kornelios Grammenos [PORTRAIT D’ARTISTE]  

kornelios Grammenos [PORTRAIT D’ARTISTE]  

« L’un des fondements de la création contemporaine est de nous aider à élargir notre conscience. Grâce à l’art, nous réussissons à mieux comprendre les idées, les situations et certainement à cerner le caractère physique et poétique de la matière. » kornelios Grammenos

Peinture, sculpture, installations dans l’espace public, le travail de kornelios Grammenos, riche en mouvements et en couleurs, n’arrête pas de nous surprendre. Des compositions dont le vocabulaire de formes et d’images ne cessent de s’enrichir, qui viennent se matérialiser dans des dispositifs variés et à plus ou moins grande échelle, qui s’imposent à nous.

Son atelier nous frappe par sa sobriété : deux fauteuils, un lit, un bureau et un coin cuisine où sont accrochées quelques œuvres d’amis artistes. Son espace est aussi vide que possible, afin qu’air et lumière puissent y circuler librement. Passionné de rock et de jazz, il aime penser à ces nouveaux projets en écoutant les mélodies de Frank Zappa, Lou Reed et Bob Dylan. Un vrai modus vivendi qui répond au « lifelike art », dont parlait Allan Kaprow.

Kornelios Grammenos est un homme discret, souriant, plein d’énergie, de vitalité, de curiosité. Toujours d’une parfaite franchise, l’authenticité et l’humour caractérisent ses paroles. Les anecdotes qu’il raconte des processus de création où comment s’entremêlent couleurs, symboles, matières, passionnent tout autant que les pièces elle-mêmes.

« C’est seulement en connaissant tes idées et tes matériaux que  tu peux maitriser ton processus créatif et ainsi réussir à transmettre à travers tes créations quelque chose aux autres. »

Les matériaux qu’il privilégie dans ses installations dans les espaces public sont le bois (Knossos, Acrobat, Dog, Good morning) et l’acier, des matériaux qu’il associe et qui sont pour lui « primitifs » car depuis toujours ils ont « existé dans l’histoire de l’art ». Il rejette toute utilisation de matière plastique. Dans sa dernière exposition intitulée Repatriation, il a inauguré des œuvres (Table, Chair) pour lesquelles il a utilisé de la laine, matériau bien connu depuis l’antiquité et largement répandu au sein de la culture antique à travers l’art du tissage que pratiquaient Pénélope, Hélène ou Circé. Le fil de laine, qu’il soit tricoté ou non, est porteur d’une riche symbolique et il est pour l’artiste un lien spirituel.

L’exploration de la matière se mue pour l’artiste en une enquête personnelle intérieure d’autant plus qu’elle engage un travail manuel. Et à la différence de certaines pratiques contemporaines qui basculent définitivement dans le conceptuel, les artistes commanditant la réalisation des pièces, Kornelios Grammenos revendique ce temps de fabrication à l’atelier.

Si la couleur avait quelque peu de son travail depuis les toiles abstraites de ses débuts, elle est au cœur de la série Repatriation, l’artiste affirmant «  Je suis peintre avant tout ». Ses huiles sur toile nous évoquent des univers fantastiques et organiques, sortes de cosmogonie propres à l’artiste. Etalées en de vibrantes couches à l’aide de pinceaux fins, les couleurs incroyablement variées viennent donner du mouvement aux formes. Il ose les alliances les plus inattendues et les plus subtiles aussi. Sa peinture n’a ni premier ni arrière-plan. Elle se lit comme un tout, sans qu’une partie ne s’impose à l’autre.

Pendant les années  80-90, Grammenos a marqué de son sceau les points clés de la ville d’Athènes mais aussi différents endroits à l’étranger. Ses installations sculpturales mettent en évidence les éléments architecturaux des espaces publics. En 1988, il crée le tout premier « Allien » en carton puis étend le projet en installant de façon permanente une série de sculptures d’Aliens en aluminium à Athènes (Place de Dexameni à Kolonaki), à Thessalonique (à l’extérieur du Musée macédonien de l’art contemporain) et à Patras (à l’église anglicane). Le titre Aliens exprime avec humour et non sans auto-sarcasme, comment ses sculptures comme autant d’entités étrangères envahissent les espaces publics.

