Sara Favriau, La redite en somme, ne s’amuse pas de sa répétition singulière, Palais de Tokyo

Sara Favriau, La redite en somme, ne s’amuse pas de sa répétition singulière, Palais de Tokyo

En direct de l’exposition La redite en somme, ne s’amuse pas de sa répétition singulière de Sara Favriau du 19 février au 16 mai 2016, Niveau 1 – Galerie Wilson Palais de Tokyo.

Artiste : Sara Favriau né en 1983. Vit et travaille à Paris. Diplômée de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris (2007). Lauréate du Prix Découverte des Amis du Palais de Tokyo (2014 ) et du Prix de la meilleure installation décerné lors de la foire émergente YIA Art Fair (2014). Représentée par la Galerie Maubert Paris.

Lauréate du Prix Découverte des Amis du Palais de Tokyo 2014, Sara Favriau investit les 500m2 de la Galerie Wilson pour une exposition pensée comme un moment de partage et ayant la particularité de se diviser en deux sessions pendant lesquelles plusieurs artistes invités intègrent leurs oeuvres au sein de son installation.

« Même si l’acte de création est un acte isolé et personnel, une part du processus créatif est pour moi une histoire de collaborations, de rencontres. » Sara Favriau – Extrait du communiqué de presse

Si pour le premier temps, la lauréate a choisi des artistes dont la réflexion porte notamment sur la notion d’habitat, le deuxième temps a quant à lui été réservé à la commissaire Cécile Welker qui y développe un propos sur le visible puisque les œuvres invitées sont placées dans des structures qui ne les livrent pas immédiatement au regard.

« Pour cette deuxième session j’ai fait appel à des artistes qui travaillent des matériaux impalpables : le feu et l’hypnose avec Lyes, la lumière avec Tomek, la mémoire avec Quentin, le son avec Cyprien. Des médiums qui soulignent la transparence et le vide mis en jeu par l’oeuvre de Sara. »


Propos de Cecile Welker recueillis le vendredi 15 avril 2016 au Palais de Tokyo lors d’une visite privée de l’exposition :

« Sara a d’abord proposé un croquis de cabane qu’elle voulait à échelle quasi humaine, une construction qui impliquait une variation de son oeuvre Les mêmes carrosses en bois à toute allure qui a reçu un prix à l’YIA. Quand elle a su qu’elle allait exposer dans la galerie Wilson, elle a choisi de présenter un archipel de cinq cabanes qui, tout en gardant l’idée de suspension, propose une circulation avec l’ajout de passerelles qui relient les habitations entre elles. Une installation qui répond avec justesse au lieu et à la thématique Arpenter l’intervalle voulue par Jean de Loisy pour cette saison artistique du Palais de Tokyo.

Vue d'exposition, La redite en somme, ne s'amuse pas de sa répétition singulière de Sara Favriau - Galerie Wilson - Palais de Tokyo
Vue d’exposition, La redite en somme, ne s’amuse pas de sa répétition singulière de Sara Favriau – Galerie Wilson – Palais de Tokyo

Sara Favriau a travaillé comme à son habitude à partir d’un matériau très brut, vernaculaire, près de 2000 tasseaux en épicéa qu’elle a débités et sculptés à la main. Pensée pour le lieu, elle éclate sa sculpture dans l’espace de la galerie. Bien que semblant similaires chaque cabane est différente et autonome, comme autant de petites scènettes interconnectées. Une théâtralisation qui n’est pas sans rappeler la construction d’une bande-dessinée avec ses cases et ses ellipses, comme elle le fait par ailleurs dans ses dessins.

Vue d'exposition, La redite en somme, ne s'amuse pas de sa répétition singulière de Sara Favriau - Galerie Wilson - Palais de Tokyo
Vue d’exposition, La redite en somme, ne s’amuse pas de sa répétition singulière de Sara Favriau – Galerie Wilson – Palais de Tokyo

Sara Favriau a voulu jouer avec les transparences en laissant des interstices entre les tasseaux, des parties ajourées et des claires-voies. Chaque façade comporte plusieurs superpositions de bois qui viennent dessiner les volumes. Elle a pensé tout un jeu avec la curiosité du spectateur, en déterminant les points de vue et la circulation autour des cabanes. Je dis bien autour, puisqu’on ne peut pas marcher surles chemins ou entrer dans les cabanes. Sara parle elle-même de frustration. Par conséquent les oeuvres qui sont placées à l’intérieur des cabanes ne se livrent pas aisément.

