brion, Julie Brugier, Jean-Baptiste Caron, Idir Davaine, Juliette Goiffon & Charles Beauté, Linus Lohoff, Kévin Lucbert, Benoît Magdelaine, Mariana Moreira, Kasper Pincis, Jeanne Riot, Juliette Vivier, Chloé Wizla et Thibault Zambeaux.

 

Après avoir participé à l’élaboration du projet d’exposition de l’agence TVK pour la Plateforme de la création architecturale (1), Thomas Havet propose Double séjour, un concept d’exposition en appartement avec, pour ce premier opus, une réflexion autour du mot « Parages » et de la notion de « territoires géographiques, imaginaires, charnels ». Seize artistes ont répondu positivement à l’appel du jeune architecte amateur d’art, pour une exposition qui, dans son élaboration même, est conçue au fil des propositions des artistes comme « une aventure collective ».

Propos de Thomas Havet recueillis le 22 février 2016 :

« Je développe dans l’idée de parages la notion d’environnement. Le mot est très ouvert, définissant un territoire à la fois proche et lointain. Il devient évocateur d’un mystère et même d’histoires extraordinaires si l’on se réfère à son utilisation car il renvoie à une étendue d’eau circonscrite aux abords d’une île ou d’un cap qui guidait les navigateurs. Il fait aussi référence au banal, à l’habitude.

Le mot parages renvoie à un espace indéfini, sans frontière fixe ou alors avec une frontière un peu mouvante, qui bouge en même temps que nous nous déplaçons.

Le mot est lui même pourvu d’une certaine beauté. C’est en l’entendant dans un film des années 60 avec Burt Lancaster The Swimmer de Franck Perry (2) qui est ressorti récemment, que l’idée est venue. On y voit un homme sortant d’une forêt en courant et arrivant dans une propriété aisée du Connecticut et plongeant dans la piscine. D’une manière assez improbable, un homme lui tend un verre au moment où il sort de l’eau. Puis lui vient l’idée en regardant le paysage et désignant les piscines de tous les propriétaires dans les parages de rentrer chez lui de piscine en piscine car l’ensemble des piscines forment une rivière.

Parages exprime une connexion et correspond bien à ma volonté d’insérer toute une diversité de regards sur le territoire sur un périmètre qui est très ouvert.

J’inaugure avec Parages ma première curation. Je ne savais pas quand j’ai sollicité les artistes si le projet allait pouvoir voir le jour. Tout le monde a répondu très positivement. En réunissant seize artistes, le projet a grandi au fur et à mesure des réponses de chacun. J’ai contacté les artistes pour des pièces ou de manière globale pour leur travail, et ensemble nous avons mené une discussion autour de ce thème de territoire. Il était intéressant de voir comment les artistes interrogeaient ce thème-là. Certains avaient des propositions que je n’avais pas forcément envisagées, des manières inédites d’interroger le mot « parages ».

Il Teatro del Mondo, réalisé par Aldo Rossi en 1979, Biennale de Venise 1980
Il Teatro del Mondo, réalisé par Aldo Rossi en 1979, Biennale de Venise 1980

Les seize artistes invités présentent chacun une pièce, avec les petites exceptions qui confirment la règle car il y pourra y avoir une série ou une composition d’ensemble. Idir Davaine, un artiste qui vient d’entrer aux Beaux Arts de Paris, illustrateur, peintre et qui fait de la micro édition, présente une dizaine de pièces récentes à l’encre qui forment une installation.
Je ne connais pas directement la plupart des artistes mais j’apprécie leur travail que j’avais pu voir en galerie, sur internet ou dans des articles. Plusieurs d’entre-eux sont designer plasticiens et ont fréquenté comme moi l’École Boulle. Ils sont pour la plupart assez jeunes, certains sont en galerie d’autres non, deux d’entre eux exposent pour la première fois. D’autres, comme Jean-Baptiste Caron qui est à la galerie 22,48 m2, sont déjà confirmés.

Tous les médiums seront représentés, vidéo et même mini vidéo, peinture, photographie, gravure, encre et photographie par scanner.

Certaines pièces n’ont jamais été vues, d’autres, des pièces plus anciennes dans leur production, ont été peu montrées. Ce retour peut parfois surprendre comme pour le duo d’artistes Juliette Goiffon & Charles Beauté, sélectionnés pour l’édition 2016 de Jeune Création, et représentés par la galerie Eva Meyer, qui ont maintenant un travail très différent de la pièce plus ancienne de 2012 qui est présentée à Double Séjour. Cela induit la notion de parcours dans la production d’un artiste.

Parages est un déplacement des artistes par le sujet qu’ils abordent, un déplacement dans l’espace, celui des oeuvres par rapport aux surfaces. Un territoire mouvant, avec une réciprocité des déplacements, une frontière ouverte, un territoire collectif et partagé qui englobe des visions différentes.

L’espace d’exposition est un appartement privé dans le vingtième arrondissement de Paris. Le cadre est très différent d’un white cube. Les expositions en appartement sont un concept qui se développe de plus en plus sur des formats très différents. Il se crée une forme de dialogue avec le mobilier parfois design, les pièces d’art déjà présentes. Avec Double séjour j’ai la volonté d’accueillir des oeuvres dans l’espace intime d’un appartement mais aussi de faire entrer dans cet espace des personnes que je ne connais pas, de les rassembler un peu, si je peux faire une comparaison, comme lors d’un dîner où plein de personnes seraient invitées à se retrouver autour d’un thème.

Medosou ou Mattangs, carte polynésienne de la houle en bouts de bois
Medosou ou Mattangs, carte polynésienne de la houle en bouts de bois

La question de l’agencement de l’appartement a été centrale. Sa particularité est de disposer d’un double séjour avec un beau volume. Pour cette première exposition, j’ai décidé de travailler sur une des parties de ce séjour et de décrocher les oeuvres déjà présentes tout en y laissant le mobilier tout comme certains objets. J’ai pensé l’accrochage de manière à ce que l’on ait l’impression que les oeuvres auraient pu toujours être là. Certaines sont même glissées ou installées sur le mobilier existant,  tout n’est pas accroché au mur. J’ai cette volonté que les pièces vivent dans le lieu. Si le thème est très lié à ma vision d’architecte, j’aimerai pour la deuxième édition travailler sur un thème complètement différent qui soit pour moi une sorte de mise en danger. »

(1) La Terre est une Architecture, une proposition de l’agence TVK (agence d’architecture et d’urbanisme créée à Paris en 2003 par Pierre Alain Trévelo et Antoine Viger-Kohler qui regroupe une quarantaine de collaborateurs), du 22 octobre 2015 au 10 janvier 2016, Plateforme de la création architecturale, Cité de l’architecture & du Patrimoine Paris. http://www.tvk.fr/uploads/documents/tvk-plateforme-dpweb.pdf

(2) The swimmer,  film américain de Frank Perry, sorti en 1968.

Pour en savoir plus :

doublesejour.tumblr.com

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