Raphaël Barontini, Solar Drums, Galerie Alain Gutharc

Raphaël Barontini, Solar Drums, Galerie Alain Gutharc

En direct de l’exposition personnelle Solar Drums de l’artiste Raphaël Barontini, du 10 octobre au 21 novembre 2015, galerie Alain Gutharc, 7 rue Saint-Claude 75003 Paris.

Artiste : Raphaël Barontini. Né en 1984. Vit et travaille à Saint-Denis, France

C’est avec beaucoup d’impertinence que Raphaël Barontini associe images et symboles issus de cultures aux fondements différents. Ses oeuvres nous montrent leurs croisements, comment elles n’ont cessé de s’interpénétrer au cours des âges. Au découpage en chapitre des manuels d’histoires, Raphaël Barontini préfère associer, mélanger, composer.
Solar Drums, sa première exposition personnelle à la galerie Alain Gurthac,  fortement imprégnée de la notion de Créolisation(1), résonne en nous, interpelle avec justesse toute la mixité de nos influences culturelles.

Propos de Raphaël Barontini recueillis le 10 octobre 2015 :

« Ma pratique de la peinture questionne l’espace mais j’ai préféré pour cette première exposition revenir à des formats classiques sur châssis. J’ai commencé la série des Colosses à la fin de ma scolarité, en 2009-10, au moment du diplôme aux Beaux-Arts de Paris. Des peintures de grands formats (2m50 de hauteur) au sujet  récurrent : une figure expressive, coupé sur le bas du personnage, pouvant rappeler tout autant les géants carnavalesques que mythologiques. Le nom de Colosse vient en référence d’une gravure de Goya dans laquelle est représenté, plongé une atmosphère noire de guerre, un grand géant au milieu d’une plaine. Je travaille sur cette série de manière cyclique selon les propositions d’exposition.

Raphaël Barontini, Solar Drums, Galerie Alain Gutharc Paris
Raphaël Barontini, Black Apollon, exposition Solar Drums, Galerie Alain Gutharc Paris

La sensation de collage que produit mes œuvres provient de la manière dont je les élabore. La construction de mes figures et de mes portraits est réalisée préalablement sur ordinateur avec photoshop. Le collage numérique est à la base de ma peinture. Les ajouts d’images sont très visibles sur les figures géométriques. Je choisis ensuite une manière de traiter le fond et le moyen plastique que je vais mettre en oeuvre pour produire la peinture. Je peux travailler avec un dégradé à l’acrylique, à la bombe de peinture ou à l’aérographe. J’ai une prédilection pour les peintures à séchage court car j’ai une exécution assez rapide,  je n’aime pas rester longtemps sur une toile. Le fond pour le Colosse est entièrement traité à la bombe avec juste une base de peinture acrylique. Le personnage est composé d’une succession d’impressions sérigraphiques qui mettent en lumière sa composition à partir de différentes images.

Raphaël Barontini, Solar Drums, Galerie Alain Gutharc Paris
Raphaël Barontini, Venus III et Venus V, Solar Drums, Galerie Alain Gutharc Paris

Mon travail sur l’association d’images a pour point de départ l’idée de créolisation du monde théorisée par Édouard Glissant. Cette pensée dans laquelle je me suis complètement retrouvé m’a toujours habité et je la manie depuis mon passage aux Beaux-Arts. Je développe dans mes œuvres cette notion de créolisation avec des personnages issus de la recréation de mythes, fruits d’associations très diverses et gardant une part imaginaire.
Dans la série des Venus, qui est toute nouvelle, l’aspect pluriel de mes sources iconographiques est très visible. J’associe une statuaire sacrée de l’Afrique de l’Ouest ou subsaharienne à un visage pompéien ou un buste de comtesse française tel que celui en marbre de la Comtesse du Barry exposé au Metropolitan Muséum de New York dont on reconnaît le drapé.

