[EN DIRECT] Les sept démons, H2M – espace d’art contemporain de Bourg-en-Bresse

[EN DIRECT] Les sept démons, H2M – espace d’art contemporain de Bourg-en-Bresse

L’espace d’art contemporain H2M à Bourg-en-Bresse a donné carte blanche à la commissaire d’exposition Sonia Recasens pour penser une exposition en résonance à celle de Marie-Madeleine, la Passion révélée qui se tient au même moment au musée du monastère royal de Brou (Bourg-en-Bresse). La proposition de Sonia Recasens, Les sept démons, répond avec justesse à cette dernière.
Marie Madeleine cristallise tout au long de l’Histoire de l’art les fantasmes les plus contradictoires sur les femmes. Cette Sainte, prostituée repentie puis pardonnée par Le Christ, est à la fois une icône des féministes et une muse pour les artistes.

Les sept démons présente des œuvres de dix-huit artistes contemporains, confirmés et émergents. Cette exposition a pour point de départ les représentations des femmes dans l’histoire sociale, politique, religieuse et culturelle. En retenant des artistes venant du bassin méditerranéen, de l’Afrique du sud et de l’Iran, Sonia Recasens propose une variété de points de vue. Les valeurs traditionnelles sont bouleversées, l’absurdité des injonctions est mise en avant, les tabous sont brisés, la liberté corporelle et sexuelle est prônée…

L’exposition se déroule autour de six thématiques et d’un épilogue répartis dans sept espaces. Chaque thématique a pour titre le nom d’une femme de laquelle proviendraient les maux de l’humanité : Eve, Pandore et Lilith ou bien de femmes indépendantes comme Marie Madeleine et Hypatie.

 

Vue d'exposition Les 7 démons Ville de Bourg-en-Bresse. Photo : Serge Buathier
Vue d’exposition Les 7 démons – Ville de Bourg-en-Bresse. Photo : Serge Buathier

 

Le premier espace est intitulé « Lilith ». Démoniaque, la femme a souvent cette étiquette, et c’est le cas de Lilith qui pour avoir refusé de se soumettre à Adam est désignée comme un être maléfique. Pour Les sept démons il est plutôt question de passion rebelle plus que de dangerosité. Anaïs Albar, pour qui l’utilisation du fil et de l’aiguille est un moyen de détourner une pratique aliénante pour les femmes, a réalisé pour l’occasion Ne me touche pas. Une femme, dont les cheveux longs et défaits rappellent Marie Madeleine, semble suspendue dans un espace atemporel. La tête de côté elle se touche intimement. Ses jambes écartées sont néanmoins entrelacées par ses longs cheveux. Ce qui est un symbole de sensualité serait ici une entrave à la totale jouissance ou au contraire y participerait ? Ce titre affirme non seulement le souhait de cette femme de pouvoir éprouver du plaisir par elle-même mais rappelle aussi ce que Le Christ dit à Marie Madeleine, « Noli me tangere », suite à sa résurrection. Le drap blanc sur lequel est brodé cette scène vient aussi corroborer cette référence biblique.

Strip-tease occasionnel avec les draps du trousseau (version 2) d’ORLAN est une belle réponse à l’intitulé du deuxième espace « Marie Madeleine, un voile de parfum domestique ». Cette œuvre est constituée de 17 tirages photographiques noir et blanc. L’artiste en parodiant des figures féminines de l’Histoire de l’art attaque avec humour, mais force, les représentations culturelles qui régissent les femmes depuis des siècles.

 

Vue d'exposition Les 7 démons Ville de Bourg-en-Bresse. Photo : Serge Buathier
Vue d’exposition Les 7 démons – Ville de Bourg-en-Bresse. Photo : Serge Buathier

Il est aussi question de « froufrous » dans la photographie en noir et blanc, Mentira n°9 de Pilar Albarracín. Une femme portant une robe de mariée est allongée au sol, on voit seulement ses pieds qui sont retenus par des personnes hors-champ. Cette scène troublante, frôle aussi bien la parodie que le drame. L’artiste dévoile ainsi le rôle des femmes dans les imaginaires et les sociétés.

On trouve aussi un brin d’humour avec les dessins, Burqa de Leila Gadhi. La question de ce vêtement est abordée avec finesse. L’artiste interroge un sujet brûlant en réalisant des scénettes amusantes et touchantes, optant pour un humour salutaire.

Le troisième espace, « Pandore, résister au mauvais sort », présente des œuvres où des femmes se soulèvent contre leur rabaissement. La série des sept dessins  BA 27/04/43  de Perrine Lacroix témoigne avec force de la résistance de Berty Albrecht. Cette femme engagée (militante contre le fascisme et pour la contraception et l’avortement) a été arrêtée en 1942. L’artiste dans un geste simple mais néanmoins minutieux retrace, à la main et sur du papier millimétré, une journée d’enfermement par une ligne. Cette série d’une grande sobriété témoigne avec force du parcours d’une personne exceptionnelle.

Il est bien question de liberté de pensée, d’être et d’aimer dans la vidéo Ce rêve de normalité de Damien Rouxel. L’artiste nous fait part de sa quête pour que son corps d’homme, affirmant une certaine féminité, puisse exister normalement dans un milieu agricole français. Toujours dans cette optique d’améliorer, d’obtenir ces libertés, les dessins de Ninar Esber, Triangle of women who disobey révèlent la violence faites aux femmes depuis des siècles et à travers diverses cultures. L’artiste réalise des triangles en écrivant des injonctions, aussi bien religieuses, sociales, morales que politiques, faites aux femmes. Ces sommations sont reproduites aux crayons de couleur offrant tout d’abord un aspect enfantin pour mieux nous déstabiliser et démontrer leur côté arbitraire et absurde.

Pour l’avant-dernier espace Sonia Recasens l’a intitulé « Eve », s’émanciper de la culpabilité. Les tabous y explosent. Hanan Ourraht (vivant au Maroc) s’inspire de son quotidien pour réaliser ses dessins. Des sujets sensibles viennent envahir la page, ce qui est habituellement passé sous silence éclate au grand jour. L’humour côtoie une fois de plus la gravité des sujets pointés du doigt. Il s’agit, ici, des menstrues considérées par de nombreuses cultures comme étant impures. Le saignement mensuel s’échappe pour finir par envahir totalement la feuille du plus grand dessin. Héla Ammar parle aussi du corps de la femme dans Purification. L’artiste se met en scène à travers cinq photographies. Vêtue de linge blanc elle s’asperge d’un liquide rouge provenant d’une bassine. On pense bien évidemment aux menstrues, à la perte de la virginité, aux ablutions, aux baptêmes etc.

La vidéo La femme côtelette de Mariette Auvray vient conclure l’exposition. Le témoignage de cette grand-mère, dont l’histoire peut se rapprocher de celles de très nombreuses femmes ayant presque traversé tout le XXème siècle, apparaît alors comme un héritage précieux. Cette grand-mère nous parle de son vécu de fille puis de femme, de mère travaillant et pour finir de veuve. A travers son récit elle nous transmet l’Histoire des Femmes.

Les sept démons est une belle résonance à la figure paradoxale de Marie Madeleine. Déployée à travers six thématiques plus un épilogue cette exposition dévoile des sujets graves appréhendés néanmoins avec une pointe d’humour parfois noir ou enfantin pour mieux révéler l’absurdité. Ces actes, ces gestes artistiques mettent en lumière la liberté de pensée et d’être comme on est et surtout comme on le souhaite.

Texte : Leïla Simon

Visuel de présentation : Vue d’exposition Les 7 démons – Ville de Bourg-en-Bresse. Photo : Serge Buathier

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