BASIM MAGDY

BASIM MAGDY

Basim Magdy, M .A. G . N. E. T, 2019, film Super 16 mm transféré en Full HD. Couleur et noir et blanc, 21 min. Commande du MAAT Museum of Art, Architecture and Technology, Lisbonne

PORTRAIT D’ARTISTE / Basim Magdy
par Sophie Bernal

Basim Magdy n’est pas photographe. Il n’est pas vidéaste. Il n’est pas scénariste, comme le laisse entendre sa page wikipedia. Il est artiste. C’est sur ces mots que démarre notre entretien. Lorsque j’interroge son rapport à l’écologie, il exprime sa désapprobation face à toute sorte d’étiquette accolée au mot « artiste ». Il n’est pas un artiste activiste, donc. Ni même un artiste écolo. C’est pourtant en chef d’orchestre d’un ensemble de spéculation des futurs possibles qu’il joue sa meilleure partition. 

A quoi ressemblerait la planète si l’être humain disparaissait ? Et si nous avions cru à tort que le réchauffement climatique allait être responsable de notre extinction, quand un danger plus immédiat se profilait ? Si nous devions relire l’Histoire, ne verrions-nous pas des signes annonciateurs de ce danger ? Quelle est la part suggestive des récits historiques ? Ce sont autant de questions que Basim Magdy se pose et nous pose dans son dernier court métrage M.A.G.N.E.T, qu’il réalise en 2019 pour le MAAT (Musée d’Art, d’Architecture et de Technologie de Lisbonne). Il tisse un scénario fictif dans lequel la force gravitationnelle terrestre, devenue trop forte, aurait rendu la Terre inhabitable. Fait de succession d’images qui s’entrecoupent, le film donne tantôt à voir une terre hostile et aride, tantôt des paysages urbains dystopiques. La réflexion de l’artiste prend appui sur l’irréversibilité de l’Histoire : « Je voulais faire un film sur le jour d’après. Lorsque ça frappe, on comprend que c’est là, mais c’est trop tard, on ne peut pas reculer. »[1] Il ne propose donc pas d’alternative au chaos à venir, mais offre une vision fataliste pleine de cynisme du monde qui nous attend. 

Sa pratique expérimentale du film explore la dimension poétique des sciences. La couleur, utilisée pour mettre à distance le réel, représente un point essentiel de son travail. En modifiant chimiquement les films de ses pellicules, Basim Magdy procède tel un laborantin. Il décape ses films à l’acide, m’assurant qu’il sait à 80% ce qu’il obtiendra, et laisse les 20% restants au hasard. C’est ainsi qu’il obtient des images à l’esthétique ultra-saturée, auxquelles il insère a posteriori des fragments sybillins qui viennent rythmer la narration. 

On retrouve cette idée dans la série Someone tried to lock up time (2018), succession de photographies et de textes brefs écrits en lettres capitales. Ce travail, encore en construction, s’articule autour du dialogue noué entre le texte et l’image. De la même manière que M.A.G.N.E.T explore les croisements entre le passé, le présent et le futur, Someone tried to lock up time interroge le rapport de l’être humain à l’Histoire. La série, construite autour d’expériences personnelles de l’artiste, mêle esthétique post-internet et zoologie anticipative. Basim Magdy y croise des éléments de la culture contemporaine et des fragments d’Histoire et de Préhistoire égyptienne. Ainsi une image d’yeux est empruntée aux portraits de Fayoum, peintures sur sarcophage de l’Égypte antique. Une autre renvoie au Spinosaurus, seul dinosaure dont on soupçonne qu’il ait été semi-aquatique. Découvert au XXe siècle dans les régions d’Égypte, il ne reste de l’animal que quelques dessins, son squelette ayant été détruit par les bombardements à Munich en 1944. Basim Magdy part du constat que l’image des dinosaures s’est construite autour de spéculations (rien ne prouve qu’ils aient été des couleurs dont on les imagine, me dit-il). Il prolonge cet imaginaire en offrant au Spinausorus une couleur orangée et en lui accolant des textes aux échos très contemporains. Par exemple, on peut lire sur l’un d’eux : « Eventually everyone had a drone and we stopped looking into each other’s eyes ». C’est là une manière d’interroger l’interrelation entre les forces de la nature et la technologie. Cette série traduit la nécessaire hybridation des savoirs scientifiques, géologiques et historiques pour comprendre notre présent, celui des iphones, des selfies et de l’amour propre. 

Si les questions environnementales forment un socle majeur des réflexions de l’artiste, il me semble que ce serait une erreur de voir dans l’écologie l’unique toile de fond de ses réflexions. Son travail rend aussi bien hommage à la fragilité de la nature qu’àl’absurdité des rapports que nos sociétés entretiennent avec elle. Des rapports de pouvoir souvent abusifs, qu’il souligne comme un appel à une prise de conscience globale de l’impact de notre passage sur Terre. Pourtant, ce qu’il nous dit en filigrane, c’est que si l’anthropocène est voué à disparaître, la planète nous survivra.

[1] Source tirée d’un entretien avec l’artiste.

Sophie Bernal

Basim Magdy, M .A. G . N. E. T, 2019, film Super 16 mm transféré en Full HD. Couleur et noir et blanc, 21 min. Commande du MAAT Museum of Art, Architecture and Technology, Lisbonne
Basim Magdy, M .A. G . N. E. T, 2019, film Super 16 mm transféré en Full HD. Couleur et noir et blanc, 21 min.
Commande du MAAT Museum of Art, Architecture and Technology, Lisbonne
Basim Magdy, Someone Tried to Lock Up Time (The Ruler Won't Live Forever), 2018 – en cours 3 impressions C à partir de diapositives chimiquement modifiées sur un matériau Fujiflex Metallic. 45 x 67 cm chacune
Basim Magdy, Someone Tried to Lock Up Time (The Ruler Won’t Live Forever), 2018 – en cours
3 impressions à partir de diapositives chimiquement modifiées sur un matériau Fujiflex Metallic. 45 x 67 cm chacune
Basim Magdy, Someone Tried to Lock Up Time (The Ruler Won't Live Forever), 2018 – en cours 3 impressions C à partir de diapositives chimiquement modifiées sur un matériau Fujiflex Metallic. 45 x 67 cm chacune
Basim Magdy, Someone Tried to Lock Up Time (The Ruler Won’t Live Forever), 2018 – en cours.
Détail impression C à partir de diapositives chimiquement modifiées sur un matériau Fujiflex Metallic. 45 x 67 cm chacune
Basim Magdy, Someone Tried to Lock Up Time (The Ruler Won't Live Forever), 2018 – en cours.  Détail impression C à partir de diapositives chimiquement modifiées sur un matériau Fujiflex Metallic. 45 x 67 cm chacune
Basim Magdy, Someone Tried to Lock Up Time (The Ruler Won’t Live Forever), 2018 – en cours. Détail impression C à partir de diapositives chimiquement modifiées sur un matériau Fujiflex Metallic. 45 x 67 cm chacune