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Revue d'art contemporain

Alexandre Silberstein – Fitz – Galerie Laurent Mueller

Alexandre Silberstein – Fitz – Galerie Laurent Mueller

En direct de l’exposition Fitz d’Alexandre Silberstein du 06 avril au 21 mai 2016 au Studio Galerie Laurent Mueller 75 rue des Archives 75003 Paris.

Artiste : Alexandre Silberstein vit et travaille à Paris où il est né en 1989. Il est issu de l’atelier Bustamante de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris dont il a obtenu le DNSAP en 2015 et le prix Nespresso Vidéo en 2014.

Commissariat d’exposition : Matthieu Lelièvre (DIFFRACTION).

Le travail d’Alexandre Silberstein est axé sur la mise en place de récits au caractère initiatique, qu’il partage avec les visiteurs par des installations aux sol d’éléments qui permettent d’en suivre le déroulé : objets divers, photographies de personnages, indications de lieux… Une construction qui rappelle celle des jeux vidéo, ou des livres d’action. Des récits qui, en gardant une forme de synopsis de film, n’enferme pas le spectateur dans une esthétique, mais tout au contraire, lui permet de se projeter dans une histoire en train de s’écrire en y associant son propre imaginaire.

Cette exposition est le troisième tableau d’un triptyque proposé par Matthieu Lelièvre pour le Studio. Comment ce dernier a-t’il connu ton travail ?

Matthieu Lelièvre m’a été présenté par Isabelle Reyé qui est, entre autre, coordinatrice des Amis des Beaux-Arts de Paris. Aimant mon travail, elle a invité Matthieu à découvrir mes productions. J’ai eu l’opportunité de le rencontrer et il m’a proposé d’être le troisième artiste à exposer au studio de la galerie Laurent Müeller après Pauline Lavogez et Clara Saracho de Almeida. La dimension humaine qui est à l’origine du projet est très importante pour moi.

Au commencement de l’aventure, il y a un texte…

J’ai écrit un texte en forme de scénario qui raconte une histoire dans ses grandes lignes et en pose les jalons. Le personnage principal s’appelle Augustus. Il porte dans un sac à dos en fibre de verre différents éléments et offrandes, notamment du lilas et du Lys. Le lilas est le symbole du premier amour et le lys le symbole du deuil. Tout au long de son parcours, Augustus rencontre différents personnages : le passeur, les dormeurs et les lutteurs qui sont une seule et même personne dédoublée.

Alexandre Silberstein, vue de l'exposition Fitz © Cyrille Robin
Alexandre Silberstein, vue de l’exposition Fitz © Cyrille Robin

Une dimension narrative que l’on retrouve dans tes autres productions ?

J’ai produit spécialement cette pièce pour cette exposition. Cette nouvelle proposition est dans la continuité de mon travail avec le souhait de mêler des éléments, des objets avec des contes populaires, des mythes et des rituels, réels ou fictifs, qui me touchent et qui font encore sens aujourd’hui.

On a le sentiment dans cette pièce que cette mythologie éclaire une destinée humaine, propre à chacun de nous…

C’est un sentiment universel que je tente d’exprimer dans ma démarche d’homme et d’artiste. Je viens juste de quitter l’école des Beaux-Arts et il s’agit pour moi d’une nouvelle naissance. Je commence une histoire qui sera le travail de toute une vie. En quittant l’école, il n’y a plus de murs, je poursuis un chemin qui sera fait de rencontres, d’étapes tout comme Augustus mais aussi comme beaucoup d’entre-nous.

Il y a une dimension universelle dans ce récit que l’on pourrait définir comme initiatique…

Fitz signifie « fils de » en ancien français et renvoie à l’homme, au sentiment universel. Nous sommes tous les fils de quelqu’un. La marche d’Augustus pourrait être la marche de n’importe qui. Ces personnages sont aussi des états que nous éprouvons tous à un moment donné de nos vies, comme des bis repetita.

Lors du passage du synopsis à la production et à l’image animée, le regard est dirigé par l’oeil du réalisateur. L’imagination est contrainte. Ici, je propose une histoire en faisant en sorte que chacun puisse créer son environnement.

