Floryan Varennes, Alter-Héraut

Floryan Varennes, Alter-Héraut

Textura Féodale

Floryan Varennes s’imprègne de l’imaginaire médiéval et de l’idéal chevaleresque empreint d’un certain romantisme occidental qui se nourrit de la survivance d’une féodalité tardive et de l’univers psychologique baignant l’Europe au Moyen Age. Ce phénomène de superposition entre passé et contemporain est présent dans toute civilisation, ces rémanences du passé, ces vestiges sont le germe de développement futur.

Son œuvre constitue un espace fictionnel engendré par les idéaux véhiculés dans la société médiévale à travers un corpus qui évolue entre les arts d’aimer et de guerroyer. L’artiste distille dans une panoplie d’objets et de parures, un désir sous-tendu lié à la mort qui prend racine dans les mœurs et coutumes de la culture courtoise. L’exposition Alter-Héraut est sa première monographie constituant un parcours scénographique. Elle démontre une volonté architecturale de bâtir un ensemble cohérent qui s’articule avec des lignes de forces, des compositions qui reprennent des formes connues et référencées : composition en losange, étendards en pointe, espaces cloisonnés, meurtrières photographiques et retable en caissons lumineux composent un univers qui s’auto-génère à partir de symboles et de figures archétypales revisités.

Le choix et l’utilisation du langage militaire dans l’espace scénographique se singularise par des termes spécifiques en lettres gothiques qui peuvent être le sésame d’entrée de ses œuvres ou qui peuvent être perçues comme des incantations totalement énigmatiques au regard de ces mots barbares et obsolètes, Castramétation comme Poliorcétique, tous deux relatifs à l’art et la technique du siège militaire. Dès le début du 13ème siècle, les lettres gothiques ont pris comme dans le domaine de l’architecture, la tendance de l’époque vers la ligne verticale, l’ogive remplaçant le plein cintre roman. Utilisés pour les textes officiels, les caractères gothiques se développent en longues et minces lettres noires, tracées avec soin. L’ensemble rappelle la trame d’un tissu et prend très justement le nom de textura.

Son travail appelle un jeu d’échelle de sens, la texture du tissu velours, la brillance des perles, le pailleté des lettres gothiques, l’artiste compose un univers particulier où la texture, la fibre, le poinçon riveté sont constitutifs de son expression artistique. Son travail génère l’idée de transformation, de déplacement des matériaux avec une portée de révélation. On pense à l’héritage de l’époque médiévale, celui de l’alchimie, considéré dès le XIVe siècle comme un art qui à partir de la matière transmue l’être humain. Comme le résume un alchimiste de la fin du XIVe siècle le carme Sedacer, l’alchimie « montre les choses cachées ».

Le thème des ruines peut formuler avec élégance la déploration d’un temps qui échappe au pouvoir de l’homme et qui ne laisse que des vestiges mutilés ; il glorifie la grandeur passée et renvoie, dans un même temps, à la dégradation des choses humaines. Chez Floryan Varennes, il s’agit aussi de corps fragmentés, ce sont des évocations de l’absence de chair, une désincarnation qui prend corps dans le vêtement détourné, parures guerrières, manchons, guêtres précieuses piquées de mille petites épingles. C’est avec Mythopoeia, un attirail guerrier exposé dans un langage archéologique et chirurgical, sur table opératoire, qui permet d’identifier chaque élément comme une découpe partielle sans corps. Véritable panoplie de noir et de mordoré armée d’aiguilles, dans un simulacre de relique belle et belliqueuse.

Ce sont autant de signes, de cols parures posés au sol, de cols ouverts ou semi-ouverts trônant au mur qui se côtoient ou qui se confrontent, en opposition de formes ou de teintes, noir et blanc, duel de formes, contrastes, mixité et absence de genre, réinterrogent notre regard sur l’identité et le statut prêté à chacun dans la représentation publique de la société.

Il convoque un parallélisme des formes dans le choix de ses thèmes : L’amour courtois traduit chez Floryan Varennes, une volonté de raffinement et l’importance du rôle d’un idéal créateur de belles apparences. « Donner un style à l’amour », telle est, selon J. Huizinga, l’aspiration suprême de la société médiévale « C’est une nécessité sociale, un besoin d’autant plus impérieux que les mœurs sont plus féroces. Il faut élever l’amour à la hauteur d’un rite, la violence débordante de la passion l’exige. A moins que les émotions ne se laissent encadrer dans des formes et des règles, c’est la barbarie.Le formalisme militaire revêt à cette époque une valeur d’absolu religieux elle s’étend à tous les domaines où le style et la forme sont essentiel : les cérémonies, l’étiquette, les tournois, et l’amour ».