Kornelios Grammenos a aussi créé des installations publiques en lien avec l’histoire de la ville comme sur le port de Patras. Le projet The sea of lead (La mer de plomb) rappelle le rôle important du port reliant, pendant des siècles, le pays avec le monde occidental. Le projet Strofylia qui a eu lieu dans une célèbre cave de vinification grecque, fait référence à la culture de la Grèce du Sud.

« Par le terme rapatrier, je veux insister sur l’idée de bien voir en nous-mêmes, de penser à ce qui se trouve en nous et ce qui nous inspire, à ce qui est essentiel pour qu’on puisse avancer dans notre vie, à ce qui nous rend plus créatifs et nous fait sentir mieux. »

Qu’ils soient énigmatiques, humoristiques mais aussi spirituels, les titres de ses projets laissent les champs sémantiques ouverts pour les spectateur. Ainsi le titre Repatriation, s’il évoque inéluctablement évoque le rapatriement des Grecs de Pontus, d’Allemagne, d’Australie etc., l’artiste choisit lui de parler d’un retour personnel et intériorisé, voire une rétrospection. Grammenos remarque que « durant les dernières années, un nombre important de mots commençant par –re, comme par exemple re-do, re-make, re-think etc, ont fait l’apparition dans notre langage quotidien. Je ne trouve aucun sens à l’employer partout comme un élément rafraîchissant. »

Le projet Sarmata constitue encore un exemple de l’intérêt particulier porté par l’artiste à la sémantique. Venant du grec ancien « Sarma » fait référence au « beau » mais aussi à la fissure, celle qui a une forme rythmique et nous rappelle, à certains égards, une partition musicale. Le projet présenté en 2007 à l’Institut des Pays-Bas d’Athènes, est composé d’une série de sculptures en bois don les formes géométriques mettent en valeur la beauté des choses et favorisent la compréhension du monde.

Au cours des ses deux dernières grandes séries, Sculpture Emfafica et Repatriation, la poésie des ses œuvres (Piet Mondrian’s horse) s’enrichit avec un traitement caustique de la réalité contemporaine (Gioconda’s smile). L’artiste s’engage par son travail à commenter l’histoire politique récente de la Grèce – mais aussi de l’Europe – et exprime avec sarcasme ses préoccupations sur notre société (Madonna dei Greci, Charlemagne). Indépendant, libre, sans étiquette, Grammenos n’a jamais voulu appartenir à aucun groupe. Aujourd’hui et plus que jamais, il se positionne comme un rebelle qui refuse d’être prisonnier d’un système. Il est déterminé à surprendre encore et encore en ajoutant toujours plus de folie à chacune de ses créations.

Texte Maria Xypolopoulou © 2017 Point contemporain

 

Kornelios Grammenos
Né en 1959 à Patras, Grèce.

Vit et travaille à Athènes.

Diplômé de l’Ecole des Beaux-arts d’Athènes (1977-1980) et de Cologne (1981-1988).

www.korneliosgrammenos.net

 

Aliens, Palazzo Corvaja, Taormina, Sicily, card-board, enamel, 1990.
Aliens, Palazzo Corvaja, Taormina, Sicily, card-board, enamel, 1990.

 

The sea of lead, lead, 1996
The sea of lead, lead, 1996.

 

Sculptura Emfatica - Sailing, cardboard, paper, wood, paint, iron, 2013 (detail)
Sculptura Emfatica – Sailing, cardboard, paper, wood, paint, iron, 2013 (detail)

 

Vue de l'exposition Sculptura Emfatica, 2014.
Vue de l’exposition Sculptura Emfatica, 2014.

 

Eos Sarmata, plywood, neon lights, 2009.
Eos Sarmata, plywood, neon lights, 2009.

 

Untitled, (study for a fresco), oil on grey craft paper mounted on wood, 51X122cm, 1987-2015
Untitled, (study for a fresco), oil on grey craft paper mounted on wood, 51X122cm, 1987-2015

 

Fields, ink on 180gsm Saunders paper mounted on canvas, 121X232cm, 2009
Fields, ink on 180gsm Saunders paper mounted on canvas, 121 x 232cm, 2009.

 

Visuel de présentation : « Kornelios Grammenos setting up the Sculptura Emfatica Show Athens 2014 ». Tous droits réservés Kornelios Grammenos

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