Vu à Londres : Elmgreen & Dragset, Martine Syms, Nicoletti Contemporary,…

Vu à Londres : Elmgreen & Dragset, Martine Syms, Nicoletti Contemporary,…

Elmgreen & Dragset plongent dans la Whitechapel Gallery

Une fois franchie l’entrée de la Whitechapel Gallery, on pousse les portes de l’exposition “This Is How We Bite Our Tongue” des artistes Elmgreen & Dragset. Ici, pas de “white cube” mais une piscine en rénovation. Carreau blanc et murs à la peinture bleue décolorée pour cette Whitechapel Pool, bassin municipal construit en 1901. David Hockney y aurait dessiné ses premières piscines. Abandonnée par l’état en 1989 faute de moyens, elle devient le squatt de la population “post-punk” qui y voit le potentiel acoustique pour une salle de concert underground. Après quelques années de déshérence, la piscine est rachetée en 2016 par un fond privé. La clientèle privilégiée du futur hôtel qui se juxtaposera à la Whitechapel Gallery pourra y faire ses longueurs d’ici un an.

Ce contexte unique et éphémère de la Whitechapel Pool à été livré au duo d’artistes Michael Elmgreen (1961, Danemark) et Ingar Dragset (1969, Norvège) formé en 1995 qui tire les fils de l’histoire de cette rénovation. Obsessionnels de la piscine et des installations qui redéfinissent l’espace (le plongeoir dit “Powerless Structures, Fig.13 “ à la Fondation Pinault de Venise en 2015, “Van Gogh’s Ear” au Rockefeller Center à New York en 2016, etc… ), ils détournent les objets de notre quotidien pour les ériger en oeuvres d’art

Telles des fouilles de ruines passées et futures, on trouve une imposante statue grecque couchée non loin d’une météorite argentée posée sur un trampoline. Une porte à double poignée nous indique le vestiaire, les urinoirs quand à eux ont la tuyauterie emmêlée. De l’humour et du détournement naît le récit d’une épopée aquatique. Si les abords de la piscine sont dédiés aux installations, l’intérieur de la piscine est vidée. Seuls quelques vestiges et tas de poussières nous ramènent à l’histoire en cours et viennent s’opposer à la propreté clinique de l’espace. Beau Splash.

Le reste de l’exposition se déroule en salle, on y retrouve les oeuvres antérieures des artistes qui ramènent des sujets, pêle-mêle, comme la politique, la condition sociale, le capitalisme, la religion, dans des écarts ambitieux. 

 

Installation view Elmgreen & Dragset © Courtesy Whitechapel Gallery. Photo: Jack Hems
Installation view Elmgreen & Dragset © Courtesy Whitechapel Gallery. Photo: Jack Hems

 

 

This Is How We Bite Our Tongue, Elmgreen & Dragset
27 Septembre 2018 – 13 Janvier 2019
www.whitechapelgallery.org/

 


 

Martine Syms pas si calme à la galerie Sadie Coles

 

Martine Syms, Installation view, Grand Calme, Kingly Street, 2018 © Sadie Coles
Martine Syms, Installation view, Grand Calme, Kingly Street, 2018 © Sadie Coles

 

Close my eyes and pretend I don’t exist. <delay seconds=5>

Un visage féminin débite un flux d’interrogations tel un feed infini sur les réseaux sociaux. Martine Syms, née en 1988 et basée à Los Angeles nous dévoile-t-elle son monde comme un journal intime du 21ème siècle sans carnet ni plume mais à coup de textos ? 

“All these feelings”. 

Text, swipe, reply. Un labyrinthe fléché construit la narration de ses préoccupations existentielles. Son père, son corps, ses amours, la drogue, le racisme. Autoportrait.  

“Am I getting to fat?”

Photos à l’iphone, captures d’écrans vidéos, les images pixellisées sont découpés, agrandies et composent avec les mots une grande fresque murale du langage verbal et iconographique du siècle digital. A sa manière, Martine Syms fait l’expérience du cut-up, cette technique expérimentée par William Burroughs où un texte original est découpé en fragments aléatoires puis réarrangés pour produire un texte nouveau. 

“Jack Shit!”

Nous nous asseyons sur des chaises sur lesquelles on peut lire “drogue” et “champignons” en couleurs fluos. 

“Yes I do bitch”. 

Si les médiums sont actuels, le sujet lui est bien intemporel. Ces fragments de conversations, nous les avons lues dans les textos reçus d’une copine en mauvaise passe. Oui, Martine c’est un peu comme une copine qui nous livre sa vie, et la nôtre. 

“I’M FIIIIINE” <send>

 

Installation view Elmgreen & Dragset © Courtesy Whitechapel Gallery. Photo: Jack Hems
Installation view Elmgreen & Dragset © Courtesy Whitechapel Gallery. Photo: Jack Hems

 

Grand Calme, Martine Syms
6 Septembre – 20 Octobre 2018
www.sadiecoles.com

 


 

Paysages au pluriel chez Nicoletti Contemporary

 

Installation view Rachel de Joode & Petra Cortright © Nicoletti Contemporary
Installation view Rachel de Joode & Petra Cortright © Nicoletti Contemporary

 

Oswaldo Nicoletti a donné son nom à son projet curatorial et nomade: “Nicoletti Contemporary”. Après avoir étudié à la Central St Martins en ‘Exhibition Studies’ et un master ‘Curating & collections’ au Chelsea College il travaille pour les galeries londoniennes comme Campoli Presti et Simon Lee. Cette année, il s’est lancé dans la création de sa galerie nomade. Chaque exposition née dans un nouveau cadre afin, comme il le dit, de “ne pas imposer l’espace à l’art”. Une dynamique de création qu’il a expérimentée à Paris, rue des Filles du Calvaire, en mai dernier pour sa première exposition “Body Echo”. Pour lui, chaque nouveau lieu est l’occasion de questionner sa pratique de curator dans sa relation à l’espace et aux artistes.

Deuxième et temporaire adresse au fond de l’East London cette fois, pour l’exposition “Whithout Nature”, sur la nature sans la nature en co-commissariat avec Camille Houzé. 

10 artistes de la jeune et moins jeune création internationale s’emparent du sujet et en soulèvent autant de questions. Comment se représente-t-on la nature de nos jours à travers nos écrans et nos technologies ? Comment l’utilisation des outils digitaux par les artistes a modifié la perception du paysage ? La nature une fois dématérialisée, est-elle toujours nature ? Still Life ou Nature morte ? 

A l’heure où l’actualité nous questionne sur son devenir, la nature survivra-t-elle seulement dans notre Cloud ? Seule certitude, les oeuvres présentées ici, elles, sont éternelles.

 

 

Without Nature
Avec Aram Bartholl, Julius von Bismarck, Hugo Cantegrel, Petra Cortright, Chris Dorland, Rachel de Joode, Mathieu Merlet Briand, Eva Papamargariti, Nicolas Sassoon & Rick Silva

28 Septembre – 7 Octobre 2018
Adresse: 458-460 HACKNEY ROAD, E2 9EG, LONDON
nicoletticontemporary.com

 

Hugo Cantegrel © Nicoletti Contemporary
Hugo Cantegrel © Nicoletti Contemporary

 

Mathieu Merlet Briand, #Flower, 2018 Mathieu Merlet Briand, #Tree-Leaf, 2018 Julius von Bismarck, Apocalypsoid, 2018 © Nicoletti Contemporary
Mathieu Merlet Briand, #Flower, 2018
Mathieu Merlet Briand, #Tree-Leaf, 2018
Julius von Bismarck, Apocalypsoid, 2018 © Nicoletti Contemporary

 

 

Texte Anne Bourrassé © 2018 Point contemporain

 

Visuel de présentation : Installation view Elmgreen & Dragset ©  Anne Bourrassé

 

 

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