THE KID [PORTRAIT D’ARTISTE]

THE KID [PORTRAIT D’ARTISTE]

The Kid, I go alone, 2016. Peinture à l’huile et tempéra à l’œuf sur toile, 212 x 354 cm. Collection privée.

 

Chez The Kid, jeune artiste autodidacte qui a souffert du dictat de l’école et de ses violences quotidiennes et qui très tôt a quitté le domicile familial, dessins et peintures sont intimement liés à une histoire personnelle. Pour ce militant de Human Rights Watch, elles sont le fruit d’un regard porté sur une Amérique et ses faits divers dont une partie de la jeunesse, plongée dans la violence des gangs et des extrémismes, est condamnée à survivre et subir le crime.

Si les œuvres de l’artiste nous séduisent au premier abord par leur beauté hyperréaliste, elles nous entraînent, par des détails, des émotions et des postures, dans le récit de destinées tragiques qui nous confrontent, sans échappatoire possible, à toute l’ambiguïté de nos sociétés. Celle de juger ces gamins, que l’on voudrait innocents tant ils incarnent l’avenir, comme des criminels. Leurs exactions nous poussent à mettre en perspective leurs conditions d’existence et les circonstances qui les ont conduits dans l’impasse jusqu’à la mort.

La rencontre de ses réalisations avec le public est immédiate et percutante, à la fois par la qualité des peintures et dessins que par l’expression, tantôt ingénue, tantôt implacable, à l’image de nos sociétés schizophrènes, qu’elles dégagent. Regards frontaux, signes d’impatience, agitation de ses enfants-soldats meurtriers, l’artiste dresse une galerie de portraits qui nous glacent et attirent notre compassion. 

Entre brutalité et apaisement, The Kid fait de ces jeunes garçons des figures dantesques condamnées à errer dans l’enfer des mégalopoles. L’évocation de la violence est omniprésente. Bouches et nez ensanglantés, marques de coups portées comme autant de trophées, signes de combats exhibés qui s’accompagnent de regards provocateurs. C’est la tête haute que la vie se conquiert par le sang. 

Les tons froids des portraits réalisés au stylo bic bleu sur papier, rendent compte de l’inéluctable fatalité de destinées telles que celles des jumeaux amants emprisonnés, subissant le joug du néonazisme en prison, Bryan and David (2013), personnages dont les tatouages nous font le récit d’un endoctrinement auquel l’enfant en bas-âge que porte Dylan (2013) dans ses bras, ne pourra pas non plus se soustraire.

Dans ses peintures à l’huile se retrouve la douceur de la carnation. L’emploi de la tempera à l’œuf, technique utilisée par les Primitifs flamands, concourt à installer des présences fortes qui échappent au support pour mieux nous atteindre. Sous une peau diaphane apparaît le dessin des veines accompagnées de constellations de taches de rousseur. Des épidermes adolescents, virginaux, parfois à peine pubères, et dont on ressent à la fois le caractère hypersensible et fragile d’écorchés vifs. Des représentations qui, laissant apparaître les corps dans une nudité partielle ou totale, en font des victimes exposées aux coups du sort, à une violence coutumière. 

Une fatalité que l’artiste met en exergue par des installations représentant des personnages grandeur nature comme As a flower choses its color où une jeune femme nue et marquée des symboles du gang auquel elle appartient, met au monde un nouveau-né déjà tatoué. Une condamnation prénatale qui montre qu’aucune échappatoire n’est possible. 

Des sculptures que l’artiste taille et modèle en silicone avant de les peindre à l’aérographe jusqu’à que chaque partie ait acquis ce ton particulier de l’épiderme des figures christiques qui traduisent, comme dans le Retable d’Issenheim de Matthias Grünewald, une irrémédiable condamnation. 

Les figures de The Kid, par leurs postures et expressions, revêtent un caractère classique en référence avec l’iconographie religieuse et s’imposent telles des allégories incarnées. Après l’exposition crue d’une nativité qui toucha les visiteurs du stand de la galerie ALB lors de l’édition 2014 de Art Paris Art Fair, il présente l’année suivante Blessed is the lamb whose blood flows (2015) un ange ailé à la pose christique. 

Pour I go alone Portrait d’une génération perdue, l’exposition personnelle que lui consacre en 2016 la galerie ALB au Grand Palais, il propose Rise and Rise again until lambs become lions, une composition posée sur un socle en marbre, où le positionnement du bras, l’inclinaison de la tête et le regard extatique du personnage évoquent une déposition. À la Madone, l’artiste a préféré un lion, faisant dès lors de l’adolescent une figure du martyr comme dans les premiers récits chrétiens. Une représentation qui correspond à celle d’une jeunesse victime d’un contexte social ultra-violent. Une violence que l’on retrouve dans les inscriptions Lost, Nowhere, I go Alone qui taguent à l’encre rouge les portraits.

Texte Valérie Toubas et Daniel Guionnet initialement paru dans la revue Point contemporain #4 © Point contemporain 2017

 

The Kid
Né en 1991.
Vit et travaille à Paris et Amsterdam.

www.thekid.fr

Représenté par la Galerie ALB Anouk Le Bourdiec, Paris.
www.galeriealb.com

 

 

NEW SHOW BY CONTEMPORARY ARTIST THE KID - BACK TO SCHOOL I A PORTRAIT OF YOUTH IN REVOLT - AT LE GRAND PALAIS FOR ART PARIS 2017 EXHIBITION - FROM MARCH TO APRIL 2017 ©THE KID ALL RIGHTS RESERVED
NEW SHOW BY CONTEMPORARY ARTIST THE KID – BACK TO SCHOOL I A PORTRAIT OF YOUTH IN REVOLT – AT LE GRAND PALAIS FOR ART PARIS 2017 EXHIBITION – FROM MARCH TO APRIL 2017 ©THE KID ALL RIGHTS RESERVED

 

The Kid, Blessed is the lamb whose blood flows, sculpture silicone, peinture à l’huile, fibre de verre, cheveux humains, tissus divers, taxidermie, 160 x 197 x 90 cm, 2015, Collection privée
The Kid, Blessed is the lamb whose blood flows, sculpture silicone, peinture à l’huile, fibre de verre, cheveux humains, tissus divers, taxidermie, 160 x 197 x 90 cm, 2015, Collection privée

 

The Kid, Rise and rise, until lambs become lions, sculpture silicone platinum, peinture à l’huile, matériaux divers, 87 x 210 x 128 cm, 2016. Aucun animal na été blessé pour la réalisation de la sculpture
The Kid, Rise and rise, until lambs become lions, sculpture silicone platinum, peinture à l’huile, matériaux divers, 87 x 210 x 128 cm, 2016. Aucun animal na été blessé pour la réalisation de la sculpture

 

The Kid, Bryan & David, stylo bic sur papier, 190 x 300 cm, 2013, Collection privée
The Kid, Bryan & David, stylo bic sur papier, 190 x 300 cm, 2013, Collection privée

 

The Kid, Damaged, peinture à l'huile et tempéra à l'œuf sur toile, 242 x 211 cm, 2017, Collection privée
The Kid, Damaged, peinture à l’huile et tempéra à l’œuf sur toile, 242 x 211 cm, 2017, Collection privée

 

 

THE KID [PORTRAIT D’ARTISTE]
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