Ali Kazma, Prison [FOCUS]

Ali Kazma, Prison [FOCUS]

La vidéo Prison a été présentée pour la première fois à la Biennale de Venise en 2013, sous le thème global choisi par Ali Kaza et le commissaire du Pavillon turc Emre Baykal, à savoir, Résistance. « Résistance » réunit à ce jour une vingtaine de vidéos sur le thème du corps et la résistance est comprise par l’artiste comme celle du corps, ultime bastion de la préservation de l’individualité, de la lutte contre le pouvoir et contre l’uniformisation.

La vidéo Prison a été filmée en Turquie, à quelques deux cent kilomètres à l’est d’Istanbul, un jour de neige. Ali Kazma a décidé d’emblée de ne pas filmer de prisonniers, mais de montrer l’architecture carcérale et par cette approche, la contrainte que la prison impose au corps. L’artiste décrit la prison comme « un coquillage du corps », une structure complexe qui vise à limiter les mouvements du corps, la lumière et jusqu’à l’imagination : un modèle de toutes les autres formes de limitations du corps. Foucault dans Surveiller et punir, Naissance de la prison, au chapitre Corps dociles, parle à cet égard d’« anatomie politique », qui est aussi bien, selon lui, une mécanique du pouvoir : « une politique des coercitions qui sont un travail sur le corps, une manipulation calculée de ses éléments, de ses gestes, de ses comportements. Le corps humain entre dans une machinerie de pouvoir qui le fouille, le désarticule et le recompose. La discipline fabrique ainsi des corps soumis et exercés, des corps dociles. »

Pour Ali Kazma – comme pour Michel Foucault – la prison est avant tout un instrument de pouvoir, de pouvoir exercé sur le corps. Ce pouvoir, dans la vidéo de Ali Kazma, est signifié par l’absence même du corps. L’artiste a rencontré les personnels et certains détenus de cette prison, mais a choisi de ne pas les filmer, en accord avec la position générale de rigueur qu’il revendique : il s’agissait pour lui ici de filmer la structure physique à même de dominer et d’encapsuler quiconque y entre, et non pas les détenus. Visuellement parlant, la neige qui tombe en rafales silencieuses – on n’entend que le vent… – sur ce lieu à la fois central à l’organisation sociale et ignoré du monde, voire oublié par lui, à la fois accentue l’impression de solitude du lieu et nous offre une poésie similaire à celle que l’on décèle dans les photographies de Victor Fatio.

Texte Barbara Polla © 2018

 

Infos pratiques

Oeuvre présentée pour l’exposition

25/04▷31/10 – « LA PRISON EXPOSÉE, CHAMP-DOLLON À PENTHES » – CHÂTEAU DE PENTHES – GENÈVE

sous le commissariat de Barbara Polla

 

Ali Kazma, Prison, 2013. Série Résistance, still vidéo HD, 4’52’’ Courtesy CNAP.
Ali Kazma, Prison, 2013. Série Résistance, still vidéo HD, 4’52’’ Courtesy CNAP.

 

Ali Kazma, Prison, 2013. Série Résistance, still vidéo HD, 4’52’’ Courtesy CNAP.
Ali Kazma, Prison, 2013. Série Résistance, still vidéo HD, 4’52’’ Courtesy CNAP.

 

Visuel de présentation : Ali Kazma, Prison, 2013. Série Résistance, still vidéo HD, 4’52’’ Courtesy CNAP.

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