 

Raphaël Barontini, Solar Drums, Galerie Alain Gutharc Paris
Raphaël Barontini, Venus I, Solar Drums, Galerie Alain Gutharc Paris

Ma réflexion porte sur la confrontation d’images qui n’ont pas lieu d’être associées et qui forment des personnages composites, hybrides. Je ne suis pas du tout dans une pratique du portrait naturaliste où est représentée une figure mais vraiment dans celle du collage comme cette œuvre (Venus I) dans laquelle on retrouve un masque Dogon avec le buste très stylisé d’une déesse de fertilité et un visage d’une peinture de Fragonard. L’arrière de la coiffe est l’arrière d’un coq de combat antillais. On peut retrouver des associations dans la composition d’ensemble mais aussi dans le portrait lui-même .

Je traite les éléments associés de manière égalitaire car je n’ai aucun scrupule à choisir les images que je souhaite intégrer à mes œuvres qu’elles soient issues d’un portrait de Cour, comme les Ménines de Velazquez, de la statuaire grecque ou africaine. La question est comment s’amuser avec les codes de la peinture, avec l’iconographie, et d’en faire juste une petite impression sérigraphique sur un tissu comparable à un poster de chambre d’adolescent, une banderole de manifestation ou une bannière de procession avec des franges.

Raphaël Barontini, Solar Drums, Galerie Alain Gutharc Paris
Raphaël Barontini, Solar Drums, Galerie Alain Gutharc Paris

Sur les tissus sérigraphiés, il n’y a pas de véritable travail de composition. Il se pose davantage la question du geste. Je choisis une image forte, comme le portrait du Général Haïtien Toussaint Louverture, qui a libéré la République d’Haïti du sceau français et qui a été choisi pour le visuel du carton d’invitation à l’exposition. Des portraits que je ne retravaille pas ensuite dans une peinture.

La question du rythme et de la dynamique est essentielle à mon travail car je cherche à produire un impact visuel. Son efficacité dépend de la construction, du choix de couleurs et d’une dynamique provenant de la vie que j’aurai su insuffler à mes œuvres. Federico Garciá Lorca évoque à travers le concept du Duende, qui est lié à la musique et à la pratique du Flamenco, mais qui peut être appliqué à n’importe qu’elle forme d’art, la notion de nécessité vitale. J’ai besoin dans mon travail d’avoir du lien avec le vivant, avec la vie.

Raphaël Barontini, Solar Drums, Galerie Alain Gutharc Paris
Raphaël Barontini, Solar Drums, Galerie Alain Gutharc Paris

L’installation reprend les éléments de mon travail. J’avais envie de faire le trône d’une cour royale imaginaire avec une dimension poétique. L’idée m’est venue lors d’une résidence en Haïti en 2013. Elle est accompagnée d’un pièce sonore de 7′ (2) qui reprend des samples de deux films de science-fiction hollywoodiens et un fragment de 2′ du morceau Solar Drum des années 60-70 du jazzman Sun Ra qui est l’apôtre de l’Afro futurisme, un mouvement pluridisciplinaire qui est très vivant dans le milieu musical.

Je projette dans l’installation des Gifs composés d’images de jaquettes d’albums de Sun Ra avec une esthétique afro futuriste assez psychédélique qui ont un rapport au cosmique et à l’espace. C’est une esthétique que l’on retrouve aussi dans mes fonds. L’emploi de Gifs me permet de décloisonner ma peinture. J’aime le fait qu’elle puisse devenir une installation. Sortir du classique et de l’attendu, déplacer le statut de la peinture et voir comment la peinture peut devenir installation était aussi le propos de mon stand à Montrouge(3). J’essaye chaque fois de faire évoluer le dispositif. »

(1) Notion du poète philosophe Edouard Glissant, fondateur en 2006 de l’Institut du Tout-Monde. http://www.tout-monde.com

(2) Pièce sonore réalisée par Mike Ladd, un Dj New-yorkais avec qui Raphaël Barontini a déjà travaillé sur d’autres projets.

(3) Raphaël Barontini a été sélectionné pour participer au 60ème Salon de Montrouge du 05 mai au 03 juin 2015. salondemontrouge.fr

Pour en savoir plus :

raphaelbarontini.com

alaingutharc.com

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