La lance de verre Fin’Amor, dernière production de l’artiste, avec le soutien du CIAV, renvoie à l’iconographie du tournoi et des joutes médiévales, espace sacralisé de règles courtoises du combat. Cette pièce unique en verre concentre ornement et représentation scénique, suspendue dans une diagonale de premier plan. Le verre est un matériau précieux synonyme de luxe au Moyen Age, il renvoie la lumière et prend ici une dimension de pureté qui sert l’idéal chevaleresque. Fin’ Amor devient l’emblème de la salle des armes avec en arrière plan Discipline, une pièce d’armure en orthèse, qui évoque le plastron avec ses attaches et ses lanières. Cette composition raffinée, qui conjugue, la matière du tissu piqué de rivets et le translucide du verre, de l’aplat et de la forme pénétrante, relève de l’orfèvrerie présentée dans un espace sacralisé et défendu derrière un rideau de lanières transparentes que l’on trouve communément dans les abattoirs.

La subtilité de son œuvre se perçoit dans l’ingéniosité du détournement des matériaux et des formes réemployées. Ne seraient ce que les seringues médicales qui déploient une trame sur une tapisserie de foulard en soie, les minerves devenues parure virginale. Conjugué le vulgaire et le raffiné, cette inventivité formelle s’extrait de toute convention contemporaine, chaque perle, chaque couture répond à un temps de confection. Il ne produit pas de sculptures ou des installations, il confectionne des pièces, hors du temps, des parures raffinées, il imagine des muralités composites.

Cet Alter-héraut, ce héraut d’armes est dans une transmission référencée certes mais ouverte sur des domaines aussi variés que le médical, le vestimentaire ou l’instrument de guerre, guidée par une représentation honorifique et cérémoniale. Cette hybridation des formes interroge notre posture dans l’espace social et notre relative autonomie quant aux archétypes culturels hérités et toujours vivaces dans l’Europe occidentale.

Texte Catherine Soria, Directrice artistique du Centre d’art contemporain intercommunal Istres © 2018

Visuel de présentation : Floryan Varennes, Poliorcétique / Castramétation – 2018. Dessin typographique à papier pailleté, 510 cm x 80 cm.

Floryan Varennes, Poliorcétique / Castramétation - 2018 Dessin typographique à papier pailleté. 510 cm x 80 cm
Floryan Varennes, Poliorcétique / Castramétation – 2018
Dessin typographique à papier pailleté. 510 cm x 80 cm
Floryan Varennes, Jouvence - 2018 Minerves médicales, perles de rocailles. 45 cm x 110 cm
Floryan Varennes, Jouvence – 2018
Minerves médicales, perles de rocailles. 45 cm x 110 cm
Floryan Varennes, Jouvence - 2018 Minerves médicales, perles de rocailles. 45 cm x 110 cm
Floryan Varennes, Jouvence – 2018 Minerves médicales, perles de rocailles. 45 cm x 110 cm
Floryan Varennes, Fin’Amor 2018 Lance de joute en verre 270 cm x 40 cm Production Centre International de l’Art Verrier - Meisenthal
Floryan Varennes, Fin’Amor 2018
Lance de joute en verre 270 cm x 40 cm
Production Centre International de l’Art Verrier – Meisenthal

 

Floryan Varennes, Fin’Amor 2018 Lance de joute en verre 270 cm x 40 cm Production Centre International de l’Art Verrier - Meisenthal
Floryan Varennes, Fin’Amor 2018
Lance de joute en verre 270 cm x 40 cm
Production Centre International de l’Art Verrier – Meisenthal

 

Floryan Varennes, Fin’Amor 2018 Lance de joute en verre 270 cm x 40 cm Production Centre International de l’Art Verrier - Meisenthal
Floryan Varennes, Fin’Amor 2018
Lance de joute en verre 270 cm x 40 cm
Production Centre International de l’Art Verrier – Meisenthal
Floryan Varennes, Fin’Amor 2018 Lance de joute en verre 270 cm x 40 cm Production Centre International de l’Art Verrier - Meisenthal
Floryan Varennes, Fin’Amor 2018
Lance de joute en verre 270 cm x 40 cm
Production Centre International de l’Art Verrier – Meisenthal

 

Floryan Varennes, Fin’Amor 2018 Lance de joute en verre 270 cm x 40 cm Production Centre International de l’Art Verrier - Meisenthal
Floryan Varennes, Fin’Amor 2018
Lance de joute en verre 270 cm x 40 cm
Production Centre International de l’Art Verrier – Meisenthal

 

Floryan Varennes, Mythopoeïa 2016-2018 Techniques mixtes – Dimensions variables
Floryan Varennes, Mythopoeïa 2016-2018
Techniques mixtes – Dimensions variables
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