[FOCUS] Rachel Marks, Solar System

[FOCUS] Rachel Marks, Solar System

Focus sur l’oeuvre Solar System de l’artiste plasticienne, performeuse et musicienne Rachel Marks.

Oeuvre : Solar System, installation sonore, papier et son, présentée à l’exposition à distance convenable du 05 au 26 septembre 2015 à Under Construction gallery, Paris.

Artiste : Rachel Marks, née à Oklahoma City en 1986, vit et travaille à Paris, diplômée de l’Ecole Supérieure d’Art et Design de Grenoble et « Bachelor of Fine Art » en peinture et dessin, Oklahoma State University, Stillwater, Oklahoma, Mai 2010.

Propos recueillis le 04 octobre 2015 :

Comment t’es venue cette idée de réaliser une oeuvre sur le système solaire ?

Lorsque j’ai appris que des événements avaient eu lieu dans le système solaire le jour de ma naissance, j’ai commencé à faire de recherches sur internet. La masse d’informations que j’ai trouvées, parfois contradictoires, ont provoqué en moi une certaine confusion. Par mon travail sur le langage, j’ai toujours eu recours aux définitions trouvées dans des dictionnaires. Pour avoir une définition plus claire et scientifique du système solaire, je me suis donc tournée vers Wikipédia. Je me suis alors demandée comment, à partir de ce texte, je pouvais produire une pièce qui rende une forme de poésie et comment une définition pouvait devenir un dessin.

J’ai imprimé une première fois, sur un papier et une imprimante de bureau très classiques, la définition du système solaire puis, successivement par dessus, les définitions de chacune des 13 planètes dans l’ordre de leur distance par rapport au soleil. Au fur et à mesure des impressions, la feuille s’est transformée en révélant une beauté plastique. Ce rapport au temps dû aux passages de la feuille dans l’imprimante, aux durées des impressions elles-mêmes, au temps cosmique où les sons parcoururent d’incroyables distances semblaient s’être matérialisés dans la trame même du papier.

Quand l’artiste Orlan est venue à l’exposition avec son ami, ils ont parlé de confusion des mots, d’une forme de polyphonie…

Il y a tellement d’informations sur internet qu’il en résulte une forme d’illisibilité. Une saturation de signes, d’informations que j’ai voulu faire apparaître dans cette oeuvre. L’information est là, présente mais non accessible, elle incite à la recherche. Pour mes premières recherches sur le système solaire, j’avais réalisé des peintures à l’huile sur d’anciens disques vinyles où le son était présent mais inaudible.

Le décalage entre les lignes de mots exprime les distances différentes qui séparent ces planètes. L’oeuvre est accompagnée d’une installation sonore polyphonique où le décalage entre les voix qui lisent la définition Wikipedia du système solaire exprime un rapport de distance. J’ai voulu exprimer l’idée de sons qui, émis de chaque planète au même moment, nous parviendraient  en fonction de la distance qui nous sépare de la planète.

Comment la performance que tu as réalisée pour l’événement Passage / Pas Sage (1) résonne t-elle avec cette œuvre ?

C’était une manière d’aller plus loin. Cette performance est née d’une idée que j’ai depuis longtemps et qui apparaissait déjà dans des esquisses qui datent de 2011. Elle est liée à la volonté de faire une symphonie de langues différentes. Pour Solar System j’ai établit un lien entre les langues de contrées différentes et les planètes. Notre monde est habité de langues tout comme notre système solaire est habité de planètes. J’ai cherché des gens de manière un peu aléatoire et, après quelques essais, et en fonction des tonalités des langues, de la musicalité des mots et de la voix de la personne, j’ai écrit une partition à partir de la définition wikipédia du système solaire. Cette performance a aussi un rapport avec mon identité parce que la première langue que l’on entend est l’anglais, la langue que je parle, et la dernière est le coréen, la langue qui est la plus inconnue pour moi.

Il y a une forme de jeu dans la diction, tes gestes sont ceux du chef d’orchestre…

J’ai demandé à ce que le texte soit lu à des rythmes différents : très doucement, très profondément, « comme un robot », … J’ai trouvé intéressant en jouant avec les langues d’en créer une nouvelle, corporelle, chorégraphique. J’ai commencé par superposer juste deux langues, le français et l’anglais. Le résultat était très doux, très connecté. Puis j’ai ajouté le coréen qui est une langue très mécanique, hachée. En tout j’ai réunit 6 langues (Anglais, Français, Espagnol, Grec, Italien et Coréen) dont j’ai cherché à rendre les intonations. J’ai aussi essayé de jouer avec ce que le public pouvait comprendre(2). Sur une base en français sont ainsi venues se superposer les autres langues. Cette performance est à la fois une danse, quelque chose de musical et quelque chose d’informatif.

(1) Passage / Pas Sage, passage des gravilliers samedi 12 septembre 2015 de 15h à 22h à Paris.

(2) Avec l’aimable participation de Esjieun Kim, Ebonee Joy Huston, Gianluca Fratantonio, Lucianne Mellior, Anne-Sophie Day et Maria Kefalaki.

 

Rachel Marks, Solar System, Under Construction Gallery
Rachel Marks, Solar System, Under Construction Gallery

 

 

 

Rachel Marks, Solar System, installation sonore papier et son, Under Construction Gallery

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Visuels tous droits réservés Rachel Marks et Under Construction gallery. © Valeria Motta

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