[FOCUS] Yann Lacroix, Composition

[FOCUS] Yann Lacroix, Composition

Focus sur l’oeuvre Composition de l’artiste peintre Yann Lacroix présentée lors de l’exposition Assemblage #1, du 19 au 21 février 2016, Ofr Gallery, Paris.

Artiste : Yann Lacroix. Né en 1986. Vit et travaille à Chars.

Oeuvre : Composition, huile sur toile, 130 x 198 cm.

Les peintures de Yann Lacroix nous conduisent au seuil d’un jardin. Celui dont on peut reconnaître les arbres, les éléments qui le composent, un jardin qui est l’expression d’un territoire préservé, dans lequel pourraient renaître des moments précieux du passés. Des compositions où lieux végétalisés, jardins antiques, serres, ou bords de route se côtoient sans que l’on sache s’ils sont issus de la mémoire ou de l’imaginaire. Si la première vision du spectateur est ce vert comme liquéfié qui inonde la toile de sa lumière, certains détails viennent cependant troubler cette sensation de plénitude. Des oeuvres qui nous invitent, à la manière d’un récit initiatique, à partager ce passage d’un monde enfoui à celui du présent.      

Peux-tu nous parler de la dimension végétale omniprésente dans tes œuvres ?
Si je devais trouver un raison à cette omniprésence, je chercherai du coté de mon enfance. Ayant grandi à la campagne, j’ai toujours été entouré par la nature. Mes premiers émois, qu’ils soient liés à la joie ou la peur, ont trouvé des repères dans ces motifs végétaux. Par ma peinture, je cherche à réinventer ce paysage originel. Je retrouve sa force dans les jardins et serres exotiques qui étaient très en vogue au XIXème siècle par des accumulations de plantes venues des quatre coins du monde. Tout cela me rappelle à la fois mon enfance et ces moments d’exploration

N’y-a-t’il pas aussi l’idée, par certains détails dans ta peinture, d’une conquête de l’homme sur la nature ?
L’idée de la nature maitrisée par l’homme se retrouve avec les plantes en pot. J’essaie de retranscrire comment, depuis l’Antiquité, l’homme a la volonté de recréer dans un espace construit, le jardin, une nature sauvage qu’il pourrait contrôler. Cela évoque chez moi une sourde mélancolie, symptôme d’une cassure survenue dans le processus de l’évolution humaine, Nature/Culture. Donc une sorte recherche du paradis perdu. La tentative de retranscrire cette part de sauvagerie et d’innocence, propre à l’enfance avant le passage à l’état adulte.

J’appréhende mon travail comme la « poursuite de quelque chose » tout en n’étant pas lié à un concept prédéfini ou à une idée. Je fonctionne par séquences de travail que l’on pourrait comparer à des phases « d’humeur .

Yann Lacroix, sans titre, 2o15, huile sur toile 30 x 30 cm
Yann Lacroix, sans titre,
2o15, huile sur toile
30 x 30 cm

Quel lien fais-tu entre image et peinture ?
Je photographie au préalable avec mon téléphone des lieux à un moment donné qui sont évocateurs, qui me touchent et m’intriguent. Un premier ressenti qui fait partie de mon processus de création. Le fait de collecter moi-même ces images, puis de les regarder à nouveau au sein de mon atelier m’aide à m’en imprégner. Je m’interroge sur la manière et sur quel format il serait adéquat de les transposer. Je ne cherche pas à mettre en peinture avec exactitude ce que j’ai photographié car il y a tout un processus de mémoire à l’oeuvre qui se met en place par la peinture.

A partir de quelle technique élabores-tu tes peintures ?
Toutes mes toiles sont travaillées uniquement au pinceau. En général, je commence par les ombres, puis je monte dans la matière, dans la couleur, jusqu’à ce que les formes apparaissent. Il y aura nécessairement une distance entre ce que j’ai photographié et la peinture finale. Pour les grand formats et pour certains motifs qui demandent de la précision et pour m’aider dans les proportions, j’utilise un vidéoprojecteur. Lorsque j’étais étudiant, je travaillais beaucoup la coulure, les empâtements. Je souhaitais avoir un lien très physique avec la peinture à l’huile. Dans mon évolution, en passant par des représentation plus réaliste je suis parvenu à assimiler ces deux voies de travail.

Yann Lacroix, sans titre, 2o15, huile sur toile 18 x 24 cm
Yann Lacroix, sans titre,
2o15, huile sur toile
18 x 24 cm

Ce jeu ne t’éloigne-t-il pas de la représentation ?
Plus qu’une représentation, chaque paysage que je prends en photo m’évoque quelque chose que j’essaye de retranscrire en peinture. Une peinture qui elle-même sera source d’évocation pour le spectateur. C’est un processus en plusieurs étapes. Je n’ai aucun intérêt à reproduire une photographie que j’aurai prise. Je cherche plutôt à rendre compte d’une expérience de la réalité.

Quels sont tes projets en cours ?
Je suis actuellement en résidence artistique pour huit mois à Chars (1) dans le Val d’Oise, un lieu géré par l’Académie des Beaux-Arts. En ayant à disposition un vaste atelier ainsi qu’un appartement, je peux enfin travailler sur de nouveaux projets car depuis maintenant deux ans, par manque de place, je n’ai quasiment fait que du petit format. Mais je m’aperçois que ma peinture prends corps et sens dans ces deux échelles de travail.

(1) Fondation Dufraine «Villa les pinsons» 47 rue André Balleydier 95750 Chars

Vue de l'exposition Assemblage #1, Ofr Gallery Paris
Vue de l’exposition Assemblage #1, Ofr Gallery Paris

 

 

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