Call (809) 610 – Wait à la Galerie Untilthen

Call (809) 610 – Wait à la Galerie Untilthen

C’est une entreprise qui dépasse le cadre d’une exposition, c’est une performance aux implications métaphysiques. Call (809) 610 – Wait présenté à la galerie untilthen par David Brognon et Stéphanie Rollin prend la forme d’une attente et traite avec beaucoup de justesse de la perception du temps dans une société laïque et capitaliste.

Le temps, simple affaire d’argent ?

Trop pressé pour faire la queue ? Robert Samuel a crée Same ole line dudes en 2007 pour rendre service aux new-yorkais. Un numéro de téléphone pour tous les besoins, d’une place de concert à une paire de sneakers et des tarifs fixes qui mettent un prix sur l’attente. L’entreprise compte aujourd’hui une trentaine d’employés et continue sa croissance. Dans une économie libérale où le temps mort est tabou, les initiatives se multiplient pour gagner des minutes et monétiser des services. Paradoxalement, alors que la vie, fractionnée en heures ou minutes, est devenue une valeur marchande presque comme les autres et que la maîtrise de l’agenda est devenue une obsession moderne, choisir la date de sa mort est problématique. Le travail du duo Brognon-Rollin touche aux limites qu’elles soient géographiques, politiques ou même ici existentielle. L’euthanasie fait régulièrement débat en France, comme encore récemment lors des Etats Généraux de la Bioéthique, quand elle est autorisée et accompagnée en Belgique. Le patient dispose d’un mois entre la décision et l’acte pendant lequel il peut se rétracter à tout moment. C’est donc par un parallèle, en demandant au businessman de venir attendre dans un espace d’exposition la mort d’un ou une inconnue que les artistes abordent le problème.  Pourquoi envisageons-nous plus facilement de louer le temps de vie de quelqu’un que la possibilité pour un autre de choisir sa mort ? 

Des horizons d’attente

Au sous-sol de la galerie untilthen ou encore dans l’église Saint Savinien de Melle où l’œuvre a été activée pour la première fois un homme est assis sur une chaise. Rien de moins spectaculaire, il poursuit ses activités, prend des commandes, gère son équipe à distance et s’inquiète du wifi. On aurait presque peur de déranger, entouré par ses cartes de visite, le businessman du Petit Prince. La nuit tombée, son relais reste assis, tourné vers la lucarne où il entame parfois la conversation avec les passants. L’attente est productive, elle génère un revenu et n’exclut pas d’une manière ou d’une autre la possibilité de s’occuper. Certains visiteurs ont pris l’habitude de passer tous les jours, surtout à Melle où s’était créé une véritable communauté autour de la biennale d’art contemporain. Cette veille, cette attention portée à ceux qui vont mourir, participe à un travail collectif auquel chacun est appelé à prendre sa part. On pourrait parler d’un deuil par anticipation, il s’agit en vérité d’un apprivoisement de la mort, de l’idée de la mort. Le visiteur ne sait rien de la personne qui est de l’autre côté, ni son âge, ni son nom, ni son sexe : un être humain défini par un choix, un acte. Les artistes ne cherchent pas à jouer de l’affect, ce qui aurait quelque chose d’indécent, mais en des termes presque cliniques se saisissent d’un tabou. Quand l’homme se lève enfin de son attente, son simple geste prend une ampleur exceptionnelle, le chemin vers la sortie et la lumière se fait presque cathartique.

Lignes de fuite

Robert Samuel s’est relevé de son attente à la galerie untithen le 24 septembre à 12h laissant derrière lui une chaise vide tout aussi éloquente. Elle fait écho à d’autres propositions du duo, une horloge dont l’aiguille s’arrête quand on la regarde dans l’église, un temps prison, de Saint Savinien ou des petits panneaux recouvert d’une marqueterie de paille dans la galerie. L’exposition s’apparente à un parcours initiatiques dont les objets ne sont que les supports. La marqueterie de paille relève d’un travail de patience laissé autrefois aux prisonniers et aux religieuses : elle est dépositaire d’une attention et d’un temps de concentration. Les salles d’attentes reproduites par une artisanne qui poursuit aujourd’hui cette technique sont étrangement familière, d’une banalité presque confondante. Elles nous rappelle que peuplées de petites attentes nos vies peuvent se résumer en une seule attente qui est celle de la mort. Le banc de la galerie, son parquet même et les lignes du bois prennent un autre sens : une introduction aux airs de vanité. Il n’y a rien de triste au départ du performeur ou du patient, ce sont des faits qui nous rappellent à notre condition humaine. Le temps dont nous disposons est limité et la plupart du temps pour en fuir la responsabilité nous cédons au divertissement au sens pascalien du terme. La proposition tout en retenue appelle à la méditation ; la mort n’est plus repoussé dans une case clinique mais est un phénomène qui nous révèlent à nous même et à nos actes. Sans plus de possibilité de fuite.

Texte Henri Guette © 2018 Point contemporain

 

Infos pratiques

Call (809) 610 – Wait
David Brognon et Stéphanie Rollin

Du 8 septembre au 6 octobre 2018 à la Galerie Untilthen
41 Boulevard de Magenta, 75010 Paris

http://untilthen.fr

 

Call (809) 610 - Wait David Brognon et Stéphanie Rollin Du 8 septembre au 6 octobre 2018 à la Galerie Untilthen
Call (809) 610 – Wait
David Brognon et Stéphanie Rollin
Du 8 septembre au 6 octobre 2018 à la Galerie Untilthen

 

Call (809) 610 - Wait David Brognon et Stéphanie Rollin Du 8 septembre au 6 octobre 2018 à la Galerie Untilthen
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David Brognon et Stéphanie Rollin
Du 8 septembre au 6 octobre 2018 à la Galerie Untilthen

 

Call (809) 610 - Wait David Brognon et Stéphanie Rollin
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David Brognon et Stéphanie Rollin
Du 8 septembre au 6 octobre 2018 à la Galerie Untilthen

 

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David Brognon et Stéphanie Rollin
Du 8 septembre au 6 octobre 2018 à la Galerie Untilthen

 

 

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