Lors de la première session d’invitations, Sara a travaillé l’intimité de ses cabanes en accueillant des quotidiens fantasmés : l’aquarium de Cécile Beau, le tapis de prière de Jérémie Paul, les portraits de famille de Yasmina Benabderrahmane. Pour cette deuxième session, je devais prendre le contre-pied de sorte à montrer un autre possible de ces sculptures-réceptacles, tout en essayant de répondre à la question que Sara pose sur le cartel de l’exposition :

« C’est une œuvre dans un espace et des œuvres dans une œuvre. Ces cabanes sont pour moi un moyen d’interroger la sculpture, une mise en abyme de l’œuvre d’art. » Sara Favriau

Une sculpture peut-elle tenir lieu d’écrin à une autre sculpture ? Le parcours de l’exposition s’est construit en suivant les contraintes, nombreuses, données par l’artiste. Notamment la cabane « historique », déjà habitée par les oeuvres sélectionnées par Sara lors de la première session.
Cette cabane accueille, de manière pérenne, plusieurs travaux. Un bras articulé de Charles Henry Fertin, qui tel un peigne à menuiserie, vient prendre inlassablement des empreintes d’un côté à l’autre de la cabane. Les Cupules de voyage de Marine Class déploient tout au long de l’exposition des formes en creux qui elles aussi travaillent l’envers et l’endroit de la sculpture. Un dessin de Jean-Michel Alberola qui crée un lien avec l’exposition qui lui est consacrée plus loin et qui joue les jeux de langage.

Vue d'exposition, La redite en somme, ne s'amuse pas de sa répétition singulière de Sara Favriau - Galerie Wilson - Palais de Tokyo
Vue d’exposition, La redite en somme, ne s’amuse pas de sa répétition singulière de Sara Favriau – Galerie Wilson – Palais de Tokyo

Je devais donc déjà tenir compte de cette « archéologie » de l’exposition. D’autre part, selon moi Sara a mis en place des zones de conflit. Alors qu’elle veut exposer, elle empêche le regard de circuler. Ses sculptures quadrillées, bien qu’ajourées, brouillent aussi la lecture et prennent le dessus sur les oeuvres qu’elles accueillent. On a du mal à identifier les pièces et les auteurs. Au lieu de multiplier le nombre d’œuvres ou de placer des pièces imposantes dans les cabanes pour prendre le dessus, j’ai travaillé le caché, le montré et la durée de la découverte.

Tous les artistes que j’ai invités sont des plasticiens sculpteurs. Il n’y a plus qu’un seul artiste par cabane. Le parti pris est de jouer avec la transparence et un effet ton sur ton afin d’amplifier l’impression que les réceptacles sont vides. Chaque artiste a répondu à l’espace de la cabane en proposant une pièce inédite.

Vue d'exposition, La redite en somme, ne s'amuse pas de sa répétition singulière de Sara Favriau - Galerie Wilson - Palais de Tokyo
Vue d’exposition, La redite en somme, ne s’amuse pas de sa répétition singulière de Sara Favriau / Quentin Lefranc D’une cabane à l’autre, 2016, Bois, PMMA, peinture acrylique – Galerie Wilson – Palais de Tokyo

 

Quentin Lefranc développe un travail sur les signes culturels et visuels, aussi bien de l’histoire de l’art que de la culture populaire. Si ses dernières pièces portaient sur le design ou le graphisme, il s’intéresse de plus en plus à l’architecture. Sa proposition, en travaillant sur le canon du cabanon de Le Corbusier, prend à la lettre l’invitation de Sara. Il en a repris tous les signes graphiques qui le caractérisent avec un faux plafond coloré et le tabouret qui est un élément modulable. Alors que chez Le Corbusier tout le mobilier est en bois, Quentin Lefranc l’a peint en blanc pour renvoyer à une des questions centrales de sa démarche sur l’espace d’exposition et le white cube. Un questionnement qui répond aussi à celui de Sara Favriau qui a proposé aux artistes un espace d’exposition très contraignant. Actuellement en résidence au Japon, il est certain que son travail y puisera de nouvelles inspirations.

Vue d'exposition, La redite en somme, ne s'amuse pas de sa répétition singulière de Sara Favriau - Galerie Wilson - Palais de Tokyo
Vue d’exposition, La redite en somme, ne s’amuse pas de sa répétition singulière de Sara Favriau / Lyes Hammadouche, Ignite, 2016. Aluminium, PLA, impression 3D, moteur, hêtre, micro contrôleur, capteur de proximité et La sphère de Giotto, 2016. Boule de cristal, laser, moteurs Crouzet, laiton, ABS, impression 3D – Galerie Wilson – Palais de Tokyo

