[EN DIRECT] Orsten Groom, ODRADEK, Espace 24Beaubourg

[EN DIRECT] Orsten Groom, ODRADEK, Espace 24Beaubourg

ODRADEK, sous le commissariat de Paul Ardenne, est la quatrième exposition solo en deux ans d’Orsten Groom, le nom d’artiste de Simon Leibovitz-Grźeszczak.

Une exposition qui atteste que l’artiste est en train de sortir de la scène alternative comme les expositions et projets à venir et l’intérêt des collectionneurs et des médias en témoignent. Cette exposition au 24 rue Beaubourg constitue donc l’occasion de voir ses œuvres rassemblées dans un endroit suffisamment grand pour qu’elles puissent se déployer (Orsten Groom fait principalement des grands et moyens formats) et s’offrir à notre regard.

Préparez-vous en effet à en prendre plein la vue et à devoir rester longtemps devant les œuvres. A première vue, la peinture d’Orsten Groom parait hermétique (au sens propre et figuré) : aucun espace libre, impression de saturation, de fouillis ou plutôt de  » fatras  » comme dit l’artiste.

Il faut un certain temps pour voir émerger des motifs, des images, du sens de cette peinture faussement fouillis, qui masque pour mieux révéler. Elle s’amuse à nous perdre dans un dédale, dans des digressions mais elle a toujours quelque chose à montrer, à dire, à révéler, pour peu qu’on soit réceptif ou tout simplement curieux.

De multiples sens cachés à l’intérieur de la toile qui joue avec le sens et nos sens : voici une récession possible des œuvres d’Orsten Groom, nous disons bien possible car c’est à vous, spectateur, d’ouvrir les yeux (et la boite de Pandore ?) afin d’accéder en fonction de vos propres référents – conscients ou inconscients- à ce langage pictural particulier qu’on pourrait qualifier également d’ubuesque.

Pour vous y aider pourquoi ne pas regarder du côté des sciences du langage ? Car la peinture d’Orsten Groom, est, selon nous, à rapprocher de la linguistique. Nous avons même envie de qualifier sa peinture d’écrin à synesthésies, même si elle n’est pas uniquement cela. A noter que ce terme n’a pas été choisi pour placer un mot savant et prétentieux. Nous nous en expliquons : cette réflexion est née du protocole artistique d’Orsten Groom tel qu’il nous l’a dévoilé.

Lorsqu’il peint, c’est un soldat qui obéit uniquement à ce que la toile demande. Ici nul combat, nulle théorisation, pas d’acte prémédité. Le tableau demande, ordonne, guide le peintre qui « simplement » exécute.

Cela peut sembler mystique ou encore une fois hermétique pourtant c’est aussi simple que le langage : il s’agit de la rencontre, de la collision et de la fusion de deux systèmes de sens, de signes (ceux intrinsèques au tableau et celui appartenant à l’artiste).

En superposant une autre « couche », on se rend compte également qu’Orsten Groom crée une peinture qui travaille sur la rupture du lien sémantique et pictural. Chaque tableau contient en lui-même plusieurs exercices de style et est, en lui-même un discours pictural. A la façon du langage, la toile est composée de petites unités de sens qui composent des « phrases » et des « messages ». Impossible de se lasser devant ses peintures : il y a toujours de nouvelles synesthésies qui se révèlent.

Chaque élément du tableau existe de façon indépendante et participe pourtant à l’ensemble de la toile. Il faut du temps, observer la toile pour voir émerger ces images dans l’image, pour apprécier cette profondeur sémantique. Vincent Mignerot (chercheur indépendant qui porte notamment le Projet Synesthéorie a pour objectif l’étude des synesthésies et de leurs apports historiques et actuels dans l’art, la philosophie et la science) définit ainsi le concept de synesthésie : « lorsque le travail commun des différentes modalités d’intégration et d’interprétation du réel se montre à la conscience. ». Il nous a paru que cela pouvait s’appliquer au langage pictural d’Orsten Groom.

