Maximilien Pellet, Gravures [FOCUS]

Maximilien Pellet, Gravures [FOCUS]

Estampe sans titre, 28 × 38 cm, gravure et monotype sur zinc, 2018

 

« Je ne m’inflige pas de protocole que je devrais suivre à la lettre. » annonce Maximilien Pellet quand il parle de son travail de gravure. À travers un processus dont les étapes sont très codifiées, l’artiste poursuit ses questionnements engagés alors qu’il était étudiant aux Arts décoratifs de Paris et qu’il soumettait le multiple à des procédés de peinture et interrogeait le fondement de l’image. Il analyse la manière dont se construit l’image contemporaine, se détachant des définitions, trouvant ses moyens d’expression hors des champs attendus, devant fuir sa condition pour sans cesse éviter toute catégorisation et discours d’autorité. Le travail de gravure de Maximilien Pellet est à voir comme une échappée imaginative, trouvant sa source et même sa structuration plutôt dans la construction de l’individu que dans la marche en bon ordre d’une histoire dont on ne compte plus, depuis Raymond Queneau, les tentatives de réécriture.

Quels sont les sujets de tes gravures ?

Elles reprennent les sujets, les motifs et les symboles qui sont liés à mes recherches formelles dans mes peintures mais traités d’une manière encore plus libre. La gravure me permet d’introduire la série, l’idée de variation et avec elles des possibilités de lecture très différentes d’une même image ou des signes qui la composent. Ainsi, une même forme composée d’un croisement de lignes géométriques peut, selon les strates qui la recouvrent partiellement, avoir une expression plus féminine ou masculine, ou devenir un signe énigmatique.

Ne peut-on pas voir dans la succession de motifs une forme d’écriture ?

Je développe des images composées d’une superposition de signes rappelant celles visibles dans les grottes préhistoriques dont les parois n’ont cessé d’être gravées au cours des millénaires au point que les motifs initiaux se sont transformés en espèces de codes complètement illisibles. De la même manière, j’incise des motifs sur la plaque que j’utilise pour plusieurs gravures afin de produire des images très différentes. Cette récurrence transforme les motifs en signes qui pour certains peuvent s’apparenter par leur géométrie à des écritures ou à des formes archétypales. Je compose, en multipliant les strates, une écriture qu’on ne lit pas.

La gravure te permet de produire des images différentes qu’en peinture ?

Ce n’est pas du tout la même chose car dans mes gravures sont moins présentes les problématiques de représentation et, d’une certaine manière, j’ai l’impression de faire un travail sur la lumière, alors qu’en peinture mes préoccupations sont plutôt axées sur des questions de textures et de couleurs. La lumière me permet de mettre en valeur certaines parties ou éléments. Par choix plus que par contrainte, je travaille uniquement le noir et blanc, allant de l’un à l’autre suivant les images. Un cheminement que je perturbe en revenant par endroits pour rajouter ou enlever de l’encre et créer des motifs en superposant les strates. Une manière de faire de la gravure avec un gabarit qui est la plaque gravée tout en m’écartant des techniques traditionnelles.

Une superposition que l’on retrouve aussi dans la construction des images ?

J’applique une même méthode en superposant par impression plusieurs figures sur la plaque en mélangeant les techniques. Ainsi je badigeonne au moment de la deuxième impression certaines parties de la plaque gravée sans enlever le surplus de peinture. J’associe sur une même image la technique traditionnelle de la gravure à celle du monotype. Une manière de laisser une partie plus brute avec une surface ancrée qui produit des motifs d’un noir intense. S’opposent ou se superposent des gestes très différents, celui d’inciser la plaque, de travailler avec une palette ou d’étaler la peinture au doigt. Il ne reste que peu d’interventions propres à la gravure, on est plus dans un rapport très différent à la peinture qui se construit comme une succession d’accidents.

N’est-ce pas dans la contrainte d’un façonnage qui d’ordinaire est très défini que l’on trouve finalement le plus de liberté ?

C’est tout à fait exact. La gravure impose une forme de méthodologie, avec des étapes bien précises, avec des couches dont il est impératif de respecter l’ordre. Tout en respectant ce qui fait son identité, je viens, par un travail de peinture, en brouiller les procédés. Même si je fais plus instinctivement de la peinture, j’ai l’impression que les problématiques d’images qui traversent mes travaux restent à peu près les mêmes. Peintures et gravures participent à créer un ensemble cohérent et complémentaire d’un point de vue formel et réflexif. Pour tous deux qui puisent leur source dans l’histoire, la grande Histoire, celle de l’art et des formes, il y a toujours ce moment où la narration m’échappe. J’aime ce moment où les images font leur vie. Je peux juste influer sur la disposition ou l’ordre d’accrochage pour ouvrir de nouvelle pistes d’interprétation.

Ne pourrait-on pas rajouter à ces différentes histoires, celle plus personnelle de l’apprentissage des formes quand on est enfant ?

En effet dans cet ensemble de figures archétypales se retrouvent les premières dessins géométriques auxquels les enfants s’essayent. J’utilise de même la règle et le compas dans mes travaux de gravure, dessinant des embryons de figures géométriques, de profils de personnages ou ces rosaces qui font partie de mon propre apprentissage du dessin, de mon histoire de l’art personnelle. J’introduis d’une certaine manière mon propre primitivisme dans l’image et la façon dont j’ai perçu l’évolution des formes ou comment elle s’introduit dans l’histoire de chacun quand on ne sait pas encore dessiner et que l’on a besoin d’outils. On peut retrouver les représentations de personnages que je dessinais enfant auxquels je donne une existence et la possibilité d’exister à travers de nouvelles histoires. Dans ces nouveaux contextes, ces formes qui sont en moi, et qui ressurgissent, instaurent un dialogue avec le temps présent, entre le géométrique et l’aléatoire, mais installent aussi par leur présence des formes de codes, une écriture graphique, un rapport énigmatique avec des temps très anciens. Des formes qui, sans être forcément définissables ou lisibles, parlent à chacun car elles découlent d’un langage commun.

Entretien réalisé par Valérie Toubas et Daniel Guionnet © 2018 Point contemporain

 

À lire également :

 

Actualités de l’artiste ➤agenda-pointcontemporain.com/maximilien-pellet

 


Maximilien Pellet
Né en 1991 à Paris.
Vit et travaille à Paris.

Diplômé de l’École des Arts Décoratifs de Paris.

www.maximilienpellet.fr

Membre du collectif Curry Vavart. www.curry-vavart.com

Artiste coordinateur à Villa Belleville – résidence de Paris Belleville. www.villabelleville.org

 

Estampe sans titre, 28 × 38 cm, gravure et monotype sur zinc, 2018
Estampe sans titre, 28 × 38 cm, gravure et monotype sur zinc, 2018

 

Estampe sans titre, 28 × 38 cm, gravure et monotype sur zinc, 2018
Estampe sans titre, 28 × 38 cm, gravure et monotype sur zinc, 2018

 

Maximilien Pellet, Estampe sans titre, 28 × 38 cm, gravure et monotype sur zinc, 2018
Estampe sans titre, 28 × 38 cm, gravure et monotype sur zinc, 2018

 

Maximilien Pellet, Gravures [FOCUS]
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