[EN DIRECT] Deuxième édition du festival OVNi – Objectif Vidéo à Nice, qui rassemble plus de cent vidéos dans les hôtels et dans la ville.

[EN DIRECT] Deuxième édition du festival OVNi – Objectif Vidéo à Nice, qui rassemble plus de cent vidéos dans les hôtels et dans la ville.

La vidéo est aujourd’hui présente partout, tout le temps : de manière intime et résiduelle sur nos smartphones comme sur les écrans partagés de l’espace public, les restaurants, lieux professionnels, lieux de loisirs, ou encore façades d’immeubles… Nous sommes en permanence sollicités par ces images flottantes et mouvantes, qui sont aussi grandes en nombre que la diversité de leurs formes et discours.
Depuis les prémices du video-art dans les années 60, les artistes vidéastes s’imprègnent quotidiennement des esthétiques caractéristiques des faits et gestes qui circulent et prennent corps dans sociétés. Pourtant, en tant qu’œuvres d’art, ces travaux restent généralement cloisonnés dans les circuits de monstration dédiés.

 

Il capo, Yuri Ancarani. Copyright David sauval
Il capo, Yuri Ancarani. Copyright David sauval

 

En prenant ses quartiers dans des hôtels transposés en espaces d’exposition, le festival OVNi valorise la malléabilité du canal vidéo, qui peut prendre forme dans un panel de dispositifs, du tube cathodique à l’écran LED en passant par une myriade de dispositifs de projections.
Loin de l’espace neutre et sacré du white cube, comparé par le critique et artiste Brian O’Doherty à une véritable église, l’hôtel contextualise les œuvres et les corps des spectateurs. Ces derniers trouvent leur place de manière inédite dans l’espace d’exposition qui est ici originalement dédié à et construit pour l’accueil des corps.
Présenter des œuvres vidéo dans des pièces d’hôtels apparait également comme un hommage au siècle dernier, qui a vu la télévision s’inventer, s’immiscer dans nos quotidiens, brouillant les frontières entre le public et le privé, la foule et l’individualité. La vidéo s’est ensuite extraite de l’unicité de ce medium pour circuler de manière indépendante dans les réseaux immatériels qui signent en partie l’identité de notre contemporanéité.
Les vidéos sélectionnées traversent par ailleurs plusieurs époques, ne s’attachant pas seulement au pan de la création actuelle, mais dressant un corpus vidéo à découvrir au fil d’une déambulation dans l’hôtel, dans les chambres mais aussi dans le couloir, l’accueil, ou encore le hammam.

 

Ton poids sur ma nuque, Frederic Labonde. Copyright Evelyne Creusot
Ton poids sur ma nuque, Frederic Labonde. Copyright Evelyne Creusot

 

Les œuvres ne sont pas posées de manière hasardeuses mais s’immiscent au contraire dans les espaces les plus proches de leurs thématiques et esthétiques éventuelles. C’est ainsi que dans la chambre toute en perles de Coi Jeong Hwa, est placée The Chandelier de Steven Cohen, vidéo dans laquelle l’artiste, habillé d’un étincelant lustre baroque, se balade dans un camps de bidonvilles d’Afrique du Sud en pleine phase de destruction par les autorités ; par son accoutrement, il rend visibles et d’autant plus gênants les contrastes physiques, sociaux et sociétaux. Chambre 666 de Wim Wenders est une suite d’entretiens de différents réalisateurs répondant à la question « quel est l’avenir du cinéma ? ». Ces derniers sont interviewés dans une chambre qui porte la même configuration que la pièce de monstration de cette vidéo, nous renvoyant à nos propres réponses sur la question. L’histoire d’amour futuriste et tout en néon de Samir Ramdani, elle, prend corps dans une pièce blanche apposée de grands mots jaunes « reminded », « needed » (…) et qui s’accomode bien des élans de science-fiction de Styx. Une installation proposée par Le Salon d’Esthétique (duo composé d’Emile Degorce Dumas et Hailys Grenet) avec Vincent Voillat, aborde et questionne les esthétiques de l’esthétique en quelque sorte, par le biais d’un salon de bien être qui prend effectivement place dans la pièce dédiée de l’hôtel : œuvre et espace de monstration se confondent. De même, en entrant, on remarque à peine la vidéo de Maurice Benayoun qui développe, à la manière d’une chaîne d’actualité, une carte du monde des émotions ressenties et prévues dans les deux prochains jours.
Et ainsi de suite…
Hors de l’éventuelle résonnance entre la proposition artistique et la chambre, l’hôtel devient surtout prétexte pour proposer une sélection vidéo impressionnante en quantité comme en qualité, de redécouvertes en découvertes. Parmi celles-ci, on retiendra Scrolling de Litres de David Perreard qui propose ses trucs et astuces à la manière de tutoriels YouTube. L’air de rien, ceux-ci deviennent de véritables tours de magie à peine déguisés au sein d’une histoire qui se dédouble entre la perceptible réalité et l’immatérialité du virtuel.

A quelques rues de l’hôtel Windsor, Marseille Expos investi le Grand Hôtel le Florence. Ici, la sélection vidéo des neuf structures participantes s’agence communément autour des thématiques du voyage à la fois physique et mental, des frontières souvent brouillées. Avec The werewolf’s Road, André Fortino nous entraîne dans un voyage initiatique à la rencontre d’êtres mystiques et intemporels au travers des paysages glacés du Canada hivernal, où les masques soulèvent créatures et coutumes. À quelques chambres de là, Patrick Lefebvre nous convie dans l’intérieur d’un taxi à Yaoundé, capitale du Cameroun. La vidéo Conversation avec trois reines propose l’écoute sans visibilité d’un dialogue à la langue a priori étrangère et incompréhensible, aux rythmes des flots de paroles et des rues de la ville. Au contraire, Le Park est une vidéo silencieuse, filmant en lent travelling les actions immobilisées de bandes de jeunes squatteurs dans un parc forain désaffecté de Casablanca. Cette œuvre de Randa Maroufi renvoie, par les postures et leurs immobilités, aux thèmes guerriers des sculptures et tableaux antiques. Elle renverse la temporalité en ne montrant que l’ellipse, accentuant la froide violence des scènes, ces dernières étant davantage dessinées et imaginées que véritablement filmées. Vice-versa avec le Géodésir de Dominique Castell, où les dessins sont justement mis en mouvement, en parallèle de compositions sonores crées à partir de prélèvements dans le massif de la Sainte-Victoire. C’est également par le medium du dessin animé que Vincent Broquaire met méticuleusement en scène un certain antagonisme nature/culture, l’homme au centre en brisant les équilibres. Inversement, les Sand Plant de Marie Ouazzani et Nicolas Carrier se personnifient et nous suivons leur parcours de la ville jusqu’à la plage, plus précisément de Taïwan jusqu’à Xiamen, ancienne zone militaire chinoise devenue plage de sable fin.
Dualismes, frontières et incertitudes prennent ainsi formes dans les écrans mis en place au Grand Hôtel le Florence. L’hôtel, lieu privilégié des démarcations entre privé et public, fait ici taire ses possibilités de cloisonnement pour devenir, pendant quelque jours, source de questionnements et de rencontres, dans lequel l’art prend d’autant plus sa puissance créative.

Texte Laetitia Toulout pour Point contemporain.

 

Light Motif, Frédéric Bonpapa. Copyright Evelyne Creusot
Light Motif, Frédéric Bonpapa. Copyright Evelyne Creusot

 

Pour en savoir plus sur le festival :
[AGENDA] 29.11→04.12 – OVNi, Objectif Vidéo Nice – Festival d’Art Vidéo – Nice

 

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