Agnès Geoffray, Before the eye lid’s laid, Centre photographique d’île de France

Agnès Geoffray, Before the eye lid’s laid, Centre photographique d’île de France

L’exposition Before the eye-lid’s laid semble suspendue dans le temps.
Peut-être est-ce dû aux sujets.
Peut-être est-ce dû à la façon de travailler d’Agnès Geoffray.
Peut-être est-ce dû aux dialogues qui se sont tissés entre elle et J. Emil Sennewald.
Dialogues entre une artiste et un critique d’art. Dialogues au pluriel, car on le sent il y en a eu divers et il y en aura sûrement d’autres. Divers, sur de multiples points et de différentes manières.1
Pour le Centre photographique d’Île-de-France on sent des échanges entre une artiste et un critique d’art se plongeant tous deux dans la peau d’un(e) commissaire d’exposition.

Le titre2 renvoie au temps d’arrêt nécessaire à l’image qui intrinsèquement est liée à la violence.

« L’image pénètre, l’oeil dévore, le corps subit, le regard perce. »

Ce battement de paupières participe à la « capture » de l’image. On peut aussi imaginer que le fait de cligner des yeux face à un moment empli de tensions laisserait espérer qu’une fois les yeux réouverts tout aurait disparu ou bien que ce mouvement permette de digérer pour mieux voir.

On a vu, on a enregistré mais on a besoin de panser pour mieux voir ce qui nous est révélé. Agnès Geoffray part de photographies trouvées et mises en scène d’où se dégage dans chacune d’elles une tension palpable, témoignant d’un événement dramatique à venir.
Tension évidente mais qui parfois peut découler de petits détails entrainant ainsi l’oeil à dévorer l’image.

Violence certes, mais pas seulement. Les interventions de l’artiste font remonter à la surface des événements, des personnes, pour non seulement les révéler, mais aussi pour panser leurs blessures ou du moins « prendre soin d’eux/d’elles »4. Panser non pas pour atténuer la violence subie mais pour apaiser la victime. Révéler pour permettre à la victime de s’en aller librement ? Si « ici les mots parlent aux images plutôt que de parler d’elles »5, il en va de même pour l’artiste qui, par ses interventions, s’adresse aux images et plus précisément à ses protagonistes.

Agnès Geoffray et J. Emil Sennewald ont souhaité que le long mur sur lequel notre regard s’arrête en premier soit peint en rose. Non pas un rose bonbon mais un rose avec une pointe de gris. Une couleur douce mais avec tout de même une note de tristesse.

Ce choix correspond bien aux impressions que l’on a. On avance, on découvre chacune des photos déclinant toutes une certaine violence mais à aucun moment on ne se sent pris au piège. Il n’est aucunement question de voyeurisme. Les interventions d’Agnès Geoffray et de J. Emil Sennewald ont la délicatesse, comme énoncé ci-dessus, de prendre soin.
Le battement de paupière, à l’instar du souffle que l’on retient, est une réelle nécessité.

« Voilà la dimension politique de la relation entre image et texte et de leur disposition lorsque les paupières se ferment. Seul celui qui cesse de regarder peut commencer à agir. La compassion générée par les images crée une communauté lorsqu’elles émeuvent publiquement au moment de leur exposition. »6 

Cette exposition est un réel travail entre une artiste et un critique d’art, comme on aimerait d’ailleurs que ce soit toujours le cas. Les images et l’écriture communiquent, se répondent, se nourrissent. Ici, rien n’illustre un propos. C’est au contraire une discussion, certes déjà entamée, mais à laquelle on nous invite à participer.

 

(1) Il suffit de visiter cette exposition et de lire l’ouvrage réalisé pour le prix Aica de la critique d’art 2016 pour comprendre que leurs échanges ont évolué différemment selon ces deux espaces.
(2) Avant le battement de la paupière
(3) In texte de l’exposition Before the eye-lid’s laid
(4) Agnès Geoffray pendant la visite presse

(5) In texte de l’exposition Before the eye-lid’s laid
(6) J. Emil Sennewald in texte de l’exposition Before the eye-lid’s laid. Le rose de la police est celui utilisé dans le dossier de presse.

Texte Leïla Simon © 2017 Point contemporain

 

Infos pratiques

Before the eye-lid’s laid
Exposition personnelle d’Agnès Geoffray – commissariat d’exposition : Agnès Geoffray et J. Emil Sennewald, lauréat du prix AICA France 2016.

Du 08 octobre au 23 décembre 2017
Du mercredi au vendredi de 13h à 18h
Les samedis et dimanches de 14h à 18h

Entrée libre
Visite commentée gratuite chaque dimanche à 15h
Visites de groupes gratuites du mardi au vendredi, sur réservation au 01 70 05 49 83

Centre photographique d’île de France
107, avenue de la République
Cour de la ferme briarde 77340 Pontault-Combault

http://www.cpif.net


Agnès Geoffray
Née en 1973 à Saint-Chamond (Loire).

Vit et travaille à Paris.

Diplômée des Écoles nationales supérieures des Beaux-arts de Lyon et Paris.
Résidente à la la Rijksakademie à Amsterdam (2002-2003), pensionnaire à la Villa Médicis à Rome (Académie de France, 2010-2011) et à l’Atelier de recherche et de post-production du CPIF en 2012.

http://www.agnesgeoffray.com

 

Métamorphose I, 2014-2016 © Agnès Geoffray
Métamorphose I, 2014-2016
© Agnès Geoffray

 

Metamorphose IV, 2014-2016 © Agnès Geoffray
Metamorphose IV, 2014-2016
© Agnès Geoffray

 

Metamorphose V, 2014-2016 © Agnès Geoffray
Metamorphose V, 2014-2016
© Agnès Geoffray

 

Métamorphose VIII, 2014-2016 © Agnès Geoffray
Métamorphose VIII, 2014-2016
© Agnès Geoffray

 

Zone d'occupation IX, 2010 © Agnès Geoffray
Zone d’occupation IX, 2010
© Agnès Geoffray

 

L'attachée, série Incidental Gestures, 2011 © Agnès Geoffray
L’attachée, série Incidental Gestures, 2011
© Agnès Geoffray

 

Sans titre, série Incidental Gestures, 2011 © Agnès Geoffray
Sans titre, série Incidental Gestures, 2011
© Agnès Geoffray

 

Visuel de présentation : La volée © Agnès Geoffray

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