Doctorant à l’École des Arts Décoratifs, Lyes Hammadouche a un travail très précis qui mobilise des savoir-faire techniques et même technologiques. Sa réflexion porte sur le temps et la temporalité, et quelles peuvent en être les différentes illustrations et formulations. Composée de pièces réalisées pour la plupart en impression 3D, son œuvre s’anime quand le spectateur s’avance vers l’intérieur de la cabane. Une installation qui répond au côté assez archaïque de l’habitat de la cabane tout en établissant un contraste par la présence de pièces électroniques. Un globe complète le module sensé produire du feu en créant une forme totémique. Un ensemble qui compose un petit cabinet de curiosité survivaliste et qui renvoie aux romans de l’âge d’or de la science-fiction, mais aussi de manière plus directe, au cercle parfait de Giotto. Le globe, pointé par des lasers, est animé par trois moteurs. Il tourne comme un planétarium ce qui donne un caractère un peu ésotérique à l’installation. Au fond de la cabane, on peut voir une résurgence de la première session avec des panneaux en bois tatoués par des impressions photographiques de Pia Rondé & Fabien Saleil.

Vue d'exposition, La redite en somme, ne s'amuse pas de sa répétition singulière de Sara Favriau - Galerie Wilson - Palais de Tokyo
Vue d’exposition, La redite en somme, ne s’amuse pas de sa répétition singulière de Sara Favriau / Pia Rondé & Fabien Saleil – Galerie Wilson – Palais de Tokyo

Plasticien et compositeur franco-suisse, Cyprien Parvex de Collombey a travaillé pour ce projet avec de la mousse acoustique. Connu pour ses partitions dessinées, son travail tend de plus en plus vers la sculpture. C’est un artiste qui travaille l’espace et n’hésite pas à intervenir in situ. Il dessine ce qu’il appelle des sculptures silencieuses car, en étant creuses, elles ne peuvent capter aucun son. Il propose des formes en mousse acoustique ressemblant à des maisons qui emmagasinent tous les sons de l’exposition. Il a appelé cette pièce Conversation autour de l’Echo car elle dialogue avec la structure silencieuse en bois. Il a également réalisé une installation sonore que l’on peut entendre à intervalle régulier dans l’espace d’exposition.

Vue d'exposition, La redite en somme, ne s'amuse pas de sa répétition singulière de Sara Favriau - Galerie Wilson - Palais de Tokyo
Vue d’exposition, La redite en somme, ne s’amuse pas de sa répétition singulière de Sara Favriau / Cyprien Parvex de Collombey, Conversation autour de l’écho, 2016. Bois, mousse acoustique, enregistrement sonore sur support numérique – Galerie Wilson – Palais de Tokyo

Tomek Jarolim a collaboré avec le laboratoire d’astrophysique de Marseille. Après avoir passé des nuits à compter les étoiles, il a retranscrit ses calculs en couleurs car son médium est la lumière. L’installation Soleils est composée de deux spots à LED qui tournent en reproduisant, l’un la course du soleil et l’autre, celle de la lune. Alors que le soleil diffuse de la lumière rouge-vert-bleu pour diffracter de la couleur, la lune est en tonalités de gris. Il a raccourci la course des 24h sur le temps d’ouverture de l’exposition au public sur la journée. On a donc un soleil qui se déplace de midi à minuit, et sur le calendrier spécifique à l’exposition. Chaque jour un nouveau programme se met en route ce qui permet de s’adapter à la lumière du jour. Son travail n’est pas sans évoquer la théorie des couleurs de Johannes Itten à l’école du Bauhaus. Son installation est centrale à ce système planétaire que composent les cabanes et répond à la composition très aérienne de l’ensemble en travaillant sur leur caractère immatériel. »

Vue d'exposition, La redite en somme, ne s'amuse pas de sa répétition singulière de Sara Favriau - Galerie Wilson - Palais de Tokyo
Vue d’exposition, La redite en somme, ne s’amuse pas de sa répétition singulière de Sara Favriau / Tomek Jarolim, Soleils, 2016. Installation lumière générative (spots LED, ordinateur, programme, interface USB/DMX) – Galerie Wilson – Palais de Tokyo

 

Artistes invités pendant toute la durée de l’exposition :
Fabien Saleil & Pia Rondé, Marine Class, Charles Henry Fertin, Jean-Michel Alberola.

Artistes invités pour la session 1 du 19 février au 28 mars / Commissaire Sara Favriau :
Julie Abravanel, Cécile Beau, Yasmina Benabderrahmane, Solenne Capmas, Charlotte Charbonnel, Coraline de Chiara, Mijin Kim, Fanny Michaëlis, Jérémie Paul, Benoît Piéron, Nathalie Régior.

Artistes invités pour la session session 2 du 2 avril au 16 mai / Commissaire Cécile Welker :
Lyes Hammadouche, Tomek Jarolim, Quentin Lefranc, Cyprien Parvex de Collombey.

 

Pour en savoir plus :

www.palaisdetokyo.com

galeriemaubert.com

sarafavriau.wordpress.com

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