On retrouve à ce propos une dimension spirituelle par cette ascension permanente d’Augustus…

Augustus entame tout un chemin pour déposer ses offrandes, le lilas et le lys, en haut de la montagne, qui, par sa proximité avec les cieux, donne une dimension spirituelle à son cheminement. La boule de bowling qu’il porte, représente la perfection et la passion comme toute sphère. Mais en n’étant pas percée, elle montre une part d’inaccompli dans sa destinée.

Alexandre Silberstein, vue de l'exposition Fitz © Cyrille Robin
Alexandre Silberstein, vue de l’exposition Fitz © Cyrille Robin

Les personnages incarnent ces rencontres que l’on est amené à faire… Ils caractérisent des états. Peux-tu nous donner un éclairage sur quelques-uns d’entre-eux ?

Le passeur incarne ces personnes qui changent notre futur et qui, quand nous sommes dans une situation délicate, une peine profonde, ou que nous rencontrons des difficultés, ont cette capacité à nous tirer vers le haut. Elles semblent porter une armure face au malheur qui les rend invincibles. En nous faisant passer d’une rive à l’autre, le passeur modifie notre sort et permet à Augustus de poursuivre sa route. Les dormeurs incarnent une forme de repli sur le temps qui passe, comme une dépression. Beaux et peu vêtus, ils sont une invitation à l’oisiveté.
Dans sa quête, Augustus aurait peut-être envie de s’arrêter, de dormir lui aussi, d’entrer dans cet état de sommeil et de ne plus avoir à affronter le présent parce que c’est plus simple de rester assoupi, en bordure du chemin. Cet état nous est commun. Quand un jeune artiste quitte les Beaux-Arts, il est livré à lui-même, il passe par des moments de doute, d’interrogation par rapport à sa propre destinée. La rencontre avec le lutteur marque les combats que nous devront nécessairement livrer pour pouvoir poursuivre notre chemin.

Alexandre Silberstein, vue de l'exposition Fitz © Cyrille Robin
Alexandre Silberstein, vue de l’exposition Fitz © Cyrille Robin

Quel rapport entretien ton travail avec l’image imaginée ou animée ?

Comment intégrer le cinéma et l’image en mouvement dans l’espace de la galerie sans pour autant être dans l’image animée ?

Le synopsis a une importance pour donner une trame à l’histoire. En disposant au sol tous les éléments qui interviennent dans l’histoire qui est en train de s’écrire, l’idée n’est pas de déconstruire le récit, mais d’effectuer un travail comparable à celui d’une pré-production. Dans cette idée de production cinématographique, la sélection des éléments, le choix de personnes, l’idée de casting par l’image, de référencement de matière comme pour les bouteilles ou les différentes parties de l’armure, sont couramment utilisés par les réalisateurs.

Alexandre Silberstein, vue de l'exposition Fitz © Cyrille Robin
Alexandre Silberstein, vue de l’exposition Fitz © Cyrille Robin

La dimension technique sans être évacuée, est réduite a minima…

Je fais des choix graphiques et esthétiques qui soulignent l’histoire sans jamais prendre le dessus. Dans un film au cinéma, on se souvient toujours de l’histoire et non de la dimension technique aussi démesurée qu’elle puisse être. Je suis touché par des histoires qui peuvent être très simples.

Par la mise à disposition d’éléments, par les rencontres, il y a une similitude avec le jeu video…

Je fais partie d’une génération qui a grandi avec les jeux video. Comme dans ces jeux, Augustus revêt différentes tenues en fonction des situations, doit résoudre des énigmes, emmagasine dans son sac des éléments et outils pour se sortir de situations périlleuses : vêtements résistant à l’eau, scotch…

Il y a aussi cette idée d’être dans un autre univers composé d’éléments réels ou virtuels, et même parfois à la frontière entre les deux.

 

Alexandre Silberstein, vue de l'exposition Fitz © Cyrille Robin
Alexandre Silberstein, vue de l’exposition Fitz © Cyrille Robin

Visuels tous droits réservés © Cyrille Robin.

Pour en savoir plus :

asilberstein.com

http://labellegalerie.co

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