Anne-Charlotte Finel, Des sirènes au fond des prunelles

Anne-Charlotte Finel, Des sirènes au fond des prunelles

EN DIRECT / Exposition « Des sirènes au fond des prunelles » d’Anne-Charlotte Finel, du 06 juillet au 22 septembre, centre d’art contemporain Le Lait, Albi
par Antoine Marchand

Jour/nuit, nature/culture, artificiel/naturel… On pourrait égrainer ainsi les nombreuses dichotomies qui peuplent le travail d’Anne-Charlotte Finel (née en 1986, vit et travaille à Paris). Néanmoins, loin de confrontations binaires et frontales, ses œuvres jouent au contraire de subtiles variations, d’infimes mouvements, parfois à peine perceptibles, qui en font toute la richesse et la singularité.

Qu’elle filme ces espaces transitoires, à l’orée des villes, où la nature semble avoir repris ses droits, qu’elle s’intéresse à d’impressionnantes architectures scintillant dans la nuit, ou observe au plus près des phénomènes naturels ou scientifiques, Anne-Charlotte Finel parvient toujours à transcender les images saisies. Loin d’une observation distancée et scientifique, la singularité de sa démarche tient dans la poésie qu’elle parvient à insuffler à ses œuvres. Ce décalage permanent, cette infime modification de nos points de vue, cette manière de révéler l’indicible, font tout l’intérêt de son travail. Elle parvient, à partir d’une situation a priori banale, à nous « embarquer » dans son univers entre chien et loup, à la bordure de lieux et de phénomènes qui ne s’appréhendent pas immédiatement et demandent du temps afin de comprendre ce qui nous est donné à voir. Les images qu’elle capture deviennent ainsi de véritables « environnements », difficiles à identifier, qu’ils soient microscopiques – lorsqu’elle se penche sur l’évolution d’organismes vivants tels que des algues ou le résultat de processus chimiques – ou à l’inverse démesurés, quand elle se confronte à de grands ensembles industriels. 

Sans basculer vers l’abstraction – certaines de ses vidéos permettent d’ailleurs d’échafauder une amorce de narration –, Anne-Charlotte Finel instaure un rapport sensible et sensoriel à son travail, qui nous amène parfois aux confins de l’imaginaire. Cette sensation d’être happé, absorbé par l’œuvre, s’origine dans sa manière de filmer. En poussant la technique dans ses retranchements, elle parvient à donner une réelle matérialité aux images, jusqu’à laisser parfois apparaître motifs, textures ou patterns. L’artiste est également très attentive aux bandes-son qui accompagnent ses films. Elle travaille ainsi depuis plusieurs années avec le musicien Luc Kheradmand à la création de nappes sonores qui viennent souligner la dramaturgie des images.

Si l’exposition à Albi s’inscrit dans la continuité de ses productions précédentes, il est à souligner qu’Anne-Charlotte Finel a récemment arpenté de nouveaux territoires, encore inexplorés pour elle, qui forment aujourd’hui la base d’une nouvelle production. Elle a en effet effectué une résidence sur l’île de Molène, où elle a pu se confronter à l’écosystème marin propre à cette île au large du Finistère. 

© Anne-Charlotte Finel. Photo Phœbé Meyer
© Anne-Charlotte Finel. Photo Phœbé Meyer
© Anne-Charlotte Finel. Photo Phœbé Meyer
© Anne-Charlotte Finel. Photo Phœbé Meyer

Diplômée de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, Anne-Charlotte Finel (née en 1986 à Paris, où elle vit et travaille) a bénéficié d’expositions personnelles à la galerie Édouard Manet de Gennevilliers (2017), aux Ateliers Vortex de Dijon (2018), à la galerie Jousse Entreprise à Paris (2018), en Russie (Mourmansk, Kazan, Vladivostok, Saratov, Kaliningrad), dans le cadre d’un programme avec l’Institut Français de Saint-Pétersbourg (2018) et à la galerie SCAI The Bathhouse de Tokyo (2019).
Elle également présenté son travail au Musée du Quai Branly (Paris), au Musée de la Chasse et de la Nature (Paris), au Palais de Tokyo (Paris), au FRAC Poitou-Charentes (Angoulême), prochainement au Musée d’Art de Nantes, et lors de nombreux festivals et événements dédiés à la vidéo, notamment à la Synagogue de Delme et au Carreau du Temple (Paris). Elle a été lauréate du Salon de Montrouge en 2016. Elle est représentée par la galerie Jousse Entreprise, Paris.