[EN DIRECT] Martial Cherrier, Body Ergo Sum, Maison Européenne de la Photographie Paris

[EN DIRECT] Martial Cherrier, Body Ergo Sum, Maison Européenne de la Photographie Paris

William Shakespeare écrit : « mon corps est un jardin, ma volonté est son jardinier ».  Champion de bodybuilding en France et aux Etats-Unis dans les années 1990, Martial Cherrier donne raison à Shakespeare depuis plusieurs années déjà, ayant fait de son corps l’objet d’une véritable performance artistique. Avec lui, le corps devient argile, bois, marbre, autant de matériaux que l’on peut sculpter et façonner à notre guise. Les produits, substances et exercices de musculation se font les burins de cet artiste dont le corps est l’expression même de tout son art. Ce sont les étapes de construction, d’élaboration de ce corps que nous retrace l’exposition à la Maison Européenne de la Photographie, « Body Ergo Sum », qui s’inscrit dans le cadre d’une programmation axée sur l’art corporel (l’exposition côtoyant celles consacrées à ORLAN ainsi qu’à Michel Journiac). Elle est l’occasion de revenir sur la genèse de cette réinvention du corps à travers toute une série d’autoportraits (réalisés entre 1987 et 2017) qui nous révèlent quels ont été les éléments décisifs dans la structuration de l’imaginaire de l’artiste et qui ont accompagné tout son cheminement artistique, qui n’a eu de cesse de mettre à l’honneur les transformations subies et infligées à son propre corps.

Son corps exhibé, glorifié, mis en danger aussi, est seul mis en scène à travers des photographies en noir et blanc de sa série Body Fluid (1998-1999), ou bien montré en étroit lien avec les substances que l’artiste a dû prendre pour se façonner, se construire, notamment à travers les photographies de sa série Food or Drugs (1999-2003). Les emballages des substances et des produits d’alimentation consommés par Martial Cherrier se fondent et se confondent avec le corps bodybuildé de l’artiste, qui devient presque un objet de consommation à lui seul, prenant les contours d’une bouteille de Coca-Cola ou venant illustrer une boîte de Corn flakes. La métamorphose continue avec la série Fly or die (2006) : l’artiste ne fait plus corps avec les substances mais se pare d’ailes de papillon, illustrant par là même l’objectif poursuivi par les bodybuilders aux pectoraux surdéveloppés : « ils veulent voler ». Le mythe d’Icare n’est cependant pas loin, et la réalité reprend vite le pas sur l’autodérision : si Martial Cherrier nous donne à voir à travers ses photographies un corps malléable et « fluid » comme en témoigne La Peau de 1999, toute la question est de savoir jusqu’à quel point. La réponse est donnée à travers l’usage de la vanité : le visage de l’artiste, l’injection de la substance, et un crâne portant les marques des transformations que le corps a subies. Transformations qui ont ainsi structuré l’ensemble de la carrière de l’artiste et dont il est question, à travers cette nouvelle exposition, de connaître les causes après en avoir analysé le processus chimique (exposition Food or Drugs, 2000-2003, MEP) et les dégâts causés sur le corps (exposition Etat d’urgence, 2012-2013, MEP).
À travers un ensemble de collages photographiques, Martial Cherrier nous plonge au cœur de ses inspirations, permettant au visiteur de comprendre ce qui a nourri sa démarche. L’artiste se met en scène au sein de magazines, brochures et livres qui constituèrent ses premières recherches. Des autoportraits sont plaqués sur un ensemble d’images et de documents, leur faisant ainsi écho, non sans une certaine ironie. Ces reconstitution nous témoignent de la façon dont Martial Cherrier s’est formé, construit, avant de passer à l’acte à l’aide d’usage de substances. On retrouve les références à l’Antiquité à travers des représentations notamment de Persée (« Type parfait de beauté plastique ») rappelant les photographies de 2011 prises par l’artiste évoquant les couleurs et la vétusté des fresques passées, sur lesquelles le corps de Martial Cherrier est à peine visible, voire sinistré. L’Histoire de l’art est également au sein de collages mettant en scène l’artiste à côté d’œuvres de Rubens, Toulouse-Lautrec, ou encore Marconi.

Conscient d’être rattrapé par la « donne naturelle », Martial Cherrier n’a eu ainsi d’échappatoire que son art pour permettre à son corps de subsister en tant que « perfection mécanique et esthétique », perfection préconisée par l’ensemble des images qui ont constitué ses premières documentations. Si l’emprise sur nos corps est bornée et limitée par la nature, Martial Cherrier a dédié tout son art à prouver notre capacité à la dépasser.

Texte Lisa Toubas pour Point contemporain © 2017

 

 

 

© Martial Cherrier Maison européenne de la photographie Paris
© Martial Cherrier

 

© Martial Cherrier Maison européenne de la photographie Paris
© Martial Cherrier
© Martial Cherrier Maison européenne de la photographie Paris
© Martial Cherrier
© Martial Cherrier Maison européenne de la photographie Paris
© Martial Cherrier

Visuel de présentation © Martial Cherrier

 

Infos pratiques
Martial Cherrier, Body Ergo Sum
Commissaires d’exposition : Barbara Polla et Jean-Luc Monterosso
Du 20 avril 2017 au 18 juin 2017

Maison Européenne de la Photographie
5/7 rue de Fourcy 75004 Paris

www.mep-fr.org

Exposition présentée dans le cadre du Mois de la Photo du Grand Paris

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