“L’hyperrockalisme” d’Élodie Lesourd

“L’hyperrockalisme” d’Élodie Lesourd

Vue de l’installation “Lambda Pictoris”, Élodie Lesourd, FRAC Normandie Rouen ©  Marc Domage

 

Un sentiment de lendemain de soirée nous assaille. Une atmosphère de temps mort pèse dans la pièce. La lumière rouge du backstage, les bières qui jonchent le sol, la fin du concert qui aurait dérapé. Des instruments laissés à l’abandon sont baignés dans des couleurs saturées. Les scènes de concerts figées dans la peinture se regardent et s’écoutent. Le black metal s’immisce dans nos tympans. Ici, la peinture résonne, elle renvoie ses propres fréquences.

Cela faisait longtemps que les cimaises du Fonds régional d’art contemporain de Rouen n’avait pas été confiées à une artiste peintre. “Lambda Pictoris” est une exposition carte blanche monographique à Élodie Lesourd. Née en 1978, diplômée de l’école des Beaux-Arts de Lyon et de Nantes, elle expose ici dans un projet rétrospectif dix ans de pratique artistique. Ses oeuvres sont entrées dans de nombreuses collections dont celles du Fonds régional d’art contemporain d’Ile de France et du Poitou-Charente, mais également dans des collections privées comme la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain. En 2018, elle expose à Shanghai (A beautiful Elsewhere, Power Station of Art), Bruxelles (Le rouge et le noir (Feros #3, Galerie Hypercorps), Toulouse (EmeritA, Lieu-Commun) avant d’accrocher ses oeuvres à Rouen. Entre les murs du FRAC, elle compose une conversation chromatique et conceptuelle entre ses peintures et la scénographie.

 

Élodie Lesourd, And I Knew The Silence Of The World, 2014, (courtesy M.Benson), acrylique sur MDF, 69,1x 89,5 cm, courtesy de l’artiste
Élodie Lesourd, And I Knew The Silence Of The World, 2014, (courtesy M.Benson), acrylique sur MDF, 69,1x 89,5 cm, courtesy de l’artiste

 

Elodie Lesourd traduit sa passion de la musique dans ses oeuvres. Elle en a fait son concept “L’hyperrockalisme”, néologisme construit à partir de deux termes – l’hyperréalisme – qui définit sa peinture – et le rock – son principal sujet d’inspiration. Musicienne depuis l’adolescence, c’est ses expériences en salle et sur scène qui lui ont donné le vocabulaire de sensations qu’elle traduit dans ses oeuvres. Le black metal, dit-elle, à beaucoup de points communs avec l’art contemporain. Il est tout aussi extrême. L’esprit du punk c’est le “do-it-yourself”, un motto qu’elle met en oeuvre dans sa création plastique. 

 

Élodie Lesourd, Sunbather, 2013, (courtesy AkillsB), acrylique sur MDF, 235 x 351 cm, quadriptyque, courtesy de l’artiste, collection MAC/VAL, Vitry sur Seine, France.
Élodie Lesourd, Sunbather, 2013, (courtesy AkillsB), acrylique sur MDF, 235 x 351 cm, quadriptyque, courtesy de l’artiste, collection MAC/VAL, Vitry sur Seine, France.

 

Le processus de création opère en trois temps. Élodie sélectionne des photographies d’installations artistiques dans le champ de la musique parmi des magazines et papiers imprimés et qu’elle choisies pour leur intérêt pictural. Ensuite, elle demande les droits de reproduction aux artistes dont le nom figurera dans le titre de ses oeuvres. Puis elle retranscrit la photographie en peinture à main levée, sans l’aide de quelconque machine. Véritable mise en abîme où la peinture rejoue la photographie originelle, l’artiste s’approprie la scène. En imitant la photographie par la peinture, c’est toute une histoire de l’art qui se renverse. Si l’invention de la photographie a contribué au renouvellement de la peinture, ici c’est la peinture qui renouvelle la photographie. Avec son pinceau, elle donne vie par une précise imprécision et rend visible la sensation. Les touches d’acrylique remplacent les pixels pour proposer une nouvelle matérialité. L’archive ainsi exposée se remet à jour.

 

Vue de l’installation “Lambda Pictoris”, Élodie Lesourd, FRAC Normandie Rouen © Marc Domage
Vue de l’installation “Lambda Pictoris”, Élodie Lesourd, FRAC Normandie Rouen © Marc Domage

 

Chaque peinture, dessin, installation fait écho à un chanteur, un groupe, un musicien. La playlist est dense. Les références musicales : Kurt Cobain, David Bowie, Black Sabbath rencontrent les références picturales : Claude Lévêque, Pierre Belouin, Sue de Beer. Des totems érigés en peintures aux noms des icônes du rock ont remplacé les posters de la chambre d’adolescente. Toute forme humaine a déserté les oeuvres hormis des évocations parmi les pochettes d’albums et des noms disséminés dans des logos. Seuls les instrument sont présents, témoins du concert vécu. Portraiturés par Élodie Lesourd, ils habitent les oeuvres et l’exposition. Corps vivants, vibrants, sonores, les instruments sont les protagonistes d’un concert infini qui se joue au FRAC Rouen jusqu’au 5 mai 2019. 

Texte Anne Bourrassé © Point contemporain 2019

 

 

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