De sa jeunesse, le peintre n’a plus aucun souvenir. A la réflexion, ce n’est pas plus mal. Après tout il a gagné au change : il s’est ouvert une nouvelle porte de la perception, les synesthésies étant considérées comme des connexions entre le monde matériel et le monde spirituel, peu importe qu’elles soient le fruit d’un choc électrique, elles participent à ce langage pictural particulier.

Mais il serait réducteur de tout expliquer sous l’angle de la synesthésie et de correspondances.

On ressent aussi la notion de khaïros dans les œuvres : le peintre ne sait jamais quand les toiles seront finies. Il ressent l’instant où il doit faire les gestes nécessaires à la conception. Le tableau est autonome dès le début, il contient et transmet son propre sens et le peintre n’est que l’instrument, celui qui tient le pinceau. Une telle démarche, humble, est à rapprocher de la piété religieuse, d’une dévotion artistique qui escamote l’égo pour laisser la peinture s’exprimer.

Autre interrogation qui nous renvoie à Aristote : on songe à cette histoire du tableau vivant qui dit quoi faire, quand, comment (nous disons tableau vivant dans le sens où si l’on admet que le tableau envoie des messages et soit doté d’une vie propre il s’agit bien d’un organisme vivant). Comme nous l’avons vu plus haut, le tout du tableau est également formé par les détails qui le composent. Or, pour Aristote les corps vivants sont des totalités inanalysables qui ne s’expliquent pas par un assemblage de parties. Ce qui ordonne ces parties n’est pas nécessairement la causalité mais plutôt la forme, qui organise et conserve l’être vivant, en l’occurrence, ici, les tableaux d’Orsten Groom.

De notre point de vue, Orsten Groom a donc un langage pictural riche, dense, extrêmement créatif qui ne se révèle qu’à ceux qui regarde. Ses œuvres sont à déchiffrer, sauvages et denses comme leur auteur un peintre boulimique de cultures, de livres, d’expériences : musique, cinéma, littérature, ce touche à tout a été primé à de multiples reprises, notamment pour son film BOBOK a obtenu le prix du jury au festival Côté-Court en 2011.

Venez donc jouer avec lui à l’espace Beaubourg, venez découvrir l’exposition ODRADEK (une référence à Kafka et à sa nouvelle « Le souci du père de famille » : tiens encore une correspondance…)

Fidèle à lui-même, il a intégré à son exposition conférences-entretiens (Paul Ardenne, commissaire de l’expo; le poète et traducteur de russe André Markowicz, avec qui Orsten Groom dévoilera le mois prochain un cycle de tableaux pour son prochain recueil; le peintre Vincent Corpet), et concert de rock (voir plus bas calendrier)

Tout ce que vous risquez c’est d’être agréablement surpris et de regarder les choses différemment.

Texte Nathalie Morgado pour Point contemporain © 2017

 

Infos pratiques
ODRADEK, exposition personnelle d’Orsten Groom
Du 19 avril au 02 mai 2017
Tous les jours de 10h à 19h et sur rendez-vous

Espace 24Beaubourg
24 rue Beaubourg, 75003 Paris

simonleibovitz@yahoo.fr
orstengroom.com

Calendrier des événements :

Mardi 25 Avril :
Rencontre avec Paul Ardenne (commissaire, critique, historien d’art)
Vendredi 28 Avril :
Rencontre avec André Markowicz (traducteur, auteur)
Samedi 29 Avril :
Rencontre avec Vincent Corpet (artiste)
Et pour le 1er Mai :

Concert du groupe Arlt (Eloise Decazes et Sing Sing)

Finissage le 2 mai en présence de Paul Ardenne

 

HAMELINERS, ORSTEN GROOM
Hamliners, huile sur toile

 

JADPLATZ, ORSTEN GROOM
Jadplatz, huile sur toile

 

BOTSCHAFT, ORSTEN GROOM
Botschaft, huile sur toile

 

ANASTAZARE, ORSTEN GROOM
Anastazare, huile sur toile

 

Orsten Groom, Tentor kriegelkrakel
Tentor kriegelkrakel, Huile sur toile.

 

Orsten Groom, Pan Fallopian Neglect
Pan Fallopian Neglect, huile sur toile.

 

Orsten Groom , Nachsprechen
Nachsprechen, huile sur toile.

 

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