Marc Lathuillière, Fractal Spaces, 2013-18 [FOCUS]

Marc Lathuillière, Fractal Spaces, 2013-18 [FOCUS]

Marc Lathuillière, La friche, série Fractal Spaces, 2013-18, édition de 3 (+1EA) – 80 x 120 cm, tirage transparent sur miroir, contrecollage sur miroir, châssis aluminium. Courtesy artiste et Galerie Binome Paris

 

Interrogation sur notre rapport à l’ère industrielle et sur sa représentation, Fractal Spaces est un corpus de photographies de paysages périurbains saisis depuis des couverts végétaux. Après de premiers essais pour l’exposition Disperse à L’attrape-couleurs, à Lyon en 2013, l’essentiel de la série a été développé lors d’une seconde résidence en Rhône-Alpes, à Moly-Sabata (Fondation Albert Gleizes), en 2016, sur invitation du Creux de l’enfer.

Les images ont été prises dans la vallée du Rhône, région la plus industrialisée de France. L’exposition « Fractal Factory » à la Galerie Binome est la première présentation extensive de la série. Elle fait suite à l’acquisition d’un triptyque par le FRAC Auvergne début 2018. Photographiés à la saison du bourgeonnement, entre hiver et printemps, les paysages représentés miment, pour les détourner, les codes établis de la photographie de territoire : usines, zones industrielles, cités HLM… sont représentées à distance, sous un ciel pâle et sans figure humaine. Ces stéréotypes de l’imagerie contemporaine sont mis en doute par deux formes de masquage.

Le premier, l’entrelacement des branches devant l’arrière-plan construit, opère un retournement de perspective : ce n’est pas, comme habituellement dans la photographie topographique, la nature qui est ici altérée, mais bien elle qui guette des espaces industriels menacés. Il s’agit de placer le point de vue du côté du non humain, végétal ou animal. Celui-ci questionne le processus de désindustrialisation actuel, généré notamment par une économie en réseau dans laquelle notre rapport au monde s’étend en arborescences fractales.

Le second masquage passe par la technique employée : un tirage transparent monté sur miroir. Le reflet de la végétation et des architectures dans le tain, sur des plans successifs, suggère une lecture plus spéculaire que documentaire. La pièce est activée par le regardeur, invité à se situer par rapport au paysage dans lequel il se reflète. Dans la logique des écrits d’Eduardo Viveiros de Castro et Philippe Descola, c’est ainsi une tentative de dépasser, à l’ère de l’Anthropocène, la césure entre nature et culture, regardeur et paysage, sujet et objet.

Texte Galerie Binome Paris © 2018

 

 

 

Marc Lathuillière, La fabrique, série Fractal Spaces, 2013-18. Édition de 3 (+1EA) - 50 x 75 cm, tirage transparent sur miroir, contrecollage sur miroir, châssis aluminium
Marc Lathuillière, La fabrique, série Fractal Spaces, 2013-18. Édition de 3 (+1EA) – 50 x 75 cm, tirage transparent sur miroir, contrecollage sur miroir, châssis aluminium

 

Marc Lathuillière, Les cheminées, série Fractal Spaces, 2013-18. Édition de 3 (+1EA) - 50 x 75 cm, tirage transparent sur miroir, contrecollage sur miroir, châssis aluminium
Marc Lathuillière, Les cheminées, série Fractal Spaces, 2013-18. Édition de 3 (+1EA) – 50 x 75 cm, tirage transparent sur miroir, contrecollage sur miroir, châssis aluminium

 

 

Marc Lathuillière, Le transformateur (détail), série Fractal Spaces (2013-18) de Marc Lathuillière, vue de l’exposition collective « France augmentée », Galerie Binome, octobre-décembre 2017.
Marc Lathuillière, Le transformateur (détail), série Fractal Spaces (2013-18) de Marc Lathuillière, vue de l’exposition collective « France augmentée », Galerie Binome, octobre-décembre 2017.

 

 

Marc Lathuillière, Fractal Spaces, 2013-18 [FOCUS]
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