[EN DIRECT] Pascal Navarro, Merveilles du monde, Galerie Territoires partagés, Marseille

[EN DIRECT] Pascal Navarro, Merveilles du monde, Galerie Territoires partagés, Marseille

Si la lutte contre le temps a été une obsession chez de nombreux artistes, elle n’en demeure pas moins une problématique vaste et riche, pouvant prendre des aspects aussi variés que le sont les singularités de chacun.
Liée tantôt à la question du souvenir chez Georges Perec, tantôt à celle du progrès technique chez Jacques Tati, elle est tout de même indissociable de certains termes, comme celui de la perte, ou de l’affect.
Quel intérêt sinon de chercher à résister au temps si celui-ci ne nous privait justement pas de quelques corps, sentiments, institutions ou valeurs qui nous ont été chers ?

Chez Pascal Navarro, cette quête s’est manifestée en observant la décoloration de ses livres dans sa bibliothèque. L’artiste se lance alors en 2011 – à l’instar de René Descartes – dans une « Recherche de la vérité par la lumière naturelle », titre de l’oeuvre qui ancrera son travail dans cette thématique : tous les six mois, et ce pendant trois ans, Navarro ajoutait sur le rebord de sa fenêtre une nouvelle édition de l’ouvrage éponyme du philosophe. Un procédé conduisant in fine à un dégradé linéaire des tranches des livres, décolorées les unes après les autres par le soleil.

Ce travail l’amena à étudier par la suite la résistance à lumière – et donc au temps – des matériaux auxquels il avait recours en tant que plasticien : l’altération des couleurs, le pâlissement des encres sur le papier entrèrent alors en résonance avec une certaine idée de la nostalgie, que ses dessins néguentropiques, viennent contre-carrer, telle une revanche prise sur la vie et sa chronologie linéaire.

En travaillant à partir de feutres de couleurs identiques, mais de qualités différentes, Pascal Navarro s’est mis à construire des monochromes éphémères, une écriture graphique qu’il a développée par la suite en doublant le feutre du tirage numérique afin de parfaire la tromperie : car ces étendues de couleur uniforme, une fois soumises à la lumière, vont progressivement révéler un dessin figuratif précis. En inversant notre rapport au temps, qui, dans les oeuvres de Navarro, révèle plus qu’il n’abime, l’artiste illustre alors quelque part la leçon de Walter Benjamin, pour qui déclin n’est pas disparition.

Car ici le déclin de l’image signe justement l’avènement d’une autre, il convoque un futur. Les oeuvres de Pascal Navarro ne se contentent pas d’inverser la chronologie de la décadence, par elles-même le plasticien devient maitre également de la vitesse à laquelle le temps s’écoule : la source de lumière (naturelle ou artificielle), le choix de conservation ou d’encadrement (sous verre anti UV ou non) vont permettre de figer le dessin, ses couleurs et son histoire à un stade précis de son évolution, entre le monochrome profond ou la figuration claire, avant de les laisser reprendre plus tard peut-être son évolution, pourquoi pas dans dix ans, ou un siècle ?

Lors de son exposition à Territoires Partagés, et comme une nouvelle évolution encore de sa pratique, Pascal Navarro poursuit ses recherches autour de ces notions de conservation et d’altération. Introduisant l’utilisation de caches, l’artiste peut alors rendre compte sur un même dessin à un instant T de l’usure de la couleur par le temps et la lumière.
Sous le commissariat de Stéphane Guglielmet, le travail de l’artiste prend ici une dimension politique, que certains pouvaient déjà entr’apercevoir dans sa série Palmyre.

Les « Merveilles du monde » représentées par l’artiste renvoient en réalité au film Les Carabiniers (1963), de Jean-Luc Godard, dans lequel de pauvres hommes partent à la guerre après qu’on leur ait promis toutes les richesses du monde une fois les hostilités terminées. Des scènes du films ou les bâtiments grandioses qui y sont énumérés, se retrouvent à présent couchés sur papier, en proie à la décomposition opérée par le temps et la lumière du jour, rendant compte de tant de désillusions : horreur des batailles, altération du souvenir, défaillance du devoir de mémoire…. Entre disparition et survivance des images, il s’agit alors de « se mettre à l’écoute de leur teneur temporelle » (Georges Didi-Huberman) et d’en saisir toute la puissance.

Texte Emmanuelle Oddo

 

Infos pratiques
Exposition Les Merveilles du monde
Du 24 mai au 03 juillet 2017

Galerie Territoires Partagés
27 rue de la Loubière Marseille 13003

Du jeudi au samedi

De 14 h à 18 h

artccessible-territoires-partages.blogspot.fr

pac.marseilleexpos.com

 

Pascal Navarro
Né en 1973
Vit et travaille à Marseille.

www.pascalnavarro.com

 

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