Youngdon JUNG – RÉSIDENCE #54 USINE UTOPIK

Youngdon JUNG – RÉSIDENCE #54 USINE UTOPIK

Lorsque qu’après ses études dans une école de photographie Youngdon Jung retrouve sa ville de coeur, Paju, située entre Séoul et la frontière des deux Corée, il constate que celle-ci est en pleine mutation, que les habitants se déplacent, que les espaces se renouvellent … Alors il se ba­lade au ralenti, erre parmi les zones délaissées, interroge les traces du passé. Son album Wondering Wandering parle de ses « petits » émer­veillements, de ses divines surprises : connivence avec une personne, un objet, captés dans la fugacité d’un instant partagé. Dans l’album cité nous avons retenu la photo intitulée Weeds qui raconte si bien la « mé­thode » pour saisir cet instant. L’artiste a remarqué un petit bouquet de « mauvaises herbes » (weeds) qui arrivaient à s’extraire d’un champ de gravats, dont la volonté de vivre était manifeste ! Un morceau de tuyau (?) oublié l’encadrait à moitié. L’artiste remarque que le soleil en projette l’ombre à certains moments: il attend patiemment l’instant précis où le tuyau et son ombre encadreront totalement les herbes comme pour les mettre en majesté et souligner leur résilience, pour faire son cliché.

Patience et intuition de ce qui peut arriver (rien n’est jamais certain) sont sans aucun doute les vertus premières d’un chasseur d’images. Il lui faut aussi l’équipement adéquat et Jung est passionné par un matériel dont il connaît toutes les possibilités et dont il maîtrise les différentes applications. Au numérique, il préfère le film argentique, plus approprié à une exécution lente et contrôlée qui accroche mieux la réalité, développant ainsi une philosophie du regard : « Le film possède une qualité unique, une beauté et une chaleur tonale que le numérique ne peut égaler ; […] Il y a quelque chose de fondamen­talement différent entre un monde physique et un monde virtuel. », écrit Walter Rothwell, le grand photographe de la rue londonienne.

Youngdon Jung aime aussi prendre de la hauteur ! C’est ainsi que, cam­pé au sommet d’un immeuble élevé, il observe les gens, tout en bas : comme des fourmis très affairées – d’où le nom donné à cet autre album, Ants – ils ont quelque chose à faire, se déplacent dans un sens ou un autre, se concentrent en un point, se dispersent , se croisent, reviennent sur leurs pas, chacun à son rythme. Le « myrmécologue » voit les des­sins produits par les mouvements de ces silhouettes qui s’estompent et filent « comme les grains d’une motte de terre trop sèche qui filent entre les doigts ». L’artiste compose un univers particulièrement onirique qu’il renforce en utilisant le grain du support qui amplifie « l’indéfinition » d’images déjà saturées, pour obtenir un rendu crépusculaire en forme de réminiscences mémorielles . En même temps le jeune artiste s’interroge sur ces individus dont il n’a pu saisir que furtivement le mouve­ment : où vont-ils, que font-ils, qui sont-ils ? Sa méditation et son em­pathie naturelle vont le diriger vers une forme de sociologie par l’art .

Pour humaniser son rapport avec« les gens », il crée une stratégie de rencontre. Telle l’idée d’inviter des passants, n’importe lesquels, à choisir « la couleur dans laquelle ils se reconnaissent le mieux » pour participer au recouvrement d’une sorte de yourte, dont il a construit la structure, par une mosaïque de figures géométriques de toutes les couleurs. Ap­privoisés, les passants l’emmènent chez eux et l’artiste peut tenter de photographier la petite part de leur intimité qu’ils acceptent de révéler, qui se révèle peut-être à eux-mêm es. L’artiste se définit alors comme un « passeur »… Leur photo sera exposée à l’intérieur de cette structure.

En résidence à l’Usine Utopik de Tessy-Bocage pour six semaines, l’artiste élabore un projet du même ordre. Saisissant des moments opportuns où il peut rencontrer des visiteurs ou habitants du voisi­ nage, il dialogue avec eux, explique son projet : chacun inscrira son nom et son lieu d’habitation sur une carte GPS redessinée, manifes­tant ainsi son attache au groupe ou à la commune, qui restera, au pire, une trace de son passage. Il sera ensuite photographié chez lui. Les photos des uns et des autres seront collées sur des supports travaillés, des « cerfs-volants » sur le modèle de ces « kites » qui servaient pour la messagerie des militaires coréens. Ceux-ci seront doublés : l’un sera exposé à l’Usine Utopik pour l’été; l’autre participera à un grand envol groupé : tous auront le sentiment de partir ensemble vers le ciel !

Texte Odile Crespy © 2018 Usine Utopik

Visuel de présentation : Youngdon Jung, Wondering Wandering-Weeds, tirage au jet d’encre, dimensions variables, 2011-2015

 

Infos pratiques

13/07▷26/08 – MIGUEL LOYOLA ET YOUNGDON JUNG – DE L’AIR – USINE UTOPIK TESSY-BOCAGE

USINE UTOPIK
Centre de création contemporaine

Relais culturel régional

Route de Pont-Farcy – 50420 Tessy-Bocage 
Accès libre – merc, sam et dim de 14h30 à 18h

02 33 06 01 67

www.usine-utopik.com

 

Youngdon JUNG
Né en 1988 à Séoul (Corée du Sud)
Vit et travaille à Paju.

www.sizak.org

 

Youngdon Jung, Ants, tirage au jet d'encre sur papier mat, dimensions variables, 2013-2016
Youngdon Jung, Ants, tirage au jet d’encre sur papier mat, dimensions variables, 2013-2016

 

Youngdon JUNG – RÉSIDENCE #54 USINE UTOPIK
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