[FOCUS] Vincent Voillat, La Collection (sans titre)

[FOCUS] Vincent Voillat, La Collection (sans titre)

Focus sur la série d’oeuvres La Collection (sans titre) de Vincent Voillat présentée simultanément lors de l’exposition Curiosity curatée par Jean-Christophe Arcos du 09 au 13 décembre 2015, Untitled Factory, 32 rue Gabrielle 75018 Paris et lors de l’exposition Kalos Kagathos sous le commissariat d’Elsa Delage et Anaïs Lepage en collaboration avec Cyril Zarcone, du 11 au 13 décembre 2015, Chez Kit, 17 rue du Chemin de fer 93500 Pantin.

Artiste : Vincent Voillat, né en 1977 à Nantua en France. Vit et travaille à Paris. En résidence à la Cité Internationale des arts – Paris de juillet 2015 à juin 2016.
Collabore depuis 2005 avec le Collectif Mu en qualité de scénographe et de directeur artistique. Source : voilla.tv

Oeuvre : Série La Collection, Pierres coupées longitudinalement puis perpendiculairement à 45 degrés, assemblées.

Vincent Voillat, La Collection
Vincent Voillat, La Collection

Tronçonner, tailler, polir, Vincent Voillat effectue sur la pierre un travail très physique nécessitant une technique et un outillage spécifique. De ses origines de « presque bûcheron » et de ses balades dans les reliefs des paysages de son enfance, il garde un goût de la découverte, mais aussi un rapport très tactile à la matière, à ses aspérités, au point de parvenir à créer une relation à la dimension quasi spirituelle dans ses assemblages de minéraux.

Propos de Vincent Voillat recueillis le 12 décembre 2015 lors de l’exposition Curiosity curatée par Jean-Christophe Arcos :

« J’ai commencé la série « La collection » il y a deux ans pour une exposition appelée « Something In The Way » au Garage MU. Pour cette  première version intitulée « La collection (Rimbaud-Verlaine) », j’ai associé une pierre récupérée à l’endroit où est mort Rimbaud avec une pierre provenant du lieu où est mort Verlaine(1). Comme beaucoup, enfant je ramassais des pierres. Par l’idée de manipulation et de possession, je renvoie à l’idée de la collection, à cette recherche de pierres aux formes particulières, parfois polies d’un côté.
Souvent mes travaux consistent à mettre en place des dispositifs intellectuels ou formels, et pour moi, assembler ses pierres revient à faire un rapprochement symbolique à l’échelle d’une temporalité qui est celle des minéraux.

Je crée une sorte d’aberration géologique par une association très simple autour de ce qui peut être décrit comme un rapport sensible.

Mon intervention sur les pierres, même s’il paraît assez simple, nécessite une certaine force physique. Il marque ce rapport assez singulier aux minéraux qui, de l’extraction à l’exploitation, réside dans des actes d’une certaine violence.
Je coupe en deux deux pierres brutes longitudinalement et puis perpendiculairement avec un angle 45° pour créer une faille. Le fait de les couper me permet d’en révéler l’intérieur, un aspect qui n’existe pas dans la nature. Une fois que les découpes sont faites, j’obtiens quatre morceaux de pierre. J’assemble alors deux morceaux de mon choix puis je polis une face. L’acte d’associer et de coller les pierres est comparable à une construction. Une fois sèche, la colle que j’utilise devient plus dure que la pierre elle-même.

Mon geste tient à la fois de celui du maçon et de l’archéologue. Le processus de création est tout autant définit par un principe de la règle et de la non règle. Alors que certaines associations, radicalement brutes, laissent encore apparentes les différences entre les pierres, sur d’autres elles deviennent à peine perceptibles car sur la face polie apparaît une sorte d’accord qui peut faire imaginer qu’il s’agit d’un seul et même objet.

Vincent Voillat, La Collection
Vincent Voillat, La Collection, sans titre

J’ai poursuivi la série La Collection avec un choix de matériaux plus spécifiques, notamment des pierres aux couleurs très franches. Je ne leur ai pas donné de titre afin de pas avoir à expliciter les liens qui m’ont poussé à unir les pierres entre-elles. En maintenant cachées les raisons de ces associations qui pourtant existent, mes créations acquièrent un statut d’objet. Je rappelle ainsi qu’elles sont faites pour être touchées, retournées, soupesées et je mets en avant par leurs côtés polis et bruts, une matérialité. Ainsi les personnes qui les possèderont pourront les charger elles-mêmes de sens, les porter, leur donner une valeur et une source symbolique.

Ne pas expliciter l’origine des pierres permet aussi de ne pas fixer trop précisément leur histoire. Je constitue une autre forme de mémoire et développe sur ces objets une nouvelle forme d’imaginaire.

Il réside dans ma démarche une forme de hasard par la collecte de matériau in situ. Mon choix de pierres provient de ce que le territoire peut me donner. Même s’il peut y avoir une part incontrôlée due à la découverte, je référence avec précision chaque pièce en notant le lieu et la date de la collecte tout en faisant le choix de ne pas les communiquer. Il y a certaines pierres que je décide d’oublier dans le processus, de « désactiver », pour que soient oubliées leurs origines.

D’autre part, afin de développer toutes les dynamiques susceptibles de motiver l’assemblage des pierres, j’induis un principe d’erreur dans leur mise en place. C’est une manière pour moi de déconstruire à chaque fois le procédé afin de pouvoir explorer à partir d’une forme relativement simple, de nouveaux rapprochements. Je garde la volonté de rendre visible malgré tout le processus de la séparation et du rapprochement.

Je travailles sur une nouvelle série qui s’appelle « La collection (regroupement familial) ». Je demande cette fois-ci à des personnes qui ont été séparées pour différentes raisons, principalement géopolitiques, de me fournir des pierres qu’elles ramasseront à proximité de leur lieux de vie. Les notions de territoires, d’histoires, de rapprochement, de flux sont omniprésents dans ma réflexion. J’étudie comment ces couches s’organisent et comment se met en place une cohabitation, mais aussi comment ces lignes de forces sont contrariées. »

(1)Une des pierres provient de Marseille à proximité de l’hôpital où mourut Jean Nicolas Arthur Rimbaud le 10 novembre 1891. L’autre vient de Paris, à proximité du 39 rue Descartes dans le Ve arrondissement, endroit où mourut Paul Marie Verlaine le 8 janvier 1896. Source : voilla.tv

Pour aller plus loin :

voilla.tv

Visuels tous droits réservés Vincent Voillat. Vues de l’exposition « KALOS KAGATHOS » sous le commissariat d’Elsa Delage et Anaïs Lepage en collaboration avec Cyril Zarcone Chez Kit.

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