Ana Tamayo, Antlia

Ana Tamayo, Antlia

Ana Tamayo, Antlia ou la machine pneumatique, photomontage, 2017

EN DIRECT / Antlia, exposition d’Ana Tamayo : transformations des images pour un arrêt, regard sur notre monde à L’éprouvette, micro centre d’art, jusqu’au 19 novembre 2019
par Pauline Lisowski

Ana Tamayo observe notre manière de considérer la nature et notre rapport à l’habitat. Originaire de Colombie, elle interroge l’écart entre le lien direct avec la terre en son pays et le rythme de flux en ville. A partir des images, elle crée des œuvres qui nous invitent à nous poser des questions sur la perception du monde, de nos gestes et de ce qui nous faisons mais qu’on ne perçoit plus.

A l’éprouvette, micro centre d’art, elle présente trois œuvres qui créent des connexions entre elles et invitent à des allers-retours du regard. Un grand photomontage Antlia ou la machine pneumatique présente à première vue une carte du ciel, une constellation qui inspire à plonger dans un ailleurs des plus lointains. En se rapprochant, nous découvrons que ces étoiles sont en réalité des objets, un ensemble qui traduit la société de consommation. Antlia, signifiant pompe en latin, renvoie à une constellation initialement baptisée machine pneumatique, en hommage à l’invention de Denis Papin. 

Lors de ses déambulations urbaines, Ana Tamayo fut captivée par la multitude d’objets dans les rues. Elle les prend en photo et constitue une archive de ces traces de présences, témoignage d’un état du monde.

« Je peux passer longtemps sur une image. Je fais de la photographie lente. Cela comporte plusieurs couches temporelles. C’est un traitement pictural où l’expérience du corps (que cela se voit ou pas, je pense à une action performative) est très présente. Jusqu’ici faisant un recul sur mon travail, quand je me confronte à l’image je fais un travail de semence long. Il se traduit par la recherche in situ, ce travail de terrain prend toujours un temps nécessaire. Ensuite je réalise un archivage et une étude des images qui s’écoule doucement dans un aller-retour d’observation, perception et recherche sur l’archive. Ensuite une iconographie ressort comme une synthèse du terrain, pour ensuite passer à la mise en espace où le travail d’installation, sculpture, transgression des lignes d’exposition y est fait. Je cherche à activer la scène par des performances et des actions. » explique-t-elle.
En cette image de ciel, ces d’objets se seraient évaporés ou se seraient transformés en une nouvelle matière. Cette évaporation renvoie à un matériel de construction d’une image, d’une idée.

Un ensemble d’avions de papier réalisés à partir de ces mêmes images compose des structures pendantes, potentiels éléments qui participeraient d’une architecture. Un aspect ludique émane de cette œuvre. Cumul convoque le geste d’une construction simple, un double sens du pli vers l’action du déplacement comme dans une dialectique. Vaisseo O constitué également d’images suggère ce voyage vers l’univers. Ce véhicule suggère une machine à transporter et à conduire vers le vide.

La photographie devient ici matière, module pour des propositions qui naissent en fonction des lieux. Ana Tamayo affirme avoir voulu créer un « arrêt sur la production et la diffusion d’images ». Ses œuvres évoquent notre rapport aux objets, à leur surproduction et à une consommation qui colonise notre habitat. L’artiste précise ainsi : « parfois les personnes peuvent passer rapidement sur les images sans se rendre compte des couches temporelles qu’elles impliquent. C’est une affaire de perception, seulement les plus curieux pourront les apprécier, rêver et philosopher autour d’elles. Ce n’est pas pareil vu de loin que de près, ce n’est pas pareil vu sur le web qu’en lieux d’exposition physique. C’est aussi différemment de gauche de droite ou à l’inverse du décor. C’est aussi cette multiplication de points de vue que peut porter la photographie et que je rends visible à travers de plusieurs formes. »

Son exposition condense plusieurs états de l’image, de la prise de vue d’un objet observé, à son pli, à sa réduction puis à sa transposition comme matériau de construction. Pour Ana Tamayo, « Il s’agit de déconstruire pour se construire et se reconstruire avec sensibilité, humanisme, éco-sophisme, conscience, mémoire et esthétique ». L’artiste nous incite à prendre le temps de regarder pour saisir ce que cache cette quantité d’images d’objets, un trop plein qui implique désormais un besoin de ralentir et de prêter attention aux petits êtres et à la nature, en bouleversement. 

Pauline Lisowski

Exposition personnelle Antlia d’Ana Tamayo à L’éprouvette Micro Centre d’Art jusqu’au 19 novembre 2019.
Cumul, papier impression offset A4, in situ, 2019
Exposition personnelle Antlia d’Ana Tamayo
à L’éprouvette Micro Centre d’Art jusqu’au 19 novembre 2019
Photo Ana Tamayo
Exposition personnelle Antlia d’Ana Tamayo à L’éprouvette Micro Centre d’Art jusqu’au 19 novembre 2019.
Vaisseo O, installation, bois, papier impression offset, 2017
Exposition personnelle Antlia d’Ana Tamayo
à L’éprouvette Micro Centre d’Art jusqu’au 19 novembre 2019
Photo Ana Tamayo
Exposition personnelle Antlia d’Ana Tamayo à L’éprouvette Micro Centre d’Art jusqu’au 19 novembre 2019.
Vaisseo O, installation, bois, papier impression offset, 2017
Exposition personnelle Antlia d’Ana Tamayo
à L’éprouvette Micro Centre d’Art jusqu’au 19 novembre 2019
Photo Ana Tamayo
ANA TAMAYO – ANTLIA – 04/10 AU 19/11 – L’ÉPROUVETTE MICRO CENTRE D’ART, PARIS  Exposition personnelle Antlia d’Ana Tamayo à L’éprouvette Micro Centre d’Art jusqu’au 19 novembre 2019.

ANA TAMAYO – ANTLIA – 04/10 AU 19/11 – L’ÉPROUVETTE MICRO CENTRE D’ART, PARIS
Exposition personnelle Antlia d’Ana Tamayo à L’éprouvette Micro Centre d’Art jusqu’au 19 novembre 2019.