CLAIRE CHASSOT & CHLOÉ OP DE BEECK, ALONG THE SLOW DIAGONAL LINE, SHUTTLE 19 PARIS

CLAIRE CHASSOT & CHLOÉ OP DE BEECK, ALONG THE SLOW DIAGONAL LINE, SHUTTLE 19 PARIS

Tout l’enjeu de l’exposition Along the slow diagonal line a été pour le curator Sasha Pevak de créer un environnement qui donne vie à un réseau de connexions entre les œuvres de Claire Chassot dont il a découvert la production lors de sa résidence au Générator à Rennes et celles de Chloé Op de Beeck. Malgré les différences de médiums, Sasha Pevak a su tisser un lien entre leurs travaux, sculptures et vidéos, qui trouvent leur source dans l’espace urbain et l’attention portée aux éléments d’architecture, aux situations auxquelles les passants n’attachent souvent que peu d’importance mais dont elles tirent une réelle essence poétique.

Le lien le plus évident dans les sujets abordés par les deux artistes est leur intérêt commun pour la dimension sculpturale de l’espace public notamment dans les constructions modulaires constituées de piliers, de plaques de béton. Des éléments devenus constitutifs de toutes les constructions d’après-guerre et qui ont transformé notre rapport à l’environnement urbain en imposant une relation neutre à l’espace. Les artistes s’attachent à réévaluer ce caractère impersonnel, ces physionomies « brutalistes » afin de montrer qu’elles ont leur propre vie, qu’elles sont capables d’accueillir l’individu, qu’elles façonnent au quotidien leurs déambulations, leurs gestes et que malgré leur pesanteur, leur rectitude faite d’angles saillants et leur caractère souvent inhospitalier, elles incarnent une image de notre modernité, dans nos relations sociales et notre vitesse de déplacement.

Pour capter cette richesse, les artistes procèdent toutes deux avec lenteur. Une caractéristique que Claire Chassot a tout de suite remarqué lorsqu’elle a visionné les vidéos de Chloé Op de Beeck. Les deux artistes commencent par un travail d’observation, et si la présence humaine est exclue du travail de Claire alors qu’elle est centrale à celle de Chloé, il y a une idée de circulation d’une présence mais à des temps distincts. Pour Claire Chassot, la présence vient dans un second temps, lui échappe car elle scénographie d’abord un espace. La présence, les déambulations sont imaginées, planifiées, tout comme elles sont orientées dans l’espace public. De par sa formation de scénographe, elle constitue un décor auquel le visiteur de l’exposition donnera vie. Un décor à sa mesure, le faisant passer sous une arche, l’orientant dans l’espace d’exposition, ouvrant sur une brèche vers l’extérieur créée par une vidéo de Chloé Op de Beeck.

La lenteur habituelle du visiteur dans un espace d’exposition correspond ainsi naturellement avec ce regard porté par les deux artistes et permet de rejouer ce qu’elles ont pu réellement saisir en extérieur. Une attention portée à des moments suspendus, l’attente d’une personne, le regard d’un passant, le vide d’un espace, qui se retrouve dans le rythme du visiteur se figeant devant une vidéo, s’attardant devant une sculpture. Se joue en direct une scène continue, qui porte en elle toute la poésie d’une pièce de Beckett. Ainsi, les deux artistes nous intègrent dans un espace liminaire entre réalité et imaginaire, conjuguant des temporalités différentes. La scénographie, constituée de modules en polystyrène teintés de béton de Claire Chassot, vient souligner la théâtralité pouvant exister, comme le fait remarquer Sasha Pevak, dans l’espace public. Et si l’on peut se demander  si les éléments de Claire Chassot sont du vrai béton, il se pose la même question pour les vidéos de Chloé Op de Beeck : « les gens me demandent souvent si j’ai dirigé, comme le fait un réalisateur de cinéma, les personnages qui sont filmés. Il y a ce rapport ambigu entre la fiction et la réalité. » Chloé Op de Beeck

Une ambiguïté appuyée par le choix du curator avec les artistes de ne pas faire un accrochage aux cimaises mais de multiplier, comme dans un espace public, les points de vue et les perspectives, encourageant les visiteurs à contourner les sculptures, à s’essayer à toutes les trajectoires et à découvrir, par la projection de films leur caractère « intime ».

« Nous voulions prendre en compte les particularités architecturales du lieu, que les sculptures soient au sol et que se projettent sur elles comme sur les murs, les vidéos de Chloé. Pour former un tout. » Claire Chassot

Le visiteur devient lui aussi élément de ce « tout », un passant tel que l’on en voit dans les vidéos de Chloé Op de Beeck, se mouvant dans cet espace ouvert au hasard, un des « non-lieux » construit par Claire, contribuant ainsi à la poétique du geste. Une manière poétique de remettre en question la nécessité, le fonctionnel, de perdre son temps pour le réinvestir consciemment. Sasha Pevak a perçu cette volonté de réappropriation de l’espace tant dans le travail de Claire que dans celui de Chloé. Une réappropriation qui commence par le fait d’isoler des éléments ou des gestes toujours très simples, fragiles même, et immédiatement compréhensibles. Une fragilité comme une forme de sensibilité qui se retrouve dans la manière de filmer de Chloé et dans les sculptures sommes toutes très légères de Claire. Une façon pour les deux artistes de donner à ces environnements souvent disgracieux, sans pour autant les enjoliver, une seconde chance.

Texte Valérie Toubas et Daniel Guionnet © 2018 Point contemporain

 

Vue de l'exposition Claire Chassot & Chloé Op de Beeck – Along the slow diagonal line – Shuttle 19 – Paris
Vue de l’exposition Claire Chassot & Chloé Op de Beeck – Along the slow diagonal line – Shuttle 19 – Paris

 

Vue de l'exposition Claire Chassot & Chloé Op de Beeck – Along the slow diagonal line – Shuttle 19 – Paris
Vue de l’exposition Claire Chassot & Chloé Op de Beeck – Along the slow diagonal line – Shuttle 19 – Paris

 

Vue de l'exposition Claire Chassot & Chloé Op de Beeck – Along the slow diagonal line – Shuttle 19 – Paris
Vue de l’exposition Claire Chassot & Chloé Op de Beeck – Along the slow diagonal line – Shuttle 19 – Paris

 

Vue de l'exposition Claire Chassot & Chloé Op de Beeck – Along the slow diagonal line – Shuttle 19 – Paris
Vue de l’exposition Claire Chassot & Chloé Op de Beeck – Along the slow diagonal line – Shuttle 19 – Paris

 

 

Claire Chassot
Née le 29 mai 1989 en Suisse.
Vit à Paris et travaille à Rennes.
Diplômée de la Haute école d’art et de design – Genève (2015)
Résidente programme GENERATOR 2016 (40mcube Rennes)

Chloé Op de Beeck
Née en 1986 à Duffel (Belgique)
Vit et travaille à Anvers et Gand (Belgique)
www.chloeopdebeeck.be

CLAIRE CHASSOT & CHLOÉ OP DE BEECK, ALONG THE SLOW DIAGONAL LINE, SHUTTLE 19 PARIS
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