Katinka Bock, IAC Villeurbanne

Katinka Bock, IAC Villeurbanne

Vue de l’exposition Katinka Bock, Radio / Tomorrow’s Sculpture
à l’IAC du 5 octobre 2018 au 20 janvier 2019 © Blaise Adilon
Courtesy de l’artiste, Galerie Jocelyn Wolff, Paris ; Meyer Riegger Berlin/Karlsruhe ; Greta Meert, Brussels

 

Radio, de Katinka Bock, amorce la quarantième année d’activité de l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne. Il s’agit là d’un nouveau projet que l’artiste, particulièrement sensible aux lieux et à leurs histoires, déploie en trois volets, au sein de trois institutions européennes : le Mudam au Luxembourg, le Kunst Museum de Winterthur, en Suisse, et l’IAC de Villeurbanne. Ainsi, les expositions développent, indépendamment les unes des autres, outre la recherche artistique singulière de Katinka Bock, des enjeux sculpturaux intrinsèques aux espaces qui les accueillent. 

À l’IAC, Radio s’ouvre par une pièce en cours, en terre crue, qui sera prélevée pour être cuite afin de réintégrer l’exposition sous une forme définitive quelques semaines après l’ouverture. Placée au centre, cette œuvre se présente comme un marqueur spatial et temporel : elle est réalisée « ici » par les pas des visiteurs qui se pressent le soir du vernissage de l’exposition, et sera cuite dans un futur proche (presque « maintenant »), à l’École Nationale des Beaux Arts de Lyon (l’artiste en est diplômée). Pourtant, tout autour, à contrario, chaque sculpture renvoie à un ailleurs et à une temporalité étirée. Population (erschöpft), 2017 a été exposée au soleil au Kunst Musem de Winterthur, Population (high culture), 2018 aux intempéries sur le toit du Mudam, Population (low culture), 2018 a été plongée dans la rivière qui traverse Luxembourg. L’incipit de ce projet se traduit dans un accrochage qui peut sembler quelque peu anecdotique, mais qui présente, à travers les pièces, les différents lieux témoins du développement du projet Tomorrow’s Sculpture, et à fortiori l’IAC qui clôt ce cycle d’expositions. Au coeur de celui-ci, se manifeste l’interêt de Katinka Bock pour la trace, la variation, la modification ou l’altération des matériaux naturels qu’elle utilise. Ainsi, les éléments et le public façonnent à leur tour les sculptures y apposant une empreinte dont l’artiste elle-même est spectatrice.  

D’une salle à l’autre, se dessine un paysage sud-américain que l’on pourrait qualifier, en reprenant l’un des termes utilisés par le laboratoire espace cerveau, de cosmomorphe. Il est composé de terre et de sable, de bois et de bronze, de plantes et d’agrumes. Au sein de celui-ci, l’équilibre est de mise : les sculptures s’adossent à l’architecture, s’y suspendent ou se font réceptacles d’une fuite dans un mouvement de balancier. Le caractère phénoménologique de la pratique sculpturale de Katinka Bock est ici accentué par la présentation de pièces qui, depuis l’intérieur du centre d’art, renvoient à l’extérieur. Sont exposés dans les salles de l’IAC les bronzes d’écorces de platane du jardin des filles (l’IAC est une ancienne école), ceux des brindilles parisiennes, ou encore Personne, 2012 quand sa sculpture jumelle April Personne, 2013, est postée dans la rue. Cette volonté de rejouer dans l’exposition la connexion entre dedans et dehors, entre la sculpture et la nature dont la matière est issue atteste d’un intérêt de l’artiste pour la notion de flux d’énergies telluriques. 

Il s’agit là d’une exposition qui rassemble des pièces d’une qualité plastique indéniable, dans un espace d’exposition où l’accrochage fait sens. Radio – Tomorrow’s Sculpture à l’Institut est donc très belle monographie – permettant d’embrasser l’Œuvre de Katinka Bock – où les pièces jouent le rôle de personnages qui coexistent et dialogues, tant entre eux, qu’avec l’architecture singulière de l’IAC. Reste à regretter, peut-être, la faible proportion d’œuvres nouvelles produites par le centre d’art dont la volonté, à l’aube de ses 40 ans, est de « réaffirmer, aujourd’hui plus que jamais, sa dimension originelle de laboratoire, aux côtés des artistes et des chercheurs en tous genres ». 

Texte Leïla Couradin © 2018 Point contemporain

 

Infos pratiques

Katinka Bock, Radio / Tomorrow’s Sculpture

Du 05 octobre 2018 au 20 janvier 2019
INSTITUT D’ART CONTEMPORAIN DE VILLEURBANNE
11 Rue Docteur Dolard
69100 Villeurbanne

 

Vue de l’exposition Katinka Bock, Radio / Tomorrow’s Sculpture à l’IAC du 5 octobre 2018 au 20 janvier 2019
Vue de l’exposition Katinka Bock, Radio / Tomorrow’s Sculpture
à l’IAC du 5 octobre 2018 au 20 janvier 2019

 

Vue de l’exposition Katinka Bock, Radio / Tomorrow’s Sculpture à l’IAC du 5 octobre 2018 au 20 janvier 2019
Vue de l’exposition Katinka Bock, Radio / Tomorrow’s Sculpture
à l’IAC du 5 octobre 2018 au 20 janvier 2019

 

Vue de l’exposition Katinka Bock, Radio / Tomorrow’s Sculpture à l’IAC du 5 octobre 2018 au 20 janvier 2019
Vue de l’exposition Katinka Bock, Radio / Tomorrow’s Sculpture
à l’IAC du 5 octobre 2018 au 20 janvier 2019

 

Vue de l’exposition Katinka Bock, Radio / Tomorrow’s Sculpture à l’IAC du 5 octobre 2018 au 20 janvier 2019
Vue de l’exposition Katinka Bock, Radio / Tomorrow’s Sculpture
à l’IAC du 5 octobre 2018 au 20 janvier 2019

 

Katinka Bock, IAC Villeurbanne
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