Performing Art – Noé Soulier [FOCUS / PERFORMANCE]

Performing Art – Noé Soulier [FOCUS / PERFORMANCE]

L’idée de Performing Art peut paraître simple, il s’agit d’inverser la perspective d’une visite. Dans les sous-sols du Centre Pompidou, ce sont les œuvres qui sont ainsi déplacées sur la scène quand le visiteur reste fixe. Une exposition devenue forme de spectacle.

Révéler un dispositif

Formé à la danse classique et sensible à la façon dont se dessine une chorégraphie Noé Soulier est un artiste contemporain qui s’attache à la singularité du geste. Avec Performing Art, l’auteur d’Actions, mouvements et geste qui analysait l’incidence du regard sur une action et les implications ontologiques du mouvement, nous fait les témoins du processus d’artification. Qu’est-ce qui fait art dans un cas, spectacle dans l’autre ? Le white cube, la black box ? Sur le plateau, on retrouve l’espace de la galerie, du parquet ciré au mur blanc ; il s’agit d’un couloir le long duquel les oeuvres et les régisseurs défilent. La cloison définit une scène et des coulisses. C’est un dispositif de monstration qui se révèle. Les trous, les points d’accroches laissent deviner par anticipation et à la manière de traces la forme de ce qui a été montré, de ce qui peut être vu. La potentialité d’une collection (la vingtaine d’œuvres du Centre Pompidou) enrichit la perspective de montrer le musée en actes.

L’œuvre ou la manipulation 

Performing art, c’est au double sens, faire œuvre d’art (la performance) et en même temps mettre en jeu l’œuvre d’art, la montrer. Les régisseurs, régulièrement mis en valeur par les équipes de communication des institutions qui ont compris le caractère magique de leurs missions, sont ici les principaux acteurs de la pièce. L’arrangement des œuvres dans l’espace, même si elle a été évidemment étudiée apparaît ici comme une incidence. Ce n’est pas l’œuvre en tant que telle que nous regardons mais les conditions pour qu’un objet devienne œuvre. Noé Soulier en montrant la réalité d’un objet, ses conditions de conservation (parfois en kit), ne diminue pas l’aura de l’œuvre il en révèle au contraire l’aspect sacré. Le soin dont on entoure le montage singularise et le moment et l’objet. Il faut ainsi se figurer un silence absolu dans les gradins, une fascination qui laisse parfois éclater les applaudissements lorsque qu’une pièce particulièrement ardu à mettre en place est installée. Netz d’Ayse Erkmen et ses mètres de fils à disposer le long de crochet, qui requiert pas moins de trois personnes, a ainsi été salué à la manière d’un aria très attendu.

Le geste curatorial

Noé Soulier est un commissaire d’exposition qui ne manque ni d’humour ni de finesse. A la classique répartition des œuvres dans l’espace il travaille aussi, à la manière des visites-séances conçues par Philippe Pareno, la répartition des oeuvres dans le temps. Il isole certaines oeuvres comme Crash Test : mode d’emploi de Julien Prévieux et en associe d’autres à la manière de tableaux. En jouant sur les rythmes de montage et de démontage, il compose ainsi des intérieurs où l’aspirateur Dyson côtoie la Table basse Rocher de Garouste & Bonetti et où l’on ne retient de la proposition artistique de Jeroen de Rijke et Willem de Rooij (Bouquet III) que le bouquet. Les associations de sens et de formes brouillent les frontières entre l’art (vidéo, photo, peinture) et le design pour créer une dramaturgie de l’épiphanie intime et quotidienne. Dès l’ouverture, la peinture Bild de Miwa Ogasawara construit cette espace scénique propice à la prise de conscience, jeux de lumière, c’est finalement la vidéo Averse de Delphine Reist qui marque la fin de l’illusion et le retour à la caverne. 

Texte Henri Guette © 2017 Point contemporain

Infos pratiques

Performing Art
Création : Noé Soulier 

Avec Caroline Camus Caplain et Aurélie Gavelle du Centre Pompidou, Théo Duporté, Simon Lepeut, Malak Maatoug, Todd Narbey, Vincent Robert, Heiner Scheel de Globart / Morin

Conseil curatorial : Marcella Lista

Lumières et scénographie : Victor Burel et Noé Soulier

Production : ND Productions (Paris), Alma Office / Anne-Lise Gobin
Coproduction : Les Spectacles Vivants et le Musée national d’art moderne – Centre Pompidou, Festival d’Automne à Paris, Centre de Développement Chorégraphique Toulouse/Midi-Pyrénées, CND Centre national de la danse.
Avec le soutien de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Ile-de-France – Ministère de la Culture et de la Communication, au titre de l’aide à la structuration.


Noé Soulier
Né à Paris en 1987.

Artiste associé au CND Centre national de la danse ainsi qu’au Centre de Développement Chorégraphique Toulouse/Midi-Pyrénées pour la période 2016-2018.

A étudié au CNSM de Paris, à l’École Nationale de Ballet du Canada, et à PARTS – Bruxelles. Il a obtenu un master en philosophie à l’Université de la Sorbonne (Paris IV) et participé au programme de résidence du Palais de Tokyo : Le Pavillon. En 2010, il est lauréat du premier prix du concours Danse Élargie, organisé par le Théâtre de la Ville et le Musée de la Danse avec la pièce Petites perceptions où il amorce une recherche sur les modes d’appréhension du mouvement. Avec le solo Mouvement sur Mouvement(2013), il introduit un décalage entre le discours et les gestes afin de questionner la manière dont ils collaborent à l’élaboration du sens. En 2014, il explore la syntaxe du vocabulaire de la danse classique pour en perturber la perception avec Corps de ballet créé pour le CCN – Ballet de Lorraine. Dans Movement Materials (2014) et Removing (2015), il poursuit les recherches initiées depuis Petites perceptions sur la perception et l’interprétation du mouvement. En octobre 2016, il publie Actions, mouvements et gestes, une proposition chorégraphique qui prend la forme d’un livre, dans la collection Carnets aux Éditions du Centre national de la danse.

noesoulier.tumblr.com

Visuel de présentation : Noe Soulier – Performing Art © Giulio Paolini – Avec l’aimable autorisation de la Fondazione Giulio e Anna Paolini